Sommeil
Bouche de la nuit, qui délie le juge
Sommeil, vice, auge des abreuvements
Viens, sommeil.
Henri MICHAUX, La vie dans les plis, Gallimard 1972.
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Sommeil
Bouche de la nuit, qui délie le juge
Sommeil, vice, auge des abreuvements
Viens, sommeil.
Henri MICHAUX, La vie dans les plis, Gallimard 1972.
C'était un temps béni nous étions sur les plages
Va t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau
Et vite comme va la langue d'un crapaud
L'amour blessait au cœur les fous comme les sages
Guillaume APOLLINAIRE, Calligrammes.
Quand bien même on détesterait les plages (sans parler des crapauds), on irait bien fouler ces sables-là...
LE GYMNASTE
Comme son G l'indique, le gymnaste porte le bouc et la moustache que rejoint presque une grosse mèche en accroche-coeur sur un front bas.
Moulé dans un maillot qui fait deux plis sur l'aine il porte aussi, comme son Y, la queue à gauche.
...
Francis PONGE, Le parti pris des choses.
Ce portrait a été publié en 1942 ; on peut donc imaginer que le verset sur le G a été inspiré par la mode des années 20-30.
Le paragraphe (ou pour mieux dire, la partie) consacré au Y est quant à lui intemporel.
Le livre de prière
Pendant des années j'ai voulu écrire un livre de prière
Pourquoi ?
Parce que j'ai appris que le plus solide ne tient à rien
Parce que j'ai compris que les phrases sont des pétitions
Et parce que j'ai compris que tout ce que j'ai dit
Et dans tout ce ce que j'ai dit je ne dis que merci
C'est ainsi que petit à petit j'ai écrit ce livre
Aujourd'hui il pèse quatre-vingt-dix kilos
Bientôt il aura cinquante ans
Et hier je lui ai acheté des chaussures
Aharon SHABTAÏ, Action Poétique n° 183, mars 2006, Trad. L.Giraudon, H.Deluy et l'auteur.
En écho à cette précédente note...
retouche à l'inspiration
sur la table où le papier blanc s'éteint
ma main rafle la lumière comme une mouche
Daniel BOULANGER, L'Esplanade, Grasset 2010.
La canicule vous écrase ? Peut-être ressentez-vous ceci :
retouche à la fatigue
âme-savane au tremblement d'insecte
l'avant-sommeil au bâillement de fauve
s'étire et sent bondir la nuit
Daniel BOULANGER, L'Esplanade, Grasset 2010.
... et voici l'univers sensible : bénigne aumône de l'apocalypse latente.
Une note en bas de page précise :
L'Univers est une catastrophe tranquille ; le poète démèle, cherche ce qui respire à peine sous les décombres et le ramène à la surface de la vie.
SAINT-POL-ROUX, Liminaire des Reposoirs de la procession, NRF Poésie Gallimard, 1997.
On trouve dans le lexique rugbystique cette expression fleurie pour signifier que la défaite est consommée : "la cabane est tombée sur le chien".
Comme le lexique footballistique n'a quant à lui jamais été enrichi par de fins littérateurs, ni même par d'inspirés paysans, je me réfère à Daniel BOULANGER pour traduire la récente déroute des Bleus :
retouche à l'éternité
la rue ne mène à rien
toute couleur s'en est allée
devant une porte fermée
reste l'ombre d'un chienDaniel BOULANGER, L'Esplanade, Grasset, 2010.
BOULANGER a grosso modo trois fois l'âge de RIBERY, ce qui laisse un peu d'espoir aux séniors, quelle que soit la date de leur départ à la retraite.