vendredi, 27 janvier 2012

Mac BETH : les LETTRES SORCIÈRES

 

 

mac beth,catherine zask,lettres,fresnault-deruelle

Les lettres du mot "Mac Beth" se présentent comme le haut crénelé de quelques château.
...
L'Écosse mythique du dramaturge anglais est d'abord une terre lugubre dont la forteresse, quels que soient les firmaments qui les dominent, disent la vie ensauvagée.
...
Les lettres M-A-C-B-E-T-H, parce qu'elles sont de tailles diverses, ont l'irrégularité des pierres trouvées sur place, que l'industrie des hommes n'a pas su égaliser.
...
À partir de MALLARMÉ, les graphèmes retrouvent la vertu graphique de leurs lointaines origines iconiques. Intuitivement, ZASK a réinventé le chemin régressif qui va des symboles (les signes abstraits) aux images, sinon aux indices.


Pierre FRESNAULT-DERUELLE
, L'intelligence des affiches, Pyramid, 2011, à propos de cette affiche de Catherine ZASK.

mac beth, catherine zask,lettres,fresnault-deruelle,

 

 

 

mardi, 24 janvier 2012

HÊTRE COMMUN

 

 

hêtre commun,

Hêtre commun : dernière étape avant "président normal".

 

 

vendredi, 20 janvier 2012

Philippe LONGCHAMP : en PHOTO

 

 

 

...

Ils veulent bien que je les prenne

en photo. C'est du noir et blanc,

on ne verra pas le violet

sombre du tee-shirt de Marianne.

Comme je pars, il me rejoint,

écrit pour moi l'adresse d'elle.

Si la photo n'est pas ratée,

je la leur enverrai, promis !

et ces mots avec, puisque je

les ai aussi pris en poème.

 

Philippe LONGCHAMP, La ville du jardin des latitudes, Le Dé Bleu, 2004.



mardi, 17 janvier 2012

Philippe LONGCHAMP : à BRIDE RETENUE

 

nacelle,philippe longchamp,gestes,


...
quand la nacelle est au sommet,
on ne doit faire que des gestes
très doux, très mesurés, sinon
la mince architecture oscille
beaucoup, c'est plutôt dangereux,
et travailler est impossible.
J'imagine un ballet lunaire,
un ralenti de cinéma
pour deux hommes en salopette,
qui se repassent les outils
dans des mouvements de danseuse,
des arrondis de courtisan
fisant révérence à la Reine,
afin de serrer trois boulons,
remplacer un joint de plastique,
souder un onglet, en plein ciel,
à hauteur d'un sixième étage,
au bout d'un doigt de métal bleu.

 

Philippe LONGCHAMP, La ville du jardin des latitudes, Le Dé Bleu, 2004.

 

vendredi, 13 janvier 2012

Pentti HOLAPPA : JEUNESSE BOITEUSE

 



Préparatifs de voyage

...
Je rentre à peine des États-Unis et de France, de Suède aussi.
À la télévision chez eux, on rit. Les gens s'amusent.

De nos jours d'ailleurs ils semblent étranges, tous, jeunes et beaux.
Il n'y avait rien de tel dans ma jeunesse. Nous boitions.
...

Pentti HOLAPPA, N'aie pas peur, NRF-Poésie Gallimard, 1997 (trad. Gabriel Rebourcet)


C'est que, de nos jours, le roi rit. Un temps reviendra où le roi boite.

 

mardi, 10 janvier 2012

SONDAGE (définition)

 

 

serre-livres,




sondage, n.m. :
résidu grossier de l'époque, enveloppe du temps. Etymologie son d'âge non attestée. Le sondage, autrefois délaissé, est aujourd'hui très prisé pour ses qualités nutritives (notamment dans le secteur de la presse). Il est également d'un usage facile pour rouler dans la farine.
Locution proverbiale : faire l'âne pour avoir de bons sondages.

 

vendredi, 06 janvier 2012

Paul-Jean TOULET : un POETE à GALETTE ?

 

 

Encore un poème de saison : pour le nuage, l'épaisse nuit et la frangipane...

 

Ainsi, ce chemin de nuage,
vous ne le prendrez point,
d’où j’ai vu me sourire au loin
votre brillant mirage ?

Le soir d’or sur les étangs bleus
d’une étrange savane,
où pleut la fleur de frangipane,
n’éblouira vos yeux ;

ni les feux de la luciole
dans cette épaisse nuit
que tout à coup perce l’ennui
d’un tigre qui miaule.

Paul-Jean TOULET, Contrerimes, 1920.

 

mardi, 03 janvier 2012

Christian VIGUIÉ contre l'HABITUDE du MONDE

 

 

Pour entamer l'année, un texte en forme de mode d'emploi pour poète :

 

 

La plupart du temps

je me tais et j'écoute

je surprends des phrases simples

Elles servent à ramener

et à hisser une chose qui grince

avec la poulie du soleil

 

Après cela

je réfléchis à cette langue

et à cette corde

que l'on abandonne

et que l'on peut reprendre

à tout moment

 

Je pense à leur utilité

tressée par la banalité

ou l'émerveillement

 

à leur façon de faire grincer

l'habitude du monde.

 

Christian VIGUIÉ, Revue ARPA n° 102.

 


Ou en forme de voeux :

que 2012 soit une année de simplicité, d'écoute et d'émerveillement,

une année sans grincement qui ne soit touché par le soleil.

 

 

vendredi, 30 décembre 2011

Jan BAETENS : POMPISTE et POMPIER



Les vacances et la tradition des étrennes font de ce poème un texte de saison :

 

 

Le pompiste

 

Avec mon bel

Uniforme et

Sur le coeur mon

Insigne, avec

Aussi l'enseigne

Jour et nuit cli-

Gnotant, jetant

Sur l'alentour

Jets de lumière

Sur jets de feux

Et avec en vente

Libre briquets

Et allumettes

J'aurais pu être

Ce que maman

Jamais que je

Devinse ne

voulut : pompier

 

Jan BAETENS, Cent fois sur le métier, Les impressions nouvelles, 2008.

 

 

mardi, 27 décembre 2011

FÊTE en FILIGRANE

 

 

Repas de dieu
mémorable carillonnée des lumières

Veille de trouble
chômée populaire

 

 

vendredi, 23 décembre 2011

MONOPRIX : sans FOIE ni OIE

 

monoprix,foie,oie,courteline,

123 ans après, MONOPRIX nous rappelle que la nature humaine est constante.

 

mardi, 20 décembre 2011

Pas de TREVE

 

chocolat,menier,labiche,confiseur,

In chocolato veritas, dit-on, mais malgré cet avertissement, Sur du vent ignorera la trêve des confiseurs.

 

vendredi, 16 décembre 2011

Bernard PIVOT : CÉDILLE sans COMPLEXE

 

 

La cédille est la reine du transformisme. Non seulement elle change une lettre en une autre lettre, mais sa morphologie se prête aux interprétaions que suggère le mot auquelle elle est liée. Ainsi la supériorité de notre garçon sur ses camarades étrangers : le boy, le ragazzo, le muchacho, le Junge, etc., tient à ce qu'il a un sexe et qu'il le montre. Met-il un caleçon ? Il continue d'afficher sa virilité.

 

Bernard PIVOT, Les mots de ma vie, Albin Michel, 2011.

 

Concernant le caleçon, que chaque chose reste à sa place, et surtout la cédille !

mardi, 13 décembre 2011

Jan BAETENS, le POTIER et l'ÉCRITURE

 

 

Le potier

 

Une terre mieux cuite que le pain,

Un bec verseur à la place d'une fente,

D'autres motifs, de vraies couleurs,

Retranchées, ajoutées, aux images

Mélées. Puis l'écriture s'en mêle

Et une civilisation entière chavire.

Désormais il y a un moule à casser.

Tout est prêt pour l'ostracisme.

 

Jan BAETENS, Cent fois sur le métier, Les impressions nouvelles, 2008.

 

 

vendredi, 09 décembre 2011

Gaëlle JOSSE après les RÊVES

 

 

Nous arrivons à l'heure où nos rêves s'amincissent, rattrapés par les jours, il nous faut quitter nos ermitages, nous accommoder, surnager. L'essentiel s'est joué aux dés, après on se débrouille.

...

Nous arrivons à l'heure où les fleuves sacrés s'échangent contre un ruisseau à truites, et le feu des dieux contre une flambée maison ouverte. Il reste des élans, des navigations secrètes, des sentiers à parcourir, des arbres à écouter bruire, des abandons. La terre est brûlée, oui, mais fastueux embrasements.

 

Gaëlle JOSSE, ARPA n° 102.

 

Après la tribulation d'une journée, il ne restera qu'à se livrer à l'examen de minuit.

 

 

mardi, 06 décembre 2011

Henri DELUY et la CONTRAINTE FATALE

 

 

C'est la St Nicolas, mais attardons-nous un peu sur autre barbichu célèbre, évoqué ici : Georges PEREC :

 

Le ciel est à côté des arbres

Les feuilles humides étouffent

D'autres feuilles. Il y a toujours

Quelque chose à raconter. Il suffit

de trouver où se donnnent les indications

Nécessaires. Tu disais : il se fait tard.

 

*

 

Mourir

est une contrainte difficile

 

Henri DELUY, Premières suites, Flammarion, 1991.

 

 

vendredi, 02 décembre 2011

CRISE en FILIGRANE

 

 

Diplomatique de foie
économique de larmes

piquer une cardiaque
de goutte aigüe de 29

 

 

mardi, 29 novembre 2011

QUAND ça SENT l'HUILE

 

 

L'écrivain Célia HOUDART raconte ici que, dans les temps antiques, on disait d'un texte un peu besogneux, accouché par son auteur dans la douleur, qu'il sentait l'huile.

célia houdart,france inter,huile,

On n'écrit plus à la lampe à huile de nos jours et c'est un grand progrès : les mauvais auteurs ont désormais un style ampoulé.

 

vendredi, 25 novembre 2011

TRINTIGNANT FANFARONNE à l'ODEON

 

 

.

.

.

Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.


Jacques Prévert, Paroles, 1946.


C'est à entendre dit par Jean-Louis TRINTIGNANT au Théâtre de l'Odéon ou si c'est trop loin, par exemple pour les sarthois, les ornais et les mayennais qui ne voudraient pas rester en rade, en naviguant par ici.

trintignant,odéon,barbara,prévert,




 

mardi, 22 novembre 2011

Gérard CLÉRY au FEU

 

 

En regardant un feu

 

la vague énonce la vague

 

et l'amoureuse

feu rêvant

enlumine l'amant

 

le feu émonde le feu

 

branches embrassées

près d'eux le temps

se couche

 

et l'amoureuse

libère

le cœur bridé

du bois

 

le vent réjouit le vent

 

soleil cuit sur

la fourche

l'amant

 

.

.

.

 

Gérard CLÉRY, Les cahiers de la rue Ventura n° 13A, sept. 2011.

 

 

vendredi, 18 novembre 2011

DOTREMONT sous les TOITS

 

 


Je suis tombé bien bas : j'habite une mansarde.


Christian DOTREMONT, Réflexions toutes faites, 1953.


Il arrive à l'inverse que, venant des hautes sphères, on soit présenté au parquet et finisse sur le pavé.

 

 

mardi, 15 novembre 2011

Soldat Armand ROBIN

 

 

Soldat

O mon étrange, dure armée !
Levé très tôt, très tard couché,
J'y suis vainqueur et prisonnier !

Mon capitaine, c'est le poème,
Bon capitaine, si désarmé,
Mon beau vainqueur, mon prisonnier.

Armand ROBIN, le monde d'une voix, Poésie-Gallimard, 1970.

 

Les Poilus de 14 devront désormais partager le 11 novembre avec d'autres Morts pour la France (de tout poil, en quelque sorte).
Le Président n'a en revanche pas envisagé de réserver une date au poème.
Même partagée.

 

vendredi, 11 novembre 2011

GRECE : AUTRES TEMPS, MÊMES MOEURS

 

 

En 1852, le gouvernement grec désespérait de payer jamais les intérêts de la dette extérieure. Il se promettait seulement de témoigner sa bonne volonté aux trois puissances en leur donnant 400.000 drachmes par an.

Edmond ABOUT, La Grèce contemporaine, 1854.

 

Cette Grèce contemporaine en 1854 l'est donc encore aujourd'hui...

 

grèce,dette,edmond about,

lundi, 07 novembre 2011

La MISSION de Tomas TRANSTRÖMER



Revenons à notre Prix Nobel ("notre" en ce qu'il a été attribué - non pas à un Français - mais à un poète).
On peut entendre ici, parmi d'autres, cette considération de Tomas TRANSTRÖMER :


Que le lecteur vive sa vie de manière plus intense : telle est ma mission.

 

tomas tranströmer,france culture,ça rime à quoi,


Merci également à PLOC !, la lettre du haïku distribuée par l'Association pour la Promotion du Haïku d'avoir tiré ceci des neiges suédoises :


Fredonne dans la brume.
Au loin un bateau de pêche –
trophée sur l’eau.

-

Ces feuilles brunes
sont aussi précieuses
que les manuscrits de la mer Morte.


La grande énigme, Le Castor Astral.

 

 

vendredi, 04 novembre 2011

Bernard PIVOT : CHAPEAU HAUT



Restons encore un peu dans cette ambiance funèbre avec Les mots de ma vie, de Bernard PIVOT :



Âme

À notre mort, c'est l'accent circonflexe, le chapeau de l'âme, qui s'envole, aspiré par de puissants courants d'air métaphysiques. Après quelques jours, semaines ou mois - comme les météorologues, les théologiens ne sont pas d'accord sur le temps à long terme -, le chapeau parvient à un vestiaire immense aux murs couverts d'innombrables porte-manteaux. Tout naturellement il s'accroche à l'un d'eux. C'est là, dans les patères noster, qu'il attend le Jugement dernier.


Albin Michel, 2011.

 

 

mardi, 01 novembre 2011

JUDITH CHAVANNE : HALEINE PERDUE

 

 

Oui, la Toussaint vaut mieux que ce parterre tonitruant de chrysanthèmes, place de l'Hôtel de Ville :

 

 

Une bouche soudain

ne happe plus sa bouffée d'air,

ne prend plus part

à la respiration immense,

à l'haleine

mêlée des bêtes et des hommes,

à la sève exsudée dans l'obscurité par les feuilles,

à l'humidité stagnante.

 

Sonne

une cloche infime, lointaine dans la nuit ;

on n'écoute

jamais que le contrepoint de l'absence :

lui a cédé le jour, le souffle, jusqu'au halètement.

 

Judith CHAVANNE, Un seul bruissement, Le bois d'Orion, 2009.

 

vendredi, 28 octobre 2011

De QUOI Jan BAETENS EST-IL le GOÛT ?

 

 

Avant le passage à l'heure d'hiver, un dernier petit tour chez le glacier :

 

 

Le glacier

 

Le goût d'un sorbet

Comme à une rose

Est le nom

Qu'on lui donne.

 

Le goût d'un nom

Est celui des choses qu'il désigne.

Est celui de la chose

Qu'il est.

 

Les glaces qu'ils aiment,

Les enfants habillés de rose

Les montrent

du doigt.

 

Jan BAETENS, Cent fois sur le métier, Les impressions nouvelles, 2008.



mardi, 25 octobre 2011

Jan BAETENS : la RÈGLE est DOUCE mais C'EST la RÈGLE

 



Le grammairien


Bure ou vaseline
Garrot ou crinoline
Pansement ou guillotine
Couronne de lauriers couronne d'épines

La règle est l'amie des hommes (leur langue fourchue,
leur bec de lièvre, leur coeur et leur raison)


Jan BAETENS, Cent fois sur le métier, Les impression nouvelles, 2008.

 

 

vendredi, 21 octobre 2011

Judith CHAVANNE : ENFANT à ses DEVOIRS

 


L'enfant est appliqué à ses livres et ses devoirs
(la dentellière, dans les limites heureuses de son cadre,
à son ouvrage : un coussin
qui se moire de rouge et de bleu),
premières lectures,
et les mots au-dedans qui buissonnent,
se poussent, croissent dans  le désordre ;
l'enfant parfois s'arrête et regarde,
posée sur la table,
la pierre que l'on dit une rose
et qu'on lui a rapportée des sables.

Judith CHAVANNE, Un seul bruissement, Le bois d'Orion, 2009.

 

Les mots buissonnent, il est grand temps que les vacances arrivent.

 

 

mardi, 18 octobre 2011

COMME on se RETROUVE...

 


La revue sarthoise de Claude CAILLEAU  fête ses 3 ans d'âge par des numeros anthologiques...


...

Par les vitres s'introduisent
un mont Fuji une Sainte Victoire
la croisée de canaux d'un bas pays
C'est l'air qui appelle
qui happe et qui hèle
voyelle jaune et heureuse
à l'effondrement des murs
au chant des corps affranchis


Henri CHEVIGNARD, Les cahiers de la rue Ventura, n° 13 A, 2011.


Merci à lui et à ses Cahiers pour leur accueil !