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Littérature

  • ART et DESTRUCTION selon Gilbert LASCAULT

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    Dans les manifestations auto-destructives, l'art choisit la dépense, le luxe d'une vie extrême et qui ne calcule pas les conséquences d ses actes, un certain état orgiaque. Il cherche à éviter d'être rangé à une place précise par la société. Il veut (sans toujours y parvenir) échapper aux livres de comptes et aux archives, aux échanges monnayés et aux bénéfices, à cette "mesquinerie universelle" que, selon Georges Bataille, développe la société bourgeoise. Sans nihilisme, l'art brouille ainsi les cartes entre recettes et dépenses, ordre et chaos, vie et mort. Il ne cache pas la destruction dans les tombeaux ; il la transforme en un élément de la fête.

     

    Gilbert LASCAULT, Écrits timides sur le visible, UGE, 1979

     

     

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  • Le CŒUR selon Cyrille JAVARY

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    La médecine traditionnelle chinoise avait bien remarqué que le cœur est le seul parmi les organes à ne rien produire, ni liquide organique (comme le foie ou la rate) ni transformation chimique (comme les poumons ou les intestins), sa fonction fondamentale est d'assurer l'impulsion vitale, de générer la cinématique sanguine. Essentiel, central et vide, le cœur est en cela un modèle pour le souverain qui, comme lui, doit vivifier le corps social par le non-agir.

     

    Cyrille JAVARY, 100 mots pour comprendre les chinois, Albin Michel, 2008

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  • Cyrille JAVARY et le CIEL

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    Mais l'idée peut être poussée plus loin en se demandant si ce que l'idéogramme tiãn désigne correspond au ciel ou bien au Ciel ? En d'autres termes, s'agit-il du ciel météorologique ou du Ciel religieux ? Cette question, qui nous semble tout à fait naturelle, est parfaitement impensable dans l'univers de l'idéographie. Comment pourrait-on mettre une initiale en majuscule à un idéogramme ? On mesure à ce détail tout ce que représente pour notre manière de penser l'artifice typographique de la majuscule. Il entérine dans notre subconscient l'évidence d'une coupure irrémédiable entre le mode des choses naturelles, le ciel des nuages et des étoiles et celui de la spiritualité, le Ciel où vivent les dieux.

     

    Cyrille JAVARY, 100 mots pour comprendre les chinois, Albin Michel, 2008

     

     

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  • Alain JOUFFROY et l'AVANT-GARDE

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    Vous avez dit avant-garde ? Vous croyez à ça encore ? Plus que jamais. La pertinence des métaphores militaires, que Baudelaire a eu la mauvaise idée de dénoncer, c'est de reconnaître les activités de l'esprit comme un combat. Que sont-elles d'autres ? L'immobilité morte, la beauté fixe sont les barrières que la poésie peut faire voler en éclats, pour - en un temps court - relancer l'élan. Avec, toujours latent et bouillonnant au fond de soi, le sentiment d'un service irremplaçable à rendre, d'un message d'une extrême urgence à faire passer - même quand le message est long et complexe, presque impossible à saisir du premier coup.

     

    Alain JOUFFROY, Manifeste de la poésie vécue, L'infini - Gallimard, 1995

     

     

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  • Alain JOUFFROY, dans le RÉEL

    chat,ombre,silhouette,,

     

    Nous sommes étrangers partout et depuis mon retour de Tokyo je suis devenu aussi étranger à Paris et à la France qu'à tous les pays existants. Car le réel - le moins que l'on puisse en dire - est étrange partout. L'éveil du réel à lui-même est encore plus étrange. Il m'a fallu ce long et grand détour par Tokyo, capitale de la nouvelle banalité, pour découvrir physiquement que l'étrangeté est constitutive de tout. C'est son énergie propre qui fait du réel quelque chose d'autre que la mort.

     

    Alain JOUFFROY, Manifeste de la poésie vécue, L'infini - Gallimard, 1995

     

     

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  • Francis PONGE S'EXPRIME

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    "Il faut d'abord se décider en faveur de son propre esprit et de son propre goût. Il faut ensuite prendre le temps, et le courage, d'exprimer toute sa pensée à propos du sujet choisi (et ne pas seulement retenir les expressions qui vous paraissent brillantes ou caractéristiques). Il faut enfin tout dire simplement, en se fixant pour but non les charmes, mais la conviction."

     

    Francis PONGE, Proêmes, Gallimard, 1948

     

     

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  • Le RÉEL selon Édouard GLISSANT

    méandres,pli,

     

    Le réel est un corps de méandres et la vie cogne en chaque recoin. Réel et vie constituent un repli. Les considérer ensemble revient à bâtir une rhétorique, par un lent travail de dépli qui vise à éclairer plus qu'à convaincre, à se persuader soi-même plutôt qu'à confondre le lecteur, confident muet, sous un trop-plein de raisons.

     

    Édouard GLISSANT, Traité du Tout-monde, Gallimard, 1997

     

     

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  • Les MOTS autour d'Édouard GLISSANT

    cercle,ellipse,céramique,

     

    Les mots ont pris de la distance, d'avec les arcanes de l'impérieux récit et d'avec l'ampleur tout en failles du poème. Ils ont abdiqué l'assurance étroite de la langue. C'est comme si, donnés ou tombés de tout cet entrechoc d'alentour, ils se dérobaient à notre vouloir dire.

    Ils ne font plus planètes et galaxies, enrobées chacune autour de son soleil ou de son mouvement. Ils dispersent dans l'infini, avant que ce mouvement explose, que ce soleil devienne étoile géante morte, naine brûlée.

     

    Édouard GLISSANT, Traité du Tout-monde, Gallimard, 1997

     

     

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