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Poésie

  • Mahmoud DARWICH sous son ÉTOILE

    toile,tente,

     

    ...

    d'une pluie, nous avons construit notre baraque, si le vent ne court pas, nous ne courons pas, comme un clou planté dans l'argile, le vent creuse notre cave, nous nous serrons ainsi que des fourmis dans la petite cave

    comme si nous chantions subrepticement :

    Beyrouth est notre tente

    Beyrouth est notre étoile

    ...

     

    Mahmoud DARWICH, Rien qu'une autre année, Editions de minuit, Trad. A.Laâbi, 1983

     

     

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  • Ludovic JANVIER : RIVIÈRE et SOLILOQUE

    rivière,barque,

     

    On se fait chier, au long des rivières. Les soliloques. Celui du marcheur qui longe l'eau, celui de la rivière inscrite là pour bouger sans bouger, image de l'éternel et de l'irréversible, cliché du destin jusqu'à l'insupportable. Aucune raison d'espérer face à la rivière et au long d'elle, c'est tout le contraire. Et pourtant son frayage accompagne l'aveu, emporte la rage, ouvre sur le futur, incite à une espèce d'abandon : "Des petits enfants étouffent des malédictions le long des rivières" (C'est du cher Arthur).

     

    Ludovic JANVIER, Des rivières plein la voix, L'arbalète Gallimard, 2004.

     

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  • Ludovic JANVIER : RIVIÈRE et RÊVERIE

    rivière,bleu,

     

    Ramuz écrit que la pensée remonte les fleuves. Qui les descend, c'est la rêverie.

    Sans doute quelque part un gourmand de rivière et de langue aura-t-il déjà dit que rivière et rêverie (presque anagramme et mieux qu'anagramme) sont comme les deux faces opposées d'un bruit semblable et qu'on aurait accolées pour jouer avec. Mises en regard pour se laisser descendre au fil du rêve.

     

    Ludovic JANVIER, Des rivières plein la voix, L'arbalète Gallimard, 2004.

     

     

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  • Jean-Pierre LEMAIRE : DÉJÀ l'ÉTÉ

    ombre,pénombre

     

    Accroupie sur le seuil et nous tournant le dos

    tu lèves le nez vers les acacias

    pour parler aux oiseaux ; nous, de la pénombre

    nous tâchons de suivre la conversation

    vive, sensée, intraduisible

    où tu leur racontes en langue indigène

    tout ce que les parents ne peuvent entendre

    depuis qu'ils sont sortis du ciel en grandissant

     

    Jean-Pierre LEMAIRE, Le pays derrière les larmes, Poésie-Gallimard, 2016.

     

     

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  • Jean-Pierre LEMAIRE : DÉJÀ l'ÉTÉ

    rouge,puzzle,

     

    L'énigme de l'été toujours insoluble :

    le puzzle au complet ou presque, les montagnes

    exactement emboîtées dans le ciel

    comme le coin des toits, les prés sous les sapins

    - et nous en dehors. Nous attendons les pluies

    l'automne qui bientôt mélangera les pièces

    pour recommencer, cherchant notre place

    dans le vague dessin de l'année future

    d'où notre ombre s'absente avec le soleil.

     

    Jean-Pierre LEMAIRE, Le pays derrière les larmes, Poésie-Gallimard, 2016.

     

     

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  • Jean-Pierre LEMAIRE au BANQUET

    vitre,buée,

     

    L'habit que nous revêtirons au banquet du Royaume

    sera celui de tous les jours

    qui nous aura gênés tant que nous le portions

     

    Il était fait à nos mesures

    et nous ira si tard, merveilleusement bien

    quand nous aurons retouché le miroir...

     

    Jean-Pierre LEMAIRE, Le pays derrière les larmes, Poésie-Gallimard, 2016.

     

     

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  • Pierre Moïse CÉLESTIN : ÉNIGME

    jaune,noir,bleu,

     

    Énigme

     

    Pas d'issue pour le poème éteint

    Sur ma face de lune

    Mes songes pendulaires

    Ont la tête tranchée dans mon bain

     

    Et depuis

    J'ai des mains lunatiques

    Tâtonnant cherchant

    La lumière dans ma poche

     

    La jactance a des manières infidèles

    Nouant la corde aux bras des étincelles

     

    Pierre Moïse CÉLESTIN, Anthologie de poésie haïtienne contemporaine, Points, 2015.

     

     

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  • Claude ADELEN et le POÈME

    porte,gond,

     

    Boîte-de-pandore-un-poème soulever

    le couvercle, regarder là-dedans ? encore une

    de tes métaphores. et que tu aies pu croire

     

    Si longtemps avec ça ouvrir toutes portes

    t'imaginer être celui

    qui avait la bonne clef chaque mot

     

    La bonne clef chaque livre

    trousseau cliquetant

    inutile, avec l'âge on revient

     

    Dans une ville étrangère

    les serrures ont été changées.

     

    Claude ADELEN, Légendaire, Flammarion, 2009.

     

     

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