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Poésie

  • Le LANGAGE selon Edmond JABÈS

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    Je songe aux jouets de mes cinq ans. Une fois miens, ils furent les maîtres. Je croyais pouvoir, avant qu'on me les offrît, les manier à ma fantaisie. Je m'aperçus très vite que je pouvais les détruire au gré de mon humeur ; mais si je les voulais vivants, que je devrais respecter leur mécanisme, leur âme immortelle.

    Ainsi le langage.

     

    Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie-Gallimard.

     

     

     

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  • Edmond JABÈS APRÈS le DÉLUGE

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    Après le déluge

     

    La paix est dans la clé

    des contradictions dans le soufre

    des clartés fugitives Tu es là

    pour un instant Désert bleu

    aux dunes de pluie La soif est exaucée

    L'espace est une brèche Tu brûles dans la nuit

    sans murailles Je vois par ton huile

    par la mèche de feu qui fleurit au milieu

    Je vois par ton amour La paix jeune pie

    a l'allégresse multicolore de nos yeux

    après le déluge

     

    Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie-Gallimard.

     

     

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  • Nicolas LABIS : PAS l'ENVIE

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    Épitaphe

     

    Je n’ai pas eu l’envie d’abattre des soleils vivants

    Ou d’arracher des étincelles aux planètes mortes

    Mais j’ai tenté d’incendier la brume sombre

    Le raisin de la rêverie des hommes de mon temps.

     

    Nicolas LABIS (adaptation Charles Dobzynski), Action Poétique n° 24, juin 1964.

     

     

     

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  • Miroslav HOLUB à la PORTE

    buis,porte,dehors,

    La porte

     

    Va et ouvre la porte.

    Dehors il y a peut-être

    un arbre ou une forêt,

    ou un jardin,

    ou une ville magique.

     

    Va et ouvre la porte.

    Il y a peut-être un chien qui gratte,

    il y a peut-être un visage,

    ou un œil,

    ou l’image d’une image.

     

    Va et ouvre la porte

    S’il y a de la brume,

    elle se dissipera.

     

    Va et ouvre la porte

    Et s’il n’y avait que le tic-tac des tenèbres,

    et s’il n’y avait qu’un souffle creux

    Même s’il n’y avait rien.

     

    Va et ouvre la porte

    Il y aura au moins un courant d’air.

     

    Miroslav HOLUB (traduit du tchèque par François Kerel), Action Poétique n° 24, juin 1964.

     

     

     

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  • Lyonel TROUILLOT et GRANDEUR du PASSÉ

    grandeur du passé,

    ...

    Tes seins ont poussé,

    et ta sagesse,

    et tes cheveux.

    Sache-le désormais :

    Ce n'est pas avec la grandeur du passé qu'on fabrique des lendemains.

    Ce n'est pas la mélancolie qui t'amènera à ton essence.

     

    Lyonel TROUILLOT, Le doux parfum des temps à venir, Actes Sud, 2013.

     

     

     

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  • L'ÉVIDENCE selon Jeanine MOULIN

    lampe,lumière,

     

    L'évidence

     

    Elle ne s'entoure pas de mots,

    de ces mots qui engagent parfois le poète,

    dans un marais de poissons flétris.

     

    L'évidence,

    on la trouve parfois à l'hôpital

    sur une feuille de températures

    sans syllabes,

    pleine de chiffres qui ne riment pas,

    muette et blanche

    au seuil de cette mort

    qui inspire tant de mots aux poètes,

    mais ne parle pas.

     

    Jeanine MOULIN, Les mains nues, Librairie St Germain des Prés, 1971.

     

     

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  • Fatho AMOY : AVIS aux VOYAGEURS

    ciel,nuages,issue de secours,

    Avis

     

    Voyageurs du soir qui suivent la rumeur

    Des vagues et l'étoile bleue des baies,

    Gardez-vous de trop songer à vos songes

    Et d'héberger pour longtemps les chagrins

    Qui saccagèrent votre vie passée.

    Il est au bout de la nuit une terre tout ensemble

    Proche et lointaine que le jour naissant

    Exalte d'hirondelles et de senteurs de goyave.

    Un pays à portée de cœur et de sourire

    Où le désir de vivre et le bonheur d'aimer

    Brûlent du même vert ardent que les filaos.

    Craignez de le traverser à votre insu :

    Les saisons sur vos talons brouillent le paysage ;

    Mais chaque pas est la chance d'un rêve.

     

    Fatho AMOY, Chaque aurore est une chance, Ceda, 1980.

     

     

     

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  • Dany LAFERRIÈRE et le NORD

    world,weight,

    ...

     

    Tout bouge sur cette planète.

    Vue du ciel on voit son Sud

    toujours en mouvement.

    Des populations entières montent

    chercher la vie au nord.

    Et quand tout le monde y sera

    on basculera par-dessus bord

     

    *

     

    Et l'exil du temps est plus impitoyable

    que celui de l'espace.

    Mon enfance ma manque plus cruellement

    que mon pays.

     

    Dany LAFERRIÈRE, L'Enigme du retour, Grasset et Fasquelle, 2009.

     

     

     

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