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Poésie

  • La TERRE selon Paul de ROUX

    rose,terre,blanche,

     

    La ville que nul rayon ne saisit, n'enlace, ne réchauffe

    laisse cependant circuler ses enfants pâles et dans ses rues

    et dans la voie lactée - même s'ils ne savent pas

    que toute artère a son double entre les étoiles

    et si la terre se tait en chaque motte brune

    c'est qu'elle n'a jamais cessé de parler

    avec les langues des peuples vivants et des peuples morts

    ainsi que quelques uns l'ont perçu, épelant

    le vers grec ou russe - et ce n'est pas peu de choses non plus

    que les lèvres qui épellent et le doigt qui suit le texte

    soient faits d'argile ainsi qu'il a été dit.

     

    Paul de ROUX, Le front contre la vitre, Gallimard, 1993

     

     

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  • Djalâl-ud-​dîn RÛMÎ et la FLÛTE

    bambous,tiges,

     

    Écoute la flûte de roseau, écoute sa plainte

    Des séparations, elle dit la complainte :

    “Depuis que, de la roselière, on m’a coupée

    En écoutant mes cris, hommes et femmes ont pleuré

    Pour dire la douleur du désir sans fin

    Il me faut des poitrines lacérées de chagrin

    Ceux qui restent éloignés de leur origine

    Attendent ardemment d’être enfin réunis

    Moi, j’ai chanté ma plainte auprès de tous

    Unie aux gens heureux, aux malheureux, à  tous…"

     

    Djalâl-ud-​dîn RÛMÎ, Mathnawî, trad. L.Anvar, Entrelacs

     

     

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  • Paul De ROUX en BAS

    village,clocher,aube,

     

    Bas

     

    La nuit n'est pas finie que le merle parle un peu

    comme dans un ravin, dans l'ombre, très bas :

    petits crissements de noix dans le poing

    quelque chose qui n'éveillera personne - la nuit

    la nuit encore partout avec ses appels de sirènes lointaines

    le merle de dessous le plancher, dans le noir :

    cuisine à l'aube, corps gourds

    préparatifs autour d'une cafetière, si les mots passent

    c'est entre les lèvres qui se déclouent, sommeil

    fatigue, aube froide, toutes sortes de feuilles

    à lever pour trouver un ver.

     

    Paul De ROUX, Le front contre la vitre, Gallimard, 1993

     

     

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  • Jean-Dominique REY HANTÉ

    gargouille,monstre,ciel,

     

    la nuit bulgare

    rongeant le soufre

    d'un palais fantôme

    enfoui sous le silence

     

    il y a donc un moment

    où il faut

    cerner la vie

    avant qu'elle ne s'écroule

     

    quelque chose vous prend

    au cœur

    avec assez de force

    pour vous étreindre sans vous tuer

     

    soudain l'été perdu

    roule entre ses fruits

    une quiétude

    hantée de cris lascifs

     

    Jean-Dominique REY, îles insurgées, Dumerchez, 2001

     

     

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  • Silvia MAJERSKA à la MONTAGNE

    ciel,montagne,nuage,

     

    MONTAGNE

     

    Cette montagne qu'il fallait escalader

     

    Même si je pouvais la regarder dans les yeux

    l'effort à fournir n'en serait pas moindre

     

    Une fois au sommet, la montagne reste

    aussi difficile à cerner

    impossible à embrasser

     

    La fatigue a toujours ce goût de défaite

     

    Silvia MAJERSKA, Matin sur le soleil, Le Cadran ligné, 2020

     

     

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  • Jean-Dominique REY dans le TRAIN

    train,

     

    TRAIN

     

    Vole la sirène des virages

    et les châteaux qu'on frotte sur la vitre

    la poussière des auvents

    le tumulus qui garde son secret

    et les caténaires

    captifs de lassos dont se moque la vitesse

     

    une belle nordique halée d'ambre et de cerise

    remonte la vie de wagon en wagon

    elle n'a pour tout bagage

    que le dessin de ses lèvres

     

    Jean-Dominique REY, îles insurgées, Dumerchez, 2001

     

     

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  • Sandra MOUSSEMPÈS et les BAVARDAGES

    carpe,koï,orange,

     

    ...

    Tant de gens vous flétrissent le corps et l'esprit de leurs bavardages. Je ne veux plus me tacher de leurs mensonges.

    ...

     

    Sandra MOUSSEMPÈS, Vestiges de fillette, Flammarion, 1997

     

     

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  • RÊVER selon Chantal DUPUY-DUNIER

    papillon,rouille,

     

    Août se dissipe peu à peu

    comme une certitude à l'approche de l'âge.

     

    Il faudrait perdre la faculté de rêver

    lorsque vient la lenteur.

     

    Chantal DUPUY-DUNIER, Mille grues de papier, Flammarion, 2013

     

     

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