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Poésie - Page 2

  • Roberto JUARROZ et les GESTES ABSURDES

    reflet,gris,miroir,

     

    Les gestes absurdes,

    les discours absurdes,

    ceux qui déforment le visage dans le miroir

    ou le miroir devant le visage,

    ne résolvent pas le monde,

    mais ils consolent parfois

    de l'ennui nauséeux

    de ce grand non-sens

     

    Les gestes absurdes,

    les discours absurdes,

    sont justement le sens

    là où il n'existe pas.

     

    Une grimace devant le miroir,

    une distorsion dans le langage

    ou un rictus au fond de dieu ou de l'homme

    redresse au moins la tige

    qui souvent soutient une fleur

    dont le soleil ne se souvient pas.

     

    Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

     

     

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  • La PRIÈRE selon Roberto JUARROZ

    fissure,céramique,

     

    Fissures intérieures,

    fentes par où filtre goutte à goutte

    le liquide épais et oppressant

    de cette profonde invasion

    que nous appelons prière.

    ...

     

    Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

     

     

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  • Le TRAVAIL de Jacques ROUBAUD

    chat,tête,

     

    Pangmur le blanc et moi

    avons chacun notre métier

    son esprit pense à sa chasse

    et moi je pense à la mienne

     

    Je préfère à toute gloire la paix

    de mon livre, chant du savoir

    et lui qui ne m'envie jamais

    aime son métier enfantin

     

    Parfois après une lutte terrible

    une souris tombe en son pouvoir

    et moi je prends dans mon filet

    un mot difficile à comprendre

     

    Même si notre labeur est long

    nous ne nous dérangeons jamais

    car chacun aime son travail

    et chacun en profite seul

     

    Le travail qu'il accomplit chaque jour

    est celui pour lequel il est fait

    et moi je suis préparé au mien :

    mener l'obscur à la lumière

     

    Jacques ROUBAUD, Dors, Gallimard, 1981

     

     

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  • Marie ÉTIENNE en MENDIANTE

    mots,écrit,

     

    On n'écrit plus de poésie, un bric-à-brac de vieux droguiste.

    Quel crédit accorder aux mots qui se succèdent, comment les croire encore possibles ?

    Luttant contre le rythme pair, on ne tient plus sa main portée contre son coeur : le genre noble a la nausée.

    On balade ses mots, on les décroche, on les espace, on les efface.

    On les dispose comme on peint, comme on dessine ou comme on brode, au point de croix.

    On fait de petits tas, sans ponctuation, "mendiant presque d'écrire".

    ...

     

    Marie ÉTIENNE, Roi des cent cavaliers, Flammarion, 2002.

     

     

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  • Jacques ROUBAUD et le MONDE

    pierre,visage,

     

    que faire d'un monde qu'on ne dit pas

     

    dont nul n'a su ne sait rien dire, rien

     

    pas un détail, pas une occurrence particulière accrochée à une description

     

    un monde d'une généralité si extrême

     

    que l'unique, le sans répétition, y est abrogé

     

    dès l'instant que personne ne peut comprendre

     

    dont personne dans sa bouche ne sait que faire

     

    contourner ce dire, l'expulser d'une syllabe

     

    le cracher avec dégoût

     

    un monde d'une imprécision abominable

     

    avec lequel je dois vivre

     

    à qui je dois, incessant, le regard ?

     

    Jacques ROUBAUD, La pluralité des mondes de Lewis, Gallimard, 1981

     

     

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  • Le BEAU selon Jacques ROUBAUD

    ombre,branches,

     

    ...

     

    je le savais, je m'en souviens, il faisait beau,

     

    de la beauté de l'air qui ne dit rien

     

    pose les heures dans nos mains, et s'en va.

     

    ...

     

    Jacques ROUBAUD, La pluralité des mondes de Lewis, Gallimard, 1981

     

     

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  • Marie ÉTIENNE ÉCRIT

    troncs,arbres,chiffres,

     

    ...

    On garde son carnet et son stylo ouverts.

    - Vous notez vos mémoires ?

    Écrire est ridicule. Si on écrit on fait ses comptes, ceux du marché, du mois.

    Mais pas ceux de sa vie.

    On continue quand même à aligner ses chiffres, c'est-à-dire ses lettres.

    On paraît moins vivant, on s'enfonce loin d'eux, qui sont dehors, à la surface, qui tiennent le bon bout de cette suite d'actes.

    On extrait des fragments d'une suite, au hasard.

    En vérité pas au hasard.

    On les dispose, on les essaie, on les attache.

    Jusqu'à ce qu'à son tour on tienne le bon bout.

    Jusqu'à ce qu'à leur tour ils tiennent bien ensemble.

     

    Marie ÉTIENNE, Roi des cent cavaliers, Flammarion, 2002.

     

     

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  • Mahmoud DARWICH sous son ÉTOILE

    toile,tente,

     

    ...

    d'une pluie, nous avons construit notre baraque, si le vent ne court pas, nous ne courons pas, comme un clou planté dans l'argile, le vent creuse notre cave, nous nous serrons ainsi que des fourmis dans la petite cave

    comme si nous chantions subrepticement :

    Beyrouth est notre tente

    Beyrouth est notre étoile

    ...

     

    Mahmoud DARWICH, Rien qu'une autre année, Editions de minuit, Trad. A.Laâbi, 1983

     

     

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