
À travers toutes les choses
passe une absence inutile,
peut-être même cette absence est-elle dans les choses
comme leur secrète ivresse
et nous l'entourons de tout notre amour
Jean TARDIEU, Une voix sans personne, Gallimard, 1954
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À travers toutes les choses
passe une absence inutile,
peut-être même cette absence est-elle dans les choses
comme leur secrète ivresse
et nous l'entourons de tout notre amour
Jean TARDIEU, Une voix sans personne, Gallimard, 1954

Au reste, en aurais-je le temps, il me semble que je n'aurais plus le goût de travailler beaucoup et à plusieurs reprises sur le même sujet. Ce qui m'importe, c'est de saisir presque chaque soir un nouvel objet, d'en tirer à la fois une jouissance et une leçon ; je m'y instruis et m'en amuse, enfin : à ma façon.
Francis PONGE, Proêmes, Gallimard, 1948

Un ensemble de lois compliquées à l'extrême, c'est-à-dire le plus parfait hasard, préside à la naissance, et au placement des végétaux sur la surface du globe.
La loi des indéterminés déterminants.
Francis PONGE, Le parti pris des choses, Gallimard, 1942

La faune bouge, tandis que la flore se déplie à l'œil. Toute une sorte d'êtres animés st directement assumée par le sol.
Ils ont au monde leur place assurée, ainsi qu'à l'ancienneté leur décoration.
Différents en ceci de leurs frères vagabonds, ils ne sont pas surajoutés au monde, importuns au sol. Ils n'errent pas à la recherche d'un endroit pour leur mort, si la terre comme des autres absorbe soigneusement leurs restes.
Chez eux, pas de soucis alimentaires ou domiciliaires, pas d'entre-dévoration : pas de terreurs, de courses folles, de cruautés, de plaintes, de cris, de paroles. Ils ne sont pas les corps seconds de l'agitation, de la fièvre et du meurtre.
Francis PONGE, Le parti pris des choses, Gallimard, 1942

Tu es l'autre raison, qui chemine au-dedans, où les boues
sont rouges de nos cris et la graisse sur les cheveux cille
Tu es le goût caché que nous donnons à nos mots
Dans la nuit quand la paille bouge le bambou craque
Tu es renoncement, à tout levant ô renoncée
Nous te repoussons dans l'étroit de nos tempes tu es
Océan où brassés de fer nous posons
L'algue fragile de nos souffles
Édouard GLISSANT, Pays rêvé, pays réel, Gallimard, 1985

Sous le velours exalté des langues, le luxe barbare des muqueuses.
Annie LE BRUN, Ombre pour ombre, Gallimard, 2004

À la tempête près
Rien n'est à sa place
Des effilures de ténèbres
Nous relient à la vie
Des éclats de sens
Dans la poitrine
Nous voici
Marcheurs translucides
Dans les gousses du soir
Le gibet de la neige
Sur les épaules
Du côté des sapins
Les défenses rôdeuses
Empennées de nonchalances obscures
Dernier et inutile frôlement verbal
La citadelle des gestes
Vacille
Au pied du mur
C'est la terre ouverte
La terre minutieuse
La terre flagrante
Avec ses massifs de luxuriance fongueuse
Et ses falaises d'innocence
Puis
La grande allure
Stridente
Hurlante
Assourdissante
De vertiginaeux drapés de limpidité
Trouvent la mort
Dans le bouillonné de la vie
D'une rive à l'autre
Juste avant d disparaître
Le jour et la nuit
Ont jeté les caillebotis tremblés
De leurs empires appâlis
Enfin l'immense détour
Hypnagogique
Souverain
Algide
Sur des pilotis de disparition immédiate
Ne nous dites rien
Ne nous parlez plus
Emmurée derrière les remparts du vent
La démence
Étalant ses ailes de sang givré
Jusqu'au gouffre fluide
De ma couronne de bruyère et de chèvrefeuille
Emportée dans l'insoutenable luisance des nuages
Tous les paradisiers de l'eau
Nous encerclent
En lambris d'écume
Définitive
Barbare
Éblouie
C'est la nudité déployée entre les racines du cœur.
Annie LE BRUN, Ombre pour ombre, Gallimard, 2004

Bleu, bleu, bleu
Le bruit du sang
Contre les tempes du vent
Les cheveux de la pluie
Frappent un paysage sans visage
Pâles et lointaines
Les pages affolées
Du livre des plaines
S'ouvrent en éventails
Entre lesquels la brume se pâme
Et sans bruit
Les roues du jour
Broient les cartilages de la lumière
Annie LE BRUN, Ombre pour ombre, Gallimard, 2004