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Poésie - Page 4

  • Paul BLACKBURN : AUJOURD'HUI C'EST LA MÉDITERRANÉE ORIENTALE

    métro,

     

    RITUEL VII

    C’est quoi qui vient s’asseoir ici et anonyme
    dans le métro et
    rend notre œil inapte à
 tout autre usage pendant

    des heures ? Aujourd’hui c’est la Méditer-
    ranée orientale, elle
 s’assoit juste là, complexion
    mate, précise

    et légère courbe du nez, la

    bouche bouton de rose d’une princesse perse, mais dé-
    jà lèvres trop pleines
    en haut et
    en bas et peut-être la seule, la drôle, la grande
    putain de Port Saïd ou de Babylone qui professorale s’assoit
    ici maîtrisant le crayon à paupière, l’om-

    bre parfaite, une
    
autre ombre se promenant sous les pommettes quand elle se
    tourne pour voir le numéro ou le nom
    de la station, la courbe précise, des yeux perses
    
arabes, afghans, indiens, pakistanais, libanais
    noirs, noirs, égyptiens, mésopotamiens, bouche pâle, pâle

    Elle descend à Union

    Square et demande

    à une vieille et gaillarde Irlandaise
    la direction de la correspondance

    Un dernier regard 

    le métro démarre lentement, trop

    lentement, elle reste là,

    jambes écartées sous un manteau noir de fausse fourrure, elle
    reste juste là, sans fin, ne choisissant

    ni une direction ni l’autre, reste
    
là sur le quai d’Union Square
    
toute l’histoire de la Méditerranée orientale entre les cuisses
    réfléchissant

    Paul BLACKBURN, Acton Poétique n° 203, mars 2011.

     

     

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  • Lorand GASPAR : MUSIQUE DISCORDANTE

    bouche,statue,

     

    Voici, me dit-il, le mortel cerné de toutes parts,

    enserré dans les fils de sa langue, son trépas.

    Entends sa musique discordante, la bouillie sonore de sa bouche.

    Vois comme est insensé son dire, en désaccord flagrant avec le sens de son faire, le destin qui le porte.

    Aveugle sous la peau de lumière posée.

    Regarde la bête solitaire, foulant les jardins,

    alourdie de fatigue, exsangue, frappée en plein regard.

    Déracinée, Désertée, Brisée -

     

    Plaies et pleurs et grincements de dents.

    Lueur qu'éventra la lame sur l'eau grise.

    Parole sous la parole, en mèche de fouet.

    Tranquillement elle charrie l'irrévocable venin,

    Tranquillement elle dépèce l'incroyable, le clair, te livrant à ton obscurité -

    et qui t'entendra dans les hennissements du jour,

    du joyeux jour aux blancs poulains ?

     

    Lorand GASPAR, Égée Judée, Poésie-Gallimard,1980.

     

     

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  • Karel LOGIST : pour la BELGIQUE (2/2)

    peluche,lit,

    ‘round midnight

     

    Toutes les nuits, tu as de petites peurs

    Souples et malléables comme des bras d’enfant

    Autour de tes épaules nues

     

    Tu crains qu’il soit l’heure

    Des cambrioleurs roux

    Tu crains que les volets ne se relèvent pas

    Restent à jamais coincés

    Que la rouille, le brouillard, de mauvaises pensées

    Ou de mauvaises rencontres t’imposent leur loi

    Tu crains que ce soit lui

    Les bras mouillés de sang

    Qui vient chercher son dû

     

    Toutes les nuits, tu caches tes jouets

    Sous l’oreiller des fées

    Dans la botte du géant

     

    Toutes les nuits, tu serres tes angoisses

    Tu les tords, les étreins,

    Tu les trais ; il en sort

    Une transpiration qui te chasse du lit

    à la rencontre de bruits, de craquements et de voix

    Dont le jour se souvient,

    Et des rêves aussi.

     

    Karel LOGIST, Action Poétique n° 185, (Belges & Belges) septembre 20006.

     

     

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  • Rossano ROSI : pour la BELGIQUE (1/2)

     

    rossano rosi,météore,pôle,rue,neige,

     

     

    27. Météore (rue du Pôle - 1210)

     

    Un peu de neige est tombée rue du Pôle,

    qui soudain joue à merveille son rôle.

    On s’y croirait (s’il n’y avait cette geôle

    d’armé béton pour lui donner son drôle

     

    d’aspect. (Jamais nul matou n’y miaule ;

    nul chien n’y chie. Rue sans vie, on n’y frôle

    que des capots, des banquises de tôle.

    (Le promeneur lui tourne les épaules,

     

    préférant se risquer vers la ceinture

    pentagonale de bruits et de voitures

    jouxtant ces lieux ; (il y voit même un temple

     

    au pseudoclassicisme attique et kitsch

    que deux buildings prennent comme en sandwich

    (du haut desquels vingt années nous contemplent)).))).

     

    Rossano ROSI, Les Rues parallèles (extraits), Action Poétique n° 185 (Belges & Belges), septembre 20006.

     

     

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  • Le SOMMEIL selon Anise KOLTZ

    sommeil,rêve,

     

    Sommeil qui ne vient d’aucune vallée

    et qui ne va vers nulle part

    sommeil qui nous cloue

    pour y suspendre ses images

     

    Anise KOLTZ, Action poétique n° 138/139, Printemps 1995.

     

     

    L'illustration est empruntée à Coco qui, elle, ne l'est pas du tout avec des pinceaux... 

     

     

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  • Yehuda AMICHAÏ à la BOULANGERIE

    boulanger,coiffe,

     

    Pour moi, écrire de la poésie, c'est comme descendre à la boulangerie et acheter mon pain.

     

    Yehuda AMICHAÏ, cité ici par Emmanuel MOSES.

     

     

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  • Michelle GRANGAUD : l'ÉGALITÉ dans la LANGUE

    chiffres,boulier,

     

    693

    l’histoire de l’orthographe française est avant tout une bataille des idées

    un guide historique de Rome doit pouvoir servir de point de départ

    l’appareil cochléaire est un sens toujours en éveil pendant le sommeil

    on reconnaît chez les Orthoptères six sortes de chants différents

    le jeu consiste à regrouper les mots qui sont égaux selon ce chiffrage

     

    Michelle GRANGAUD, Action Poétique n° 151, Été 1998.

     

    L’auteure explique plus haut la contrainte qui l’a menée à ce poème (d’actualité) :

     

    Récemment, j’ai trouvé une autre façon de mettre au jour l’égalité dans la langue. Je chiffre les mots selon le principe simple, A = 1, B = 2, C = 3 etc. Le jeu consiste à regrouper tous les mots qui sont égaux selon ce chiffrage. C’est ce que j’appelle les idendités remarquables. On peut aussi bien chiffrer des vers, des propositions ou des phrases entières. Il suffit de disposer, sur l’ordinateur, d’un logiciel qui calcule instantanément le poids des mots, vers ou phrases.

     

     

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  • António RAMOS ROSA au CREUX de l'ARCHE

    arche,

     

    LA RESPIRATION DE LA MER

     

    Errantes les paroles, les fenêtres,

    respiration à fleur de mer au creux de l'arche,

    épaule immense et légère, l'espace entier

    comme un seul corps où commence le vent.

     

    António RAMOS ROSA, Accords, 1989, Trad.Michel Chandeigne, Poésie-Gallimard, 1998.

     

     

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