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Poésie - Page 4

  • Jacques JOUET : IMPÉRIALISME de l’ÉCONOMIQUE

    porte,coeur,

     

    La poésie aime à dire qu’elle résiste à l’impérialisme de l’économique, puisque

    nul n’ose plus dire qu’il résiste à l’économie de l’impérialisme,

    mais si ce vœu de pauvreté, qui fait doucement marrer l’économat,

    la cantonne dans le commerce éthéré franciscain avec les piafs ou les « lumpen-volatiles » que sont les pigeons de ville selon Italo Calvino

    ou d’ailleurs avec les seuls aigles des altitudes philosophiques, je défroque tout

    de suite, d’ailleurs, c’est fait.

    ...

     

    Jacques JOUET, Action Poétique n° 147, été 1997.

     

     

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  • Jacques JOUET : OHÉ LA POÉSIE

    bouche bée,poisson,

     

    Au coeur des mots poésie, poète et poème, comme au coeur aussi d’ailleurs du mot

    théâtre,

    il y a un hiatus « ohé ! » ou « ohè » où la bouche bée son vide en crachant

    du plein.

    Donc le mot ressemble assez à ce que je cherche à lui faire dire,

    encore que le vomissement des deux voyelles enchaînées poaaaîîîme

    puisse n’échapper pas à quelque ridicule, comme Antoine Vitez affectionnait de

    dégueuler le théââââtre

    en s’en gargarisant avec exagération.

    ...

     

    Jacques JOUET, Action Poétique n° 147, été 1997.

     

     

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  • TO KAZUKO : QUE BRISURE ET DÉBRIS

     brisure,débris

     

    Des mots pour nous

     

    Même avec nos jours tachés d’un peu de soleil

    nos gestes ressemblent encore

    à ceux des réfugiés.

    Les yeux affamés

    la bouche desséchée

    ça nous va toujours bien.

     

    Au loin

    dans le ciel

    toutes ces illusions d’arsenaux s’écroulent

    mais celles de la ville future

    s’écroulent aussi

    et il apparaît une silhouette

    sur du papier brûlé.

     

    Nous ne sommes pas encore habitués

    à saluer des morts

    nous ne savons pas encore apprécier

    la terreur

    nous ne savons pas mesurer

    combien d’espace nos mots soutiennent.

     

    Notre mémoire se lie à des objets brisés

    et nos mots ne recueillent que brisure et débris.

     

    TO Kazuko, Action poétique n° 25, octobre 1964.

     

     

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  • René DEPESTRE et PANAMA

     

    portrait,famille,

     

     

    ...

    Tout dans la maison respirait l’aisance, le charme, la santé, la paix, la lumière. La respectabilité rayonnait. Je me frottai les yeux pour mieux y croire. C’était vraiment la famille dans toutes ses féeries blanches. Le capitaine de ce bord lumineux était juge de son métier. Il fut le premier à s’apercevoir de mon arrivée. Une vague géante de bile se mit aussitôt en mouvement dans la vie de ce Juste d’Alabama. Et la table entière commença à tanguer vers moi. Mais pas un seul globule rouge ne vacilla dans mon corps. J’étais un rocher dominant de très haut ce tumulte blanc.

    Ils étaient tous là :


    Le-fils-cadet-de-West-Point


    Le-fils-qui-broutait-les-mirages-de-Yale-University

    Le-fils-futur-sénateur-républicain-de-l’Alabama

    
Le-fils-futur-ambassadeur-à-Panama

    
Le-fils-qui-restera-à-la-maison-pour-veiller-sur-les-meubles de-l’idiotie-familiale

    ...

     

    René DEPESTRE, Un arc-en-ciel pour l’occident chrétien, poème-mystère-vodou, Action Poétique n° 32-33, 1967.

     

     

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  • Paul BLACKBURN : AUJOURD'HUI C'EST LA MÉDITERRANÉE ORIENTALE

    métro,

     

    RITUEL VII

    C’est quoi qui vient s’asseoir ici et anonyme
    dans le métro et
    rend notre œil inapte à
 tout autre usage pendant

    des heures ? Aujourd’hui c’est la Méditer-
    ranée orientale, elle
 s’assoit juste là, complexion
    mate, précise

    et légère courbe du nez, la

    bouche bouton de rose d’une princesse perse, mais dé-
    jà lèvres trop pleines
    en haut et
    en bas et peut-être la seule, la drôle, la grande
    putain de Port Saïd ou de Babylone qui professorale s’assoit
    ici maîtrisant le crayon à paupière, l’om-

    bre parfaite, une
    
autre ombre se promenant sous les pommettes quand elle se
    tourne pour voir le numéro ou le nom
    de la station, la courbe précise, des yeux perses
    
arabes, afghans, indiens, pakistanais, libanais
    noirs, noirs, égyptiens, mésopotamiens, bouche pâle, pâle

    Elle descend à Union

    Square et demande

    à une vieille et gaillarde Irlandaise
    la direction de la correspondance

    Un dernier regard 

    le métro démarre lentement, trop

    lentement, elle reste là,

    jambes écartées sous un manteau noir de fausse fourrure, elle
    reste juste là, sans fin, ne choisissant

    ni une direction ni l’autre, reste
    
là sur le quai d’Union Square
    
toute l’histoire de la Méditerranée orientale entre les cuisses
    réfléchissant

    Paul BLACKBURN, Acton Poétique n° 203, mars 2011.

     

     

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  • Lorand GASPAR : MUSIQUE DISCORDANTE

    bouche,statue,

     

    Voici, me dit-il, le mortel cerné de toutes parts,

    enserré dans les fils de sa langue, son trépas.

    Entends sa musique discordante, la bouillie sonore de sa bouche.

    Vois comme est insensé son dire, en désaccord flagrant avec le sens de son faire, le destin qui le porte.

    Aveugle sous la peau de lumière posée.

    Regarde la bête solitaire, foulant les jardins,

    alourdie de fatigue, exsangue, frappée en plein regard.

    Déracinée, Désertée, Brisée -

     

    Plaies et pleurs et grincements de dents.

    Lueur qu'éventra la lame sur l'eau grise.

    Parole sous la parole, en mèche de fouet.

    Tranquillement elle charrie l'irrévocable venin,

    Tranquillement elle dépèce l'incroyable, le clair, te livrant à ton obscurité -

    et qui t'entendra dans les hennissements du jour,

    du joyeux jour aux blancs poulains ?

     

    Lorand GASPAR, Égée Judée, Poésie-Gallimard,1980.

     

     

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  • Karel LOGIST : pour la BELGIQUE (2/2)

    peluche,lit,

    ‘round midnight

     

    Toutes les nuits, tu as de petites peurs

    Souples et malléables comme des bras d’enfant

    Autour de tes épaules nues

     

    Tu crains qu’il soit l’heure

    Des cambrioleurs roux

    Tu crains que les volets ne se relèvent pas

    Restent à jamais coincés

    Que la rouille, le brouillard, de mauvaises pensées

    Ou de mauvaises rencontres t’imposent leur loi

    Tu crains que ce soit lui

    Les bras mouillés de sang

    Qui vient chercher son dû

     

    Toutes les nuits, tu caches tes jouets

    Sous l’oreiller des fées

    Dans la botte du géant

     

    Toutes les nuits, tu serres tes angoisses

    Tu les tords, les étreins,

    Tu les trais ; il en sort

    Une transpiration qui te chasse du lit

    à la rencontre de bruits, de craquements et de voix

    Dont le jour se souvient,

    Et des rêves aussi.

     

    Karel LOGIST, Action Poétique n° 185, (Belges & Belges) septembre 20006.

     

     

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  • Rossano ROSI : pour la BELGIQUE (1/2)

     

    rossano rosi,météore,pôle,rue,neige,

     

     

    27. Météore (rue du Pôle - 1210)

     

    Un peu de neige est tombée rue du Pôle,

    qui soudain joue à merveille son rôle.

    On s’y croirait (s’il n’y avait cette geôle

    d’armé béton pour lui donner son drôle

     

    d’aspect. (Jamais nul matou n’y miaule ;

    nul chien n’y chie. Rue sans vie, on n’y frôle

    que des capots, des banquises de tôle.

    (Le promeneur lui tourne les épaules,

     

    préférant se risquer vers la ceinture

    pentagonale de bruits et de voitures

    jouxtant ces lieux ; (il y voit même un temple

     

    au pseudoclassicisme attique et kitsch

    que deux buildings prennent comme en sandwich

    (du haut desquels vingt années nous contemplent)).))).

     

    Rossano ROSI, Les Rues parallèles (extraits), Action Poétique n° 185 (Belges & Belges), septembre 20006.

     

     

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