27 août 2013

Laurent ALBARRACIN et les GRENOUILLES

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Les grenouilles qui coassent

sont les cœurs éphémères de l'eau

elles appellent comme une pompe

amorçant sa disparition

un soufflet attisant son envolée

La bulle est aussi une fleur

en ses pétales nuls

 

Laurent ALBARRACIN, Le secret secret, Flammarion 2012.

23 août 2013

Kiki DIMOULA : la MÉMOIRE qui TRICHE

Autoconservation

 

Ce devait être le printemps

car le souvenir qui arrive

saute par-dessus des coquelicots.

Sauf si la nostalgie

dans sa hâte,

a mal vu le souvenu.

Tout se ressemble tant

au moment de la perte.

Mais la mémoire est peut-être exacte

et ce fond étranger,

et les coquelicots issus

d'une autre histoire,

mienne ou étrangère.

La mémoire fait des coups pareils.

Par amour du beau ou par vanité.

...

 

Kiki DIMOULA, Le peu du monde, 1971,
Poésie-Gallimard, 2010, Trad. Michel Volkovitch.

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13 août 2013

Georges GUILLAIN sur la PIERRE

puis assis sur la pierre elle

 

est chaude polie pourtant par l'eau

glacée - dedans la pointe d'un bâton de marche

qui bouillonne - juste le temps de reprendre souffle

avant de s'éloigner et d'emprunter peut-être une autre force

à l'usure immobile des choses - leur ombre qui grandit quand

 

on tourne le dos

 

Georges GUILLAIN, Avec la terre, au bout, Atelier La Feugraie, 2011

 

rivière,

09 août 2013

La NUIT des ÉTOILES avec Lorine NIEDECKER

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Matthieu DORVAL, Land's end, exposition au Port-Musée de Douarnenez en 2011.

 

 

Nuit illustrée constellations

          d'horloge

et son retentissant

               tic-tac stellaire

 

Je me lève bientôt

          pour donner à l'univers

               mes pichenettes

 

Lorine NIEDECKER, Clavecin et poisson salé
 in Louange du lieu et autres poèmes, Corti
(trad. Abigail Lang, Maïtreyi et Nicolas Pesquès).

02 août 2013

Kiki DIMOULA : et VOGUE la BARQUE

...

Coûteuse idée, la vie.

On affrète un monde

pour faire le tour d'une barque.


Kiki DIMOULA
, Je te salue Jamais, 1988,

Poésie-Gallimard, 2010, Trad. Michel Volkovitch.

 

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21:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : monde, barque, kiki dimoula, vie

19 juillet 2013

Kiki DIMOULA : l'AURORE aux DOIGTS de ROSE

À la mauvaise heure

 

...

Une rame blanche se réveille,

un toit bat des ailes,

un volet a frémi.

Un clocher se lève effrayé,

coupable : la foi doit se réveiller la première.

Première avant tout.

...

 

Kiki DIMOULA, Le peu du monde, 1971,
Poésie-Gallimard, 2010, Trad. Michel Volkovitch.


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12 juillet 2013

Le 14 JUILLET de Gérard NOIRET

fête foraine,

L'oracle

 

14 juillet aux Tuileries, ce mélange

de vanille, de manèges, de tirs à la carabine.

Mêmes les musiques sont olfactives.

Entre les statues, des couples s'arrêtent

avec l'espoir qu'une lie se dépose.

D'autres guettent au bord du bassin

des poissons à faciès de carpe,

lesquels, crevant la surface,

produisent des mimiques, des syllabes

articulées qui s'imposeront, subliminales.

Quant à la Grande Roue, il en descend

un clown selon qui, un jour,

il faudra bien se préoccuper

des milliard de morts dont les âmes,

à effet de serre, enserrent la planète.

 

Gérard NOIRET, Pris dans les choses, Obsidiane, 2003. 

09 juillet 2013

Daniel BOULANGER au FOIN et à la GRANGE

retouche à la grange
 

au seuil du prince été faraud

reste une odeur de toile et gros sabots

ici l'ombre a le goût de la galette à fève
 

et ces belles allongées dans le foin des rêves

Daniel BOULANGER, Vestiaire des anges, Grasset, 2012.



grange,

05 juillet 2013

Henri PICHETTE, comme un POÈTE en BOCAGE

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Ô fabuleux verrous

D'alcôve bocagère

Où l'on ressent plus doux

Que frissons de fougères !

 

Henri PICHETTE, Odes à chacun, Gallimard, 1961.

02 juillet 2013

Gérard NOIRET : POÈME de SAISON

Les congés payés

 

Les coudes écartés, la tête hors du wagon,

les rares qui bravaient les tunnels payaient

d'une escarbille leur défi,

celle qui continue de les faire pleurer

s'ils retrouvent une photo.

Il y a pour certains, morts depuis des lustres,

un souvenir au fond d'une cave,

quelque chose comme un vin de collection,

une bouteille d'époque napoléonienne

qu'il ne sert à rien de déboucher,

qui n'a de valeur que fermée sur elle-même.

 

Gérard NOIRET, Pris dans les choses, Obsidiane, 2003.

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