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Poésie - Page 4

  • Henri MICHAUX : sa VIE...

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    Ma vie

     

    Tu t'en vas sans moi, ma vie.

    Tu roules,

    Et moi j'attends encore de faire un pas.

    Tu portes ailleurs la bataille.

    Tu me désertes ainsi.

    Je ne t'ai jamais suivie.

     

    Je ne vois pas clair dans tes offres.

    Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.

    A cause de ce manque, j'aspire à tant.

    A tant de choses, à presque l'infini...

    A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes.

     

    Henri MICHAUX, La nuit remue, Gallimard,1935

     

     

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  • Roland DUBILLARD à l'EAU !

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    ...

    Cette eau vive, cruelle, au ventre gros de haine,

    Oh ! dis-nous, dompteur serpentin,

    Par quel ordre imposé de ton plomb souterrain

    L'eau, par nature loup, passant du mal au bien,

    Est-elle devenue ce chien

    Qui suce nos savons et nous lèche les mains ?

     

    Roland DUBILLARD, La boîte à outils, L'arbalète, 1985

     

     

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  • Anne-Marie KEGELS

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    Ma douceur égorgée

     

    Ma douceur égorgée

    comme un agneau de mai

    je la donne à manger

    aux filles qui viendront.

     

    Que ce qui fut confiance

    chaudement prodiguée

    descende dans leur corps

    et y fasse ravage.

     

    Qu'il leur en vienne un sang

    dépourvu de velours.

    Qu'on voit entre leurs lèvres

    blanchir les dents du loup.

     

    En plein terreau du cœur

    et dans leurs mains ouvertes

    je rêve d'une rose

    qui fleurirait granit.

     

    Anne-Marie KEGELS, Les chemins sont en feu, Rougerie, 1973.

     

     

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  • Léopold SEDAR SENGHOR à NEW-YORK


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    À New York

     

    New York ! je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang

    Qu'il dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie

    Qu'il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes.

    Voici revenir les temps très anciens, l'unité retrouvée la réconciliation du Lion, du Taureau et de l'Arbre

    L'idée liée à l'acte l'oreille au cœur le signe au sens.

    Voilà tes fleuves bruissants de caïmans musqués et de

    lamantins aux yeux de mirages. Et nul besoin d'inventer les Sirènes.

    Mais il suffit d'ouvrir les yeux à l'arc-en-ciel d'Avril

    Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d'un rire de saxophone créa le ciel et la terre en six jours.

    Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre.

     

    Léopold SEDAR SENGHOR, Ethiopiques, Seuil, 1956

     

     

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  • Un JOUR COMME les AUTRES avec Hubert NYSSEN

     

    pont japonais,

     

    Inutile d'imaginer chaque jour

    l'éternité.

    Un jour c'est bref mais c'est énorme

    au regard de la mort.

    Et pourtant goutte à goutte trompeur

    chaque jour invite à désirer

    le suivant qui se dérobe.

    ...

     

    Hubert NYSSEN, Préhistoire des Estuaires, André de Rache, 1967.

     

     

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  • Roger FOULON pour bien FOULER 2017

     

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    Il faut réinventer le monde

    Avec des mots couleur de blé

    Aussi lisses que des galets

    Sur le cuir d'une fronde.

     

    Il faut larguer vers la lumière

    Des mains ayant forme d'oiseaux

    Et pénétrer parmi les eaux

    Sous l'abri des paupières.

     

    On touche alors à l'apparence

    Que les yeux ne savent pas voir,

    A la vérité des miroirs

    Devenus transparences.

     

    Roger FOULON, L'envers du décor, Ed. du Spantole, 1967.

     

     

     

     

    2017 ne suffira peut-être pas à ce programme,

    mais on peut se souhaiter

    d'au moins essayer !

     

     

     

     

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  • David SCHEINERT et l'HINDOU

    lotus,

     

     

    Ô vieil Hindou

     

    Ta faim, ô vieil Hindou, est réelle et pas une image de la faim

    comme chante le poète Kalos.

     

    Elle est si réelle, ta faim, que si le poète qui te contemple ne te donne du riz, tu tomberas sur les pierres.

     

    Ta chute sera réelle, ô vieil Hindou, et pas une image de la chute

    comme chante le poète Kalos.

     

    Si réelle, mon ami, que du sang jaillira de ton nez, si le poète ne

    panse la plaie avec une pâte de figues.

     

    Ton sang sera réel, ô vieil Hindou, et pas une image du sang, et

    quand tu n'en auras plus ton cœur fera silence.

     

    Et le poète soulèvera délicatement ta paupière, regardera ton œil

    et dira que tu es l'image de la mort.

     

    Mais toi, ô vieil Hindou, tu sera mort, réellement mort, si mort

    que les mouches se jetteront sur ton odeur.

     

    Alors, le poète Kalos, pour oublier ce mensonge, ira manger un plat poivré,

    puis soufflera de l'air dans un bout de roseau.

     

    David SCHEINERT, Sang double, 1962.

     

     

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  • Marcel LA HAYE et la CHAISE

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    La chaise

     

    La chaise a beau dire :

    Je suis de bois, de paille.

    Elle oublie le marteau,

    la scie, la varlope,

    le mètre pour la mesure.

    Elle oublie l'arbre,

    la terre, le soleil,

    la pluie pour la soif.

    Elle oublie le bras,

    la hache, la sueur,

    l'homme qui la conçut.

    La chaise a beau dire :

    Elle est plus que matière.

     

    Marcel LA HAYE, La clef sous la porte, Les Poètes de la Tour, 1964.

     

     

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