Carrefour des Dieux
à Gaston PUEL
Trahis parfois par une bulle
Que font les dieux sous la mangrove ontologique
Évoquent-ils en soupirant
Le temps où ils passaient au crible les étoiles
Tournaient la meule du soleil
Regarnissaient nos testicules
Et nous soufflaient de bonnes irraisons
De jouer les aèdes ou les matadors
Certains éclats furtifs dans l'eau sombre
Nous donnent à penser qu'ils se portent des toasts
Ou bien qu'ils s'affrontent au couteau
Pour déterminer qui d'entre eux doit devenir
L'unique.
Jean ROUSSELOT, Passible de..., Autres Temps, 1999.
Poésie - Page 93
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Jean ROUSSELOT et l'UNIQUE
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Christophe DAUPHIN : DÉSARTICULER le RÉEL
Le poète trouve dans le rêve de quoi désarticuler le réel. Pour lui, il s'agit de la seule manière de libérer l'homme des contraintes idéologiques, et d'assurer à l'esprit des conquêtes inépuisables en donnant un plein effet réel à tout ce qui émanerait de cette source imaginaire.
Christophe DAUPHIN, revue Décharge n° 145.
Cette citation clôture une sinistre polémique mettant son auteur aux prises avec la revue, pour des raisons que l'on devine malheureusement étrangères au rêve...
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ĖLUARD ĖCRIT son "NON !"
Paul ĖLUARD avait le goût des anthologies. [...] Quand il propose en 1947 sa lecture d'un siècle de poésie, de Chateaubriand à Reverdy, il donne à ce survol un titre aux accents de manifeste : « Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi ». Et dans son préambule, il précise on ne peut plus clairement sa pensée : « Les professeurs de poésie étant conçus mais à naître, je me méfie des anthologies objectives. On nous apprend ici à mourir plutôt qu'à vivre, à se cacher plutôt qu'à se révéler. »
André VELTER, Préface à Paul ĖLUARD, J'ai un visage pour être aimé, NRF Poésie/Gallimard, 2009.
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Jean ROUSSELOT : MÉMOIRES d'ANTE-TOMBE
N'attends pas l'ultime ligne
Qu'on pourrait bien t'interdire
Pour demander à la mort
De te laisser tes racines
Comme à maints arbres qu'elle arrache
Distraitement l'hiver
Et qui le printemps venu
Reverdissent assez pour
Que l'oiseau le moins subtil
Hésite à s'en écarter sur l'heure
Ô mort diras-tu regarde
Mes survivants déjà s'apprêtent
À m'habiller en dimanche
Pour ma lente semaine de pourriture
À toi je ne demande
Qu'une brève illusion
De durée surnuméraire
Pas plus de temps qu'il n'en faut
À un chevreuil nouveau-né
Pour se tenir debout
Ainsi pourrais-je feindre
À mes propres yeux
De n'être qu'en congé
Jean ROUSSELOT, Passible de..., Autres Temps, 1999.
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Jean ROUSSELOT : POÉSIE BOTANIQUE
À force de pianoter à l'aveuglette
Sur le langage
Comme la pluie sur la terre
Peut-être ferons-nous pousser des choses
Nous aussiJean ROUSSELOT, cité dans Passible de..., Autres Temps, 1999.
Ajoutons un bon dicton d'actualité :Taille tôt, taille tard, mais taille en mars !
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Un BONGIRAUD VAUT MIEUX que DEUX ANGLES DROITS
Pour Topa, qui déclarait hier ici-même sa méfiance des théories :
Tout est à angle droit.
Les boulevards, les immeubles,
les théories, plus de courbes,
de voies de dégagement,
d'aires de contradiction.
Uniformisation des jupes,
des outils, des talents.
Mais tout ce façonnage
est du vent
dans la cour du poème.
Jean-Michel BONGIRAUD, Mots d'atelier, Le Dé bleu, 1997.
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Olivier BOURDELIER : MANIFESTEMENT SINCÈRE
La poésie que je goûte et cherche dans mes lectures, celle aussi que je tâche de composer, me paraît répondre aux quatre caractéristiques suivantes :
- L'émotion, l'intuition ou l'expérience qui fondent le poème sont intimement ressenties par l'auteur - ou le texte est froid, ou le texte est vain.
- Le poème doit pouvoir être offert en partage à des lecteurs avec une chance raisonnable de réussite - si la réussite , c'est le rare bonheur d'une page d'un auteur ignoré, dans laquelle on perçoit d'un coup une évidence jusqu'alors insoupçonnée.
- Son agencement validé au mot et au souffle près, le poème achevé est inaltérable. La plus infime retouche ne saurait que le trahir, l'appauvrir ou en fausser l'équilibre. Le poème abouti est un objet dynamique, animé d'un mouvement propre perceptible dès la première lecture, mais qui demeure insaisissable.
- En allégeance ou dans la discordance, le poème s'inscrit dans une continuité. Il peut s'affranchir - mais on ne peut pas l'abstraire - de la tradition et de l'héritage, des premiers travaux de son auteur, du contexte du recueil... Au sein de cette continuité, le poète se doit d'apporter du neuf, de donner à entendre quelque chose d'inouï... Une conception de la poésie s'esquisse : ni définitive ni péremptoire, pas la seule qui vaille bien sûr - mais elle vaut pour moi.
Olivier BOURDELIER, Considérations sur la rareté, Noniouzes.
Toujours plaisant de glaner ailleurs (pas très loin : d'un voisin mayennais, en l'occurrence) des conceptions sur la poésie, dont on ferait bien un manifeste.
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Emily DICKINSON : les ESPÈCES COMMUNES
Poète était celui-là - il
Distille des sons ordinaires
Le sens qui nous surprend
Et la si haute essence
Des espèces communes
Qui meurent à nos portes
Que nous nous demandons comment nous-mêmes
Nous ne l'avons d'abord cueillie
Le découvreur d'images,
Le Poète, c'est lui,
Qui nous laisse par contraste
Que pauvreté sans fin
Si inconscient de son partage
Qu'un seul ne saurait le léser,
Il est pour soi une fortune
Tout extérieur au temps
Emily DICKINSON, Trad. Alain BOSQUET.