Roman : Jusqu'à la page cinq je ne sais pas encore de quoi il est question. À la page dix je suis confirmé dans le fait que je faisais semblant. La suite n'est donc pas nécessaire.
Jean-Paul ROGUES, S'écarter du sujet, Le Dé Bleu, 1988.
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Roman : Jusqu'à la page cinq je ne sais pas encore de quoi il est question. À la page dix je suis confirmé dans le fait que je faisais semblant. La suite n'est donc pas nécessaire.
Jean-Paul ROGUES, S'écarter du sujet, Le Dé Bleu, 1988.
Ainsi va le domestique ! Je ne serai jamais libre de servir de truchement aux esprits qui passent si volatils, s'il faut toujours que je serpille. Fallait-il même que je serpillasse tout ce temps comme un poisson terrifié de vivre au fond de l'eau qui attendrait que des pattes et des poumons lui poussent.
Jean Paul ROGUES, S'écarter du sujet, Le Dé Bleu, 1988.
À CEUX QUI
SUR UNE RIVE
OUVRENT LA BOUCHE PAR GRAND VENT
ET CRIENT
DES PAROLES D'AMOUR,
avalées aussitôt par le souffle,
tandis que de l'autre côté du fleuve
se lisent d'immenses publicités sur les buildings.
Marie-Claire BANCQUART, Terre Énergumène, Le Castor Astral, 2009.
À chacun sa rive, à chacun sa dérive...
Les commerces de bouche ont baissé leur acier
Voici la nuit sans vitrine
Attelés sous la froidure
tous les dos épousent la lune
Deux hyènes sont affrontées
de couleur feu
mais sans la disgrâce qui s'attache à leur nuque
Que leurs peaux soient livrées
aux cornemuses qui consument l'insomnie
Vermoulu le pont-levis s'est désagrégé
En contrebas d'un blason de gueules
le fossé restera fossé
abandonné des effraies même
La nouvelle compilation de haïkus d'Hélène LECLERC et André DUHAIME a pour thème le sport et s'intitule Adrénaline (Éd. Vents d'Ouest, 2009).
Bien qu'elle manque un peu de souffle pour mon goût, extrayons tout de même ce texte d'Abigail FRIEDMAN :
l'eau de la piscine
s'écoule de mon oreille
le bruit du monde
Ce jour est loqueteux, des nuages passent, ils sont courts. Je suis faible et fort dans ces premiers froids clairs et serrements d'automne. La brume tient les haies, je sens l'herbe humide, je rentre et je ferme la porte pour la première fois.
Jean-Paul ROGUES, S'écarter du sujet, Le Dé Bleu, 1998.
Peut-être y a-t-il un endroit de la blogosphère où cette sensation coïncide aujourd'hui avec la réalité du dehors ?
Par ici, cela remonte déjà à un bon mois...
Le dernier numéro de La Passe présente des textes étonnants d'Estelle MONTIGNY, collectés semble-t-il par sa famille, pour qu'ils échappent à l'oubli.
O-raison
je préfère le puisque
au parce que
tout aussi impératif
intempestif
il pose, lui, la question
et ne plaque pas la raison fixée
sans évolution
mais demande ensuite
comme une brûlure
réclamant une paix,
un soin, une attention
et non une guillotine
éternelle des origines
La Peau
Yeux ouverts sur la nuit
Les ombres domestiques du chevet et du lit
La douce douce dune d'une épaule polie.
Hervé Le TELLIER, Maraboulipien, Le Castor Astral, 2008.