
Inaccompli passage, périlleux même sous les guenilles de la prière
car on sent de prime abord sourdre une menace, un air impératif
de qui ne vient que pour voir
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Inaccompli passage, périlleux même sous les guenilles de la prière
car on sent de prime abord sourdre une menace, un air impératif
de qui ne vient que pour voir

Et la terre, qu'on rejette aussi sur les côtés, mais pour la parcourir vers ses profondeurs
dans la forme parfaite d'un cercle, d'une cible où viser l'eau pour nos vies
si lointain miroir qu'on n'y distingue pas sa vérité

Tout le long de tes côtes, entre tes frontières, dans toute la largeur de tes artères
je souhaite croiser voiles pleines, pérégriner toutes coquilles ouvertes
Bien au-delà de leur richesse, tes richesses me nourriront, moi et d'autres souffrant de même soif

"Je voudrais traverser ton pays. Nous ne nous écarterons pas à travers les champs ni les vignes ; nous ne boirons pas l'eau des puits ; nous suivrons la route royale, jusqu'à ce que nous ayons traversé ton territoire."
Nombres 21, 22.

...
Tout dans la maison respirait l’aisance, le charme, la santé, la paix, la lumière. La respectabilité rayonnait. Je me frottai les yeux pour mieux y croire. C’était vraiment la famille dans toutes ses féeries blanches. Le capitaine de ce bord lumineux était juge de son métier. Il fut le premier à s’apercevoir de mon arrivée. Une vague géante de bile se mit aussitôt en mouvement dans la vie de ce Juste d’Alabama. Et la table entière commença à tanguer vers moi. Mais pas un seul globule rouge ne vacilla dans mon corps. J’étais un rocher dominant de très haut ce tumulte blanc.
Ils étaient tous là :
Le-fils-cadet-de-West-Point
Le-fils-qui-broutait-les-mirages-de-Yale-University
Le-fils-futur-sénateur-républicain-de-l’Alabama
Le-fils-futur-ambassadeur-à-Panama
Le-fils-qui-restera-à-la-maison-pour-veiller-sur-les-meubles de-l’idiotie-familiale
...
René DEPESTRE, Un arc-en-ciel pour l’occident chrétien, poème-mystère-vodou, Action Poétique n° 32-33, 1967.

Comme gravées sur la pierre au coin de la sagesse
ils inventèrent des lettres, carrées comme posées aux jours de la Création
pour croître et multiplier, errer, pour déchiffrer tout l'univers

Qui donne le meilleur conseil ? celui aux jambes bien campées au sol ou celui aux cheveux inspirés par le vent ?
ou le sage qui s'efforce de leur être parallèle (chênes, frênes, figuiers et bouleaux) ?
Et le conseil, blessant de ses rugosités, est-il vraiment de cette chair, blanche et nourrie de sève ?

RITUEL VII
C’est quoi qui vient s’asseoir ici et anonyme
dans le métro et
rend notre œil inapte à
tout autre usage pendant
des heures ? Aujourd’hui c’est la Méditer-
ranée orientale, elle
s’assoit juste là, complexion
mate, précise
et légère courbe du nez, la
bouche bouton de rose d’une princesse perse, mais dé-
jà lèvres trop pleines
en haut et
en bas et peut-être la seule, la drôle, la grande
putain de Port Saïd ou de Babylone qui professorale s’assoit
ici maîtrisant le crayon à paupière, l’om-
bre parfaite, une
autre ombre se promenant sous les pommettes quand elle se
tourne pour voir le numéro ou le nom
de la station, la courbe précise, des yeux perses
arabes, afghans, indiens, pakistanais, libanais
noirs, noirs, égyptiens, mésopotamiens, bouche pâle, pâle
Elle descend à Union
Square et demande
à une vieille et gaillarde Irlandaise
la direction de la correspondance
Un dernier regard
le métro démarre lentement, trop
lentement, elle reste là,
jambes écartées sous un manteau noir de fausse fourrure, elle
reste juste là, sans fin, ne choisissant
ni une direction ni l’autre, reste
là sur le quai d’Union Square
toute l’histoire de la Méditerranée orientale entre les cuisses
réfléchissant
Paul BLACKBURN, Acton Poétique n° 203, mars 2011.