
Tout ce qui est achevé n'a pas son mérite d'être achevé, mais d'être promis à une belle ruine, comme achevé.
Roger MUNIER, La chose et le nom, Fata Morgana, 2001.
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Tout ce qui est achevé n'a pas son mérite d'être achevé, mais d'être promis à une belle ruine, comme achevé.
Roger MUNIER, La chose et le nom, Fata Morgana, 2001.

Des mots pour nous
Même avec nos jours tachés d’un peu de soleil
nos gestes ressemblent encore
à ceux des réfugiés.
Les yeux affamés
la bouche desséchée
ça nous va toujours bien.
Au loin
dans le ciel
toutes ces illusions d’arsenaux s’écroulent
mais celles de la ville future
s’écroulent aussi
et il apparaît une silhouette
sur du papier brûlé.
Nous ne sommes pas encore habitués
à saluer des morts
nous ne savons pas encore apprécier
la terreur
nous ne savons pas mesurer
combien d’espace nos mots soutiennent.
Notre mémoire se lie à des objets brisés
et nos mots ne recueillent que brisure et débris.
TO Kazuko, Action poétique n° 25, octobre 1964.

Entre vin sous vos pieds et récoltes au-dessus de vos plafonds, ne vous laissez pas griser
De la cave au grenier ne voyez pas votre corps, et pas votre vie dans le pain et le vin
qui ne sont que grains, vapeurs, poussières

La route est large pour le roi qui passe en son équipage, dédaigneux des bas-côtés
et droite la voie s'il ne souffre aucune hésitation
Sans la flânerie des herbes, les détours étourdissants des insectes, il arrivera nu

On permet aux passereaux toutes traversées, poitrines bombées, balles lancées en un tir nourri de silence
battement d'ailes superflu, qui assoupiraient les trajectoires pour un festin de miettes, une ivresse de flaque

Inaccompli passage, périlleux même sous les guenilles de la prière
car on sent de prime abord sourdre une menace, un air impératif
de qui ne vient que pour voir

Et la terre, qu'on rejette aussi sur les côtés, mais pour la parcourir vers ses profondeurs
dans la forme parfaite d'un cercle, d'une cible où viser l'eau pour nos vies
si lointain miroir qu'on n'y distingue pas sa vérité

Tout le long de tes côtes, entre tes frontières, dans toute la largeur de tes artères
je souhaite croiser voiles pleines, pérégriner toutes coquilles ouvertes
Bien au-delà de leur richesse, tes richesses me nourriront, moi et d'autres souffrant de même soif