
Le jour net comme un parvis désert,
l'horloge arrêtée,
les marches par où le soleil
monte au regard -
ce qui manque : quelque part le chant d'un oiseau.
Eugénio de ANDRADE, Le poids de l'ombre, La différence, 1986.
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Le jour net comme un parvis désert,
l'horloge arrêtée,
les marches par où le soleil
monte au regard -
ce qui manque : quelque part le chant d'un oiseau.
Eugénio de ANDRADE, Le poids de l'ombre, La différence, 1986.

4, méridienne
Méridienne, sans un à-coup mes pensées fondent en spirale, visent au déclin. Sous mes paupières éteintes vacille la folie passagère d'un éclat de voix, d'une moto : peine perdue contre l’ivresse des profondeurs où je poissonne libre. Puis de mon esprit retourné, s’écoule à nouveau le sable revanchard, main-mise du cerveau, toutes choses en prise, relevées d’ombres bien franches.

3, moine et meunier
Pour l'esprit comme pour le pain, cloches muettes et roue emballée, dormir est l'ennemi : le moulin à prières tourne en vain et le moine sera roulé dans la farine. C'est la main du Malin sur le meunier qui lui ferme les paupières, c'est un huitième péché pour la coulpe de Frère Jacques, une morale de plomb, comme la faute à combattre.

2, la cavale
L'œil a perdu sa rondeur, à sa place tout le bât de la journée, qui écrase le corps, mais débride les images, où les pensées ne sont plus un fardeau mais la cavale même, s'échappant vers les vastes plaines, qui s'additionne, somme nulle, à la déchéance de l'endormissement. Le sommeil et son rêve portent en eux l'écho de leur fin, le réveil, qui sonne les promesses quotidiennes, de son mécanisme encore grinçant.

1, pierre et plume
La pierre est tombée de nuit, fendant bois et feuillages, squelette et chair de l'épaisse forêt, jusqu'au fond des enfers de l'humus, d'où remonteront les sèves au printemps du jour. Et de jour une plume, détachée de tous appétits, à l'heure apaisée et satisfaite, dans un âge d'or du mépris de l'or, s'abandonne aux courants d'air ascendants, pour un mirage fugitif d'où la terre s'absente.

De chaque chose
il nous faut exiger
qu'elle soit aussi autre chose
Même du train
qui nous mène à destination

Nées de la grand-nuit d'avant nous
dans cette terre-ci
ou celle-là pourquoi pas
nos racines ne valent
que pour l'élan qu'elles nous donnent

L'homme hébreu inventa le dialogue avec son Dieu
Face à face impossible, miraculeusement pourvu par le désert
le dieu comme le visage étant des pluriels éternels