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mots

  • Les MOTS autour d'Édouard GLISSANT

    cercle,ellipse,céramique,

     

    Les mots ont pris de la distance, d'avec les arcanes de l'impérieux récit et d'avec l'ampleur tout en failles du poème. Ils ont abdiqué l'assurance étroite de la langue. C'est comme si, donnés ou tombés de tout cet entrechoc d'alentour, ils se dérobaient à notre vouloir dire.

    Ils ne font plus planètes et galaxies, enrobées chacune autour de son soleil ou de son mouvement. Ils dispersent dans l'infini, avant que ce mouvement explose, que ce soleil devienne étoile géante morte, naine brûlée.

     

    Édouard GLISSANT, Traité du Tout-monde, Gallimard, 1997

     

     

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  • Les MOTS selon Sylvie FABRE G.

    muet,mots,silence,

     

    Nous prononçons des mots qui n'ont pas de corps. Syllabes muettes sur nos lèvres, nous ne les entendons pas résonner dans nos voix. Ils viennent de plus loin que ceux que nous échangeons. Nous les savons sans savoir comment. Glissés en nous, ils existent dans l'absolu silence. Ils ne s'inscrivent pas sur la langue, la main ne peut les tracer. Ils nous apprennent l'imprononcé et la métamorphose.

     

    Ce que nous disons est toujours faute de mieux.

     

    Sylvie FABRE G., Dans la lenteur, Editions Unes, 1998

     

     

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  • La VÉRITÉ selon Francis PONGE

    attendre,assis,

     

    L'esprit marche à je ne sais quelle allure, la Vérité beaucoup plus lentement.

    je dois même dire qu'en ce qui me concerne, Elle est de plus en plus longue à me rattraper.

    De façon générale, Elle ne me paraît pas chose à atteindre, mais à attendre.

    Tout ce que nous pouvons faire, plutôt que nous lancer à sa poursuite, c'est tenter de ralentir notre esprit, qu'Elle nous rejoigne.

    Les notes que nous amassons, les mots que nous alignons sont à cet effet seulement.

    Qu'Elle parvienne à notre hauteur (comme on dit), et nous touche l'épaule, c'est la surprise, alors, qui nous cloue sur place : nous La reconnaissons à sa figure inouïe.

     

    Francis PONGE, Nouveau recueil, Gallimard, 1967

     

     

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  • Emmanuel HOCQUARD et les MOTS

    froid,vert,céramique,

     

    ...

    Nous avons tout ce temps pour nous.

    Tout le temps de peser nos phrases, car la venue du froid

    n'est pas en elle-même un événement.

    Les anciens mots conviennent aux situations nouvelles

    et les vieux commentaires nous serviront bien encore cet hiver.

    User des mêmes mots sera notre manière

    de nous taire sans avoir l'air de laisser mourir

    la conversation.

    ...

     

    Emmanuel HOCQUARD, Les élégies, POL, 1990

     

     

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  • CALIBAN selon Paul De ROUX

    nymphea,rose,

     

    Caliban

     

    Les mots m'échappent,

    qu'ils s'envolent !

    Créature lourde, entravée,

    que je ne les retienne pas

    eux qui me viennent, légers,

    d'un espace sans mesure

    interdit à mes pas.

     

    Paul de ROUX, La halte obscure, Gallimard, 2014

     

     

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  • Les ANNÉES selon Charles REZNIKOFF

    ombre,tête,fleurs,

     

    Ces années gaspillées, comme si j'étais immortel,

    ces nuits passées à parler

     

    mots flamboyants, parfois, comme lucioles dans le noir -

    scintillant, s'éteignant et pour finir, plus de lumière.

     

    Charles REZNIKOFF, Poèmes (1920), trad. E.Antonnikov et J.Silberstein, Héros-Limite

     

     

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  • Bernard NOËL et les MOTS

    lettres,mots,doigts,

     

    les mots se passeraient bien des choses comme

    les doigts des morts n'ont pas besoin d'être utiles

    le tonnerre au loin remue un tas de caisses

    vides les quatre ifs de la fontaine indiquent

    la direction de l'immobile la terre

    tourne sans faire crier l'air juste un rond

    remous bleu dans l'épaisseur d'on ne sait quoi

     

    Bernard NOËL, Le reste du voyage, POL, 1997

     

     

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  • DURER selon Antoine ÉMAZ

    pcorveille,papiers,

     

    Durer. Il faut une patience d'ange pour mâcher un mot, absorber complètement une couleur. Le plus souvent, on a lu, on a vu. Trop peu patients, occupés, devenus incapables de lourdeur, de lenteur vive, d'épaisseur.

    Mots alignés sombres sur la page, colonnes de bêtes chenillant et laissant derrière elles quelle bave qui brille ?

     

    Antoine ÉMAZ, Sable, Tarabuste, 1996

     

     

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