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Sur du vent - Page 193

  • TU CONJUGUERAS

    tuer,jean-baptiste,

     

    Le plus parfait des verbes tu conjugueras, qatal, le verbe tuer, choisi pour l'exemple

    pour rendre vie au Verbe retourné sous les sables - mais pas aux corps qu'on a précipités sous les cendres,

    ce crime-là était presque parfait -

     

     

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  • T. CARMI : la MER REVIVRA

    mer,mourir,revivre,

     

    HISTOIRE

     

    Quand la femme du village de pêcheurs m'a parlé

    De son mari qui avait disparu

    Et de la mer qui revient mourir devant sa porte soir après soir

    J'ai gardé silence.

    Je ne pouvais pas dire à la nacre de ses yeux

    Ton bien-aimé reviendra, ou

    La mer revivra.

     

    (Il y a des jours où je n'arrive même pas à te dire

    Un seul mot.)

     

    T. CARMI, Prisme, 11 poètes israëliens contemporains, Obsidiane, 1990. (Trad. Emmanuel MOSES)

     

     

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  • Edmond JABÈS : LAISSEZ DONC

    morts,cimetière,

     

    ...

    Laissez donc laissez

    les morts décomposer

    nos phrases d'errants

    laissez-les s'acharner sur chaque lettre

    tailler nos maux

    trier nos joies

    frapper dans le tas

    Ils ont la clé

    Ils sont les maîtres

    avec leurs paroles et leurs gestes

    essentiels

    avec leur mot de passe

    pour l'éternité

    ...

     

    Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie/Gallimard Télérama, 2015

     

     

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  • Yaïr HOURVITZ : JE ME CONTENTE d'un LAC

    pente,montagne,

     

    ...

    Le silence qui complète le texte dans le village du pêcheur, de l'homme des champs,

    Lieu où main mauvaise n'a pas porté d'ombre,

    M'a appelé. Je pense aux descendants

    Des animaux anciens qui se frayent une existence

    Entre les icebergs de la mer de Behring, et que

    Le courage me manque d'être parmi eux -

    La crainte du froid gagne en moi comme l'obscurité.

    Je me contente d'un lac, d'une pente, d'un nuage cassé

    Au sommet d'une montagne, pareil à une fumée s'échappant d'un cratère,

    De la voix intérieure qui a remué en moi une appartenance

    Et dont j'ignore le sens, en vérité.

     

    Yaïr HOURVITZ, Prisme, 11 poètes israëliens contemporains, Obsidiane, 1990. (Trad. Emmanuel MOSES)

     

     

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  • David AVIDAN : RENTRÉE LITTÉRAIRE

    loup,

     

    ...

    Et les livres paraissent dans des éditions privées

    (Même pas tapés à la machine à écrire électrique) en quatre cents cinq cents exemplaires

    Et sont diffusés parmi les copoètes uniquement (pas de service de presse)

    Et meurent - ou vivent - une mort ou une vie douce. "Merci pour vos poèmes,

    Je les ai lus avec un véritable émerveillement. Envoyez m'en de temps

    En temps." Le poète est un loup affectueux pour le poète. Tu me nourris,

    Je te nourris, nous nous dévorons l'un l'autre et le monde

    Nous digère tous.

    ...

     

     

    David AVIDAN, Rapport improvisé sur la situation de la jeune poésie à New-York in Prisme, 11 poètes israëliens contemporains, Obsidiane, 1990. (Trad. Emmanuel MOSES)

     

     

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  • ALPHABET (4/4)

    carnets,poésie,lettres,

     

    4, carnets

     

    On griffonne des carnets, pour que la poésie recouvre les manques, surnage aux eaux médiocres, dépasse notre temps, notre vie, tout. Aussi pour que les caresses apprises à l'école renouvellent cette douceur ardue appliquée au papier, engendrent des lettres jamais vues, forment des mots pleins de mille promesses, et déliés de l'habitude.

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  • ALPHABET (3/4)

    paumes,mains,

     

    3, hiéroglyphes

     

    Des quatre coins de la création, les hiéroglyphes s'érodent, en simples lettres, jusqu'à la pointe acérée sous l'azur, merveille pyramidale : le taureau de son souffle ouvrit la marche, la dent devint racine perçant les secrets de la terre, la main de l'homme le plus précieux des récipients, et sa tête un regard seul tourné vers l'horizon.

     

     

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  • ALPHABET (2/4)

    boîte aux lettres,bonjour,

     

    2, commencement

     

    Que l'alpha fuse, puis que le bêta le rende possible, et l'on imagine la suite, comme cohorte de cafards, alors que ce sont travailleuses araignées, qui déroulent le fil des idées, tendent la trame du texte qui nous rendra captifs. Pas besoin d'oméga : le verbe tient dans le commencement.

     

     

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