
Le plus parfait des verbes tu conjugueras, qatal, le verbe tuer, choisi pour l'exemple
pour rendre vie au Verbe retourné sous les sables - mais pas aux corps qu'on a précipités sous les cendres,
ce crime-là était presque parfait -
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Le plus parfait des verbes tu conjugueras, qatal, le verbe tuer, choisi pour l'exemple
pour rendre vie au Verbe retourné sous les sables - mais pas aux corps qu'on a précipités sous les cendres,
ce crime-là était presque parfait -

HISTOIRE
Quand la femme du village de pêcheurs m'a parlé
De son mari qui avait disparu
Et de la mer qui revient mourir devant sa porte soir après soir
J'ai gardé silence.
Je ne pouvais pas dire à la nacre de ses yeux
Ton bien-aimé reviendra, ou
La mer revivra.
(Il y a des jours où je n'arrive même pas à te dire
Un seul mot.)
T. CARMI, Prisme, 11 poètes israëliens contemporains, Obsidiane, 1990. (Trad. Emmanuel MOSES)

...
Laissez donc laissez
les morts décomposer
nos phrases d'errants
laissez-les s'acharner sur chaque lettre
tailler nos maux
trier nos joies
frapper dans le tas
Ils ont la clé
Ils sont les maîtres
avec leurs paroles et leurs gestes
essentiels
avec leur mot de passe
pour l'éternité
...
Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie/Gallimard Télérama, 2015

...
Le silence qui complète le texte dans le village du pêcheur, de l'homme des champs,
Lieu où main mauvaise n'a pas porté d'ombre,
M'a appelé. Je pense aux descendants
Des animaux anciens qui se frayent une existence
Entre les icebergs de la mer de Behring, et que
Le courage me manque d'être parmi eux -
La crainte du froid gagne en moi comme l'obscurité.
Je me contente d'un lac, d'une pente, d'un nuage cassé
Au sommet d'une montagne, pareil à une fumée s'échappant d'un cratère,
De la voix intérieure qui a remué en moi une appartenance
Et dont j'ignore le sens, en vérité.
Yaïr HOURVITZ, Prisme, 11 poètes israëliens contemporains, Obsidiane, 1990. (Trad. Emmanuel MOSES)

...
Et les livres paraissent dans des éditions privées
(Même pas tapés à la machine à écrire électrique) en quatre cents cinq cents exemplaires
Et sont diffusés parmi les copoètes uniquement (pas de service de presse)
Et meurent - ou vivent - une mort ou une vie douce. "Merci pour vos poèmes,
Je les ai lus avec un véritable émerveillement. Envoyez m'en de temps
En temps." Le poète est un loup affectueux pour le poète. Tu me nourris,
Je te nourris, nous nous dévorons l'un l'autre et le monde
Nous digère tous.
...
David AVIDAN, Rapport improvisé sur la situation de la jeune poésie à New-York in Prisme, 11 poètes israëliens contemporains, Obsidiane, 1990. (Trad. Emmanuel MOSES)

4, carnets
On griffonne des carnets, pour que la poésie recouvre les manques, surnage aux eaux médiocres, dépasse notre temps, notre vie, tout. Aussi pour que les caresses apprises à l'école renouvellent cette douceur ardue appliquée au papier, engendrent des lettres jamais vues, forment des mots pleins de mille promesses, et déliés de l'habitude.

3, hiéroglyphes
Des quatre coins de la création, les hiéroglyphes s'érodent, en simples lettres, jusqu'à la pointe acérée sous l'azur, merveille pyramidale : le taureau de son souffle ouvrit la marche, la dent devint racine perçant les secrets de la terre, la main de l'homme le plus précieux des récipients, et sa tête un regard seul tourné vers l'horizon.

2, commencement
Que l'alpha fuse, puis que le bêta le rende possible, et l'on imagine la suite, comme cohorte de cafards, alors que ce sont travailleuses araignées, qui déroulent le fil des idées, tendent la trame du texte qui nous rendra captifs. Pas besoin d'oméga : le verbe tient dans le commencement.