
Coincé profil au bas de la fenêtre
derrière son voilage de haute mémoire
le vieil âge se raccroche au temps d'aujourd'hui
qui ne le porte plus
qu'il ne traverse plus
de crainte d'être renversé
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Coincé profil au bas de la fenêtre
derrière son voilage de haute mémoire
le vieil âge se raccroche au temps d'aujourd'hui
qui ne le porte plus
qu'il ne traverse plus
de crainte d'être renversé

Ivre d'éternité, l'homme abusé dont chaque os est un barreau n'aura conçu, pour lui, que le temps, cette autre prison.
Edmond JABÈS, Le livre des ressemblances, Gallimard, 1976.

- Tu es, dans tes écrits, comme moi, un rassembleur de mots, identiques par le sens, le son et le nombre des lettres, à ceux de la langue. Tu crois les habiter, alors que tu n'es que l'hôte accidentel de leurs reflets.
Tout feuillet est miroir de papier. Penché sur lui, tu t'y mires. L'eau pareillement nous renvoie notre image ; mais quel visage jamais sut retenir la rivière ?
Edmond Jabès, Le livre des ressemblances, Gallimard, 1976.

Comment venir à l'hébreu ?
par un penchant pour le flou, d'une langue où les voyelles sont fioritures et changent leurs teintes au fil de l'eau
où les consonnes n'ont besoin ni des lèvres ni des dents pour saisir le monde
où les verbes, de racines communes produisent des essences paradoxales

Pourquoi étudier l'hébreu ?
pour apprendre à se passer d'être, accepter que se mêlent les racines du mot et de la chose, de la lettre et du miracle
vérifier si Moïse portait des cornes, si Ève était faite de chair et de côte
et ne plus jamais soupirer d'impuissance : c'est de l'hébreu...

4, molles minutes
Quatre-vingt dix molles minutes à subir les injures, essuyer les crachats, bouffer par la racine de l'arbre à palabres, à espérer - comme un messie pour ainsi dire - le tranchant d'un crochet, l'étincelle d'un boulet de canon. Ils prennent les sous, ils foutent des coups, mais on les aime, on les a tellement dans la peau que, polysémie pertinente, on les supporte.

3, la légende
Dans la légende de ce siècle, Maracanã qui pleure et Justo qui rigole encore, des Allemands qui gagnent toujours à la fin, des Hollandais aux cheveux volants, la défaite de Séville (avec un goal allemand), les poteaux carrés où butent les Verts, et toujours ces Allemands, et redescendue sur terre la main de Dieu, un triste coup de boule et celui de Pelé qui marque le but, que Gordon Banks a stoppé.

2, pied-ballon
Pied-ballon degré zéro du langage, un objet et son outil, totem à ras de pelouse, mais sacré d'être si simple. Pied-ballon stade enfantin du verbe, d'infinis bavardages, de vestiaire ou de bistrot, quand vélo et rugby ont leurs bardes : de leurs talons la verve monte jusqu'à langue et leur chant s'envole plus haut, plus vite, plus fort.