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Poésie - Page 66

  • EDMOND JABÈS : MIROIR DE PAPIER

    rivière,reflets,

     

     

    - Tu es, dans tes écrits, comme moi, un rassembleur de mots, identiques par le sens, le son et le nombre des lettres, à ceux de la langue. Tu crois les habiter, alors que tu n'es que l'hôte accidentel de leurs reflets.

    Tout feuillet est miroir de papier. Penché sur lui, tu t'y mires. L'eau pareillement nous renvoie notre image ; mais quel visage jamais sut retenir la rivière ?

     

    Edmond Jabès, Le livre des ressemblances, Gallimard, 1976.

     

     

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  • Nâzim HIKMET IL Y A 57 ANS (EXACTEMENT)

    DEVINETTES SUR PARIS

     

    Quelle ville ressemble au vin ?

    Paris.

       Tu bois le premier verre.

          il est âpre.

    Au second,

       il te monte à la tête.

    Au troisième,

       impossible de quitter la table :

    Garçon, encore une bouteille !

    ...

     

    Paris, 15 mai 1958

    Nâzim HIKMET, Il neige dans la nuit et autres poèmes, Poésie-Gallimard 1999.

     

    vin,paris, 

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  • ATTILA JÓZSEF EST FATIGUÉ

    fleuve,herbe,

     

    L'homme fatigué

     

    Par les champs, quelque grave paysan

    taciturne s'en retourne chez lui.

    Étendus côte à côte, le fleuve et moi,

    Sous mon cœur s'endort l'herbe tendre.

     

    Le fleuve roule son flot large et calme,

    mon fardeau de soucis se change en rosée ;

    ni homme, ni enfant, ni Hongrois, ni frère,

    là est seulement couché un homme fatigué.

     

    Le soir dispense l'apaisement,

    c'est un pain chaud dont je suis un morceau,

    le ciel aussi se repose sur le calme Maros

    et sur mon front viennent s'asseoir les étoiles.

     

    Août 1923

     

     

    Attila JÓZSEF, Le mendiant de la beauté, Le temps des cerises, 2014. 

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  • Nâzim HIKMET : SANS BORNES

     

     

    Fini, dira un jour notre mère Nature,

    fini de rire et de pleurer, mon enfant

    et recommencera à nouveau la vie sans bornes

    qui ne voit pas, qui ne parle pas, qui ne pense pas.

     

    Nâzim HIKMET, Il neige dans la nuit et autres poèmes, Poésie-Gallimard 1999.

     

     

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  • LA RÉPLIQUE DE NÂZIM HIKMET

     

     

    Ce jardin, cette terre humide, ce parfum de jasmin, cette nuit de clair de lune

    continueront à étinceler lorsque j'aurai pris le large,

    car ils existent, liés à moi, avec moi et sans moi,

    en moi n'est apparue que la réplique de l'original.

     

    Nâzim HIKMET, Il neige dans la nuit et autres poèmes, Poésie-Gallimard 1999.

     

     

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  • PAUL MORAND À HOLLYWOOD

     

     

    HOLLYWOOD

     

    Le nom est inscrit sur la colline, en majuscules de 10 mètres

    de sorte qu'on sait que c'est là.

    On peut garer sa voiture dans les terrains vagues

    mais pas plus de 2 heures,

    parce qu'ensuite on va construire une maison.

    Quant à acheter la maison, il ne faut pas y compter encore,

    elle ne sera pas finie avant le lendemain soir,

    à moins que ce soit un bungalow déjà habité

    qu'on apportera sur un camion, avec ses arbres, et le jardin.

    ...

     

    Paul MORAND, USA, 1927.

     

     

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  • PAUL MORAND DANS LE GAZ

     

     

    ...

    C'est parce que leurs racines paissent le gaz

    que l'ombre des marronniers est bleue.

     

    Paul MORAND, Feuilles de température, 1920.

     

     

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  • EMMANUEL MOSES : LES LÈVRES DU SOLEIL

     

    COUCHER DE SOLEIL

     

    Voilà la dernière lumière

    Bois son flot tremblant comme un nourrisson boit du lait

    Ou fonds-toi en elle comme une folle se jette dans le fleuve

    Après respirera le soir aux longs mouvements vers l'infini

    Après les bruits retentiront plus fort et tout sera cruel sous l'électricité

    Vois en elle une patrie nouvelle

    - Ou la dernière patrie

    Habite ici et repose-toi

    Serviteur de la vie

    Les heures qui viennent seront bien assez nombreuses

    Pour t'accorder au jeu des étoiles

    Loin de la terre tant aimée

    Appelle-la ta révélation

    Elle est un écho du temps

    Peut-être ne l'entends-tu pas encore ?

    Elle est sa pointe d'or

    Toi qui renonces à souffrir

    Et à courir derrière les ombres

    Couche-toi pour cette fois dans la lumière du bout du jour

    De ce phare éphémère qui fouille l'obscurité du corps

    Qui distingue l'âme chavirée

    Et frappe le cœur

    Unis-toi à son souffle riche de prodiges

    Comme tu t'es uni à des femmes

    Joins-toi aux lueurs du soleil perdu

    Qui sont les lèvres du soleil

     

    Emmanuel MOSES, Sombre comme le temps, Gallimard 2014.

     

     

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