La semaine dernière, n'intriguant qu'une poignée de mouettes, un poète est passé au large.
retouche au sommeil
débris d'images
au pied des falaises
un rêve passe au large
mon ombre au gouvernail
Daniel BOULANGER, Sous-main, Gallimard 1995.
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La semaine dernière, n'intriguant qu'une poignée de mouettes, un poète est passé au large.
retouche au sommeil
débris d'images
au pied des falaises
un rêve passe au large
mon ombre au gouvernail
Daniel BOULANGER, Sous-main, Gallimard 1995.
je ne savais pas que la fenêtre
ouvrait le monde
ouvrait mon corps au monde
que la fenêtre était une
telle joie
que tout mon corps
en est la reconnaissance
où il n’y a plus de différence
entre les yeux fermés
et les yeux ouverts
Henri MESCHONNIC, L’Obscur travaille, Arfuyen, 2011
...
Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.
La senteur de mes aisselles m'est arôme plus exquis que la prière,
Cette tête m'est plus qu'église et bibles et crédos....
Walt WHITMAN, Chant de moi-même, Gallimard 1918 pour cette traduction d'André GIDE.
Chemin de croix du céramiste Léon Elchinger
(Mont Sainte Odile)
Guillaume ne sera jamais canonisé, pour 11 000 raisons sur lesqueslles on restera muet. Mais la Saint APOLLINAIRE reste une bonne occasion de le citer...
La carpe
Dans vos viviers, dans vos étangs,
Carpes, que vous vivez longtemps !
Est-ce que la mort vous oublie,
Poissons de la mélancolie.Guillaume APOLLINAIRE, Le bestiaire, 1911.
Crié d'en-bas
Mon Dieu ! qui m'acculez comme une bête, entre mon père et mon enfant
Quel sang donc versez-vous dans ce tonneau sans fond ?
Pour qui tremblent nos os, fichés dans l'éventaire
De la boucherie rouge où vous ouvrez nos mères
Éventrant une espèce en lui jetant le ciel
Soldant les bas morceaux tombés de votre étal
Lavant à grands seaux d'eau le carreau terminal
Et nous laissant muets, le souffle à ras de terre
Pareils au boeuf lié qui voit l'homme aux bras secs
Lever la masse en fonte et viser dans sa vie
Quand son front fait un bruit de solive pourrie ?...
Luc BÉRIMONT, Les mots germent la nuit, 1951, Poésies complètes Tome 1,
Le Cherche-midi éditeur / Presses univeritaires d'Angers

Rembrandt, Le boeuf écorché, 1655, Musée du Louvre
Je demande quel paradis offrirait la simple richesse de ce mot paysan. Cette volonté sensuelle de toucher, sans profit, aux cheveux de la terre ?
Luc BÉRIMONT, La huche à pain, 1943.
L'argent
Entre pralines et manèges, la foule piétine serpentine comme s'insinue la monnaie qui, de la poche de papa vers la pogne du moustachu, glisse sur les plumes de canards en plastique et revient en forme de bolide, pour prix d’une trop rapide pêche
puis repart et ricoche, mitraille perçant la baudruche, tamponne sous les peluches des inconnus, fond entre les néons et sous la langue, mi-fraise mi-vanille
et les mains dans les poches on rentre chocolat, assourdi de flon-flons, essoré comme au sortir du grand huit, trébuchant et sonné par bafles et néons, si larges dans la dépense, face aux miroirs grossissants
Revue verso n° 157.
Toute l'originalité de ce selfie réside dans l'absence de son auteur.
Lampe de Marcel WANDERS au Stedelijk Museum d'Amsterdam
Ce faisant, je reconnais la volonté et le besoin d'être clair, entendu quand je lis ou quand on me lit, compris ou pas compris c'est sans doute autre chose, moi je lis la poésie comme le journal, et en même temps il est nécessaire de consentir à l'obscur, à des zones plus opaques, faire que le poème advienne, qu'en quelques lignes on voie apparaître tout ce qui tient à un fil.
Bernard CHAMBAZ, Eté, Flammarion, 2005.