En me levant, j'ai eu un peu le vertige. Une sensation qui ne m'est pas familière, et que je supporte assez mal. Le savoir purement théorique que le monde tourne me suffit.
Marion GUILLOT, Changer d'air, Minuit, 2015
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En me levant, j'ai eu un peu le vertige. Une sensation qui ne m'est pas familière, et que je supporte assez mal. Le savoir purement théorique que le monde tourne me suffit.
Marion GUILLOT, Changer d'air, Minuit, 2015
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je vis dans un monde de vieilles à chapeau défilant dans leur automobile,
tandis que d'autres jouent des coudes sous l'abribus pour éviter la pluie,
je vis près d'un aveugle qui va avec son chien à la boucherie,
je suis citoyen et contribuable, je suis usé
et ça se voit à la fatigue avec laquelle, chaque jour, mes yeux entrent dans mes chaussures ;
je vis à l'époque des pilules pour dormir et maigrir, pour se calmer et pour mourir à domicile,
des plastiques et des cuirs, des cravates et des conserves,
et des ordures du monde qui voyagent de vague en vague en vague errante,
époque où l'on peut mourir du cœur sans avoir aimé
et où plus personne ne meurt d'amour dans les livres,
époque de maris policiers, ponctuels comme des créanciers.
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Jorge Enrique ADOUM, L'amour désenfoui, trad. F.M.Durazzo, Myriam Solal, 2008
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Sur la peau de chagrin du monde
tout court à sa perte et souvent en douceur,
comme si le néant était un champ de fleurs,
une errance chuchotée par une nuit déserte.
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André VELTER, Séduire l'univers, Gallimard, 2021
œuvre
à recevoir
du monde
pour lui rendre
en morceaux
minuscules
À trop vouloir démonter les statues, on tombe sur des cœurs qui bougent à peine.
On devrait suivre le bonheur de plus près et ne retenir du monde que ses grands titres.
Isabelle PINÇON, C'est curieux, Cheyne, 1995
que faire d'un monde qu'on ne dit pas
dont nul n'a su ne sait rien dire, rien
pas un détail, pas une occurrence particulière accrochée à une description
un monde d'une généralité si extrême
que l'unique, le sans répétition, y est abrogé
dès l'instant que personne ne peut comprendre
dont personne dans sa bouche ne sait que faire
contourner ce dire, l'expulser d'une syllabe
le cracher avec dégoût
un monde d'une imprécision abominable
avec lequel je dois vivre
à qui je dois, incessant, le regard ?
Jacques ROUBAUD, La pluralité des mondes de Lewis, Gallimard, 1981
immonde
ce qui n'est plus monde
et pire
sa propre mort
de l'intérieur
tous sens interdits
Si seulement tu savais !
tout a changé - certains
pensent que le monde s’est écroulé
d’autres que s’est levé
le soleil du bonheur suprême
que sais-je ? seulement ceci : que le temps
a passé et que tu as hanté
mon esprit
m’est encore et toujours caché
ton savoir
l’art de la veine ouverte
Ingibjörg HARALDSDÓTTIR, Traduction Catherine Eyjolfison, Action Poétique n° 174 décembre 2003.
À l'heure où est diffusé ce poème, personne ne sait si le monde s'est écroulé ou si s'est levé le soleil du bonheur suprême...