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Poésie - Page 48

  • Les LIMITES selon Roberto JUARROZ

    Roberto JUARROZ,pensées,dieux,limiter,rideaux,ombres,

     

    ...

    N'y aurait-il pas aussi des pensées

    qui existent seulement pour qu'on s'y heurte ?

    N'y aurait-il pas aussi des dieux

    qui existent seulement pour limiter l'infini ?

    ...

     

    Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

     

     

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  • Janis JOPLIN selon Constantin KAÏTERIS

    ourse,blanc,

     

    JANIS JOPLIN

     

    D'une massive fragilité

    de ne pas être noire

    mais justifiée, vérité rauque,

    dans le cliquetis des bracelets

    chamaniques

    et au travers des rêves

    nocturnes ou chimiques

    et des rêves de travers

    - Amérique

    quelle voiture peinte es-tu ? -

    Ourse qui danse

    sur la braise étoilée

     

    Constantin KAÏTERIS, Héroïnes, Les vanneaux, 2012

     

     

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  • Roberto JUARROZ et les MOTS

    terre cuite,carrés

     

    ...

    Il a marqué certains mots.

    Il a cru certains mots.

    Il a créé certains mots.

    Nous ne les oublierons pas.

    Ne pas oublier est la manière

    de continuer à marquer à jamais

    les mots et le monde.

     

    (à Federico García Lorca)

     

    Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

     

     

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  • Roberto JUARROZ et les GESTES ABSURDES

    reflet,gris,miroir,

     

    Les gestes absurdes,

    les discours absurdes,

    ceux qui déforment le visage dans le miroir

    ou le miroir devant le visage,

    ne résolvent pas le monde,

    mais ils consolent parfois

    de l'ennui nauséeux

    de ce grand non-sens

     

    Les gestes absurdes,

    les discours absurdes,

    sont justement le sens

    là où il n'existe pas.

     

    Une grimace devant le miroir,

    une distorsion dans le langage

    ou un rictus au fond de dieu ou de l'homme

    redresse au moins la tige

    qui souvent soutient une fleur

    dont le soleil ne se souvient pas.

     

    Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

     

     

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  • La PRIÈRE selon Roberto JUARROZ

    fissure,céramique,

     

    Fissures intérieures,

    fentes par où filtre goutte à goutte

    le liquide épais et oppressant

    de cette profonde invasion

    que nous appelons prière.

    ...

     

    Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

     

     

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  • Le TRAVAIL de Jacques ROUBAUD

    chat,tête,

     

    Pangmur le blanc et moi

    avons chacun notre métier

    son esprit pense à sa chasse

    et moi je pense à la mienne

     

    Je préfère à toute gloire la paix

    de mon livre, chant du savoir

    et lui qui ne m'envie jamais

    aime son métier enfantin

     

    Parfois après une lutte terrible

    une souris tombe en son pouvoir

    et moi je prends dans mon filet

    un mot difficile à comprendre

     

    Même si notre labeur est long

    nous ne nous dérangeons jamais

    car chacun aime son travail

    et chacun en profite seul

     

    Le travail qu'il accomplit chaque jour

    est celui pour lequel il est fait

    et moi je suis préparé au mien :

    mener l'obscur à la lumière

     

    Jacques ROUBAUD, Dors, Gallimard, 1981

     

     

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  • Marie ÉTIENNE en MENDIANTE

    mots,écrit,

     

    On n'écrit plus de poésie, un bric-à-brac de vieux droguiste.

    Quel crédit accorder aux mots qui se succèdent, comment les croire encore possibles ?

    Luttant contre le rythme pair, on ne tient plus sa main portée contre son coeur : le genre noble a la nausée.

    On balade ses mots, on les décroche, on les espace, on les efface.

    On les dispose comme on peint, comme on dessine ou comme on brode, au point de croix.

    On fait de petits tas, sans ponctuation, "mendiant presque d'écrire".

    ...

     

    Marie ÉTIENNE, Roi des cent cavaliers, Flammarion, 2002.

     

     

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  • Jacques ROUBAUD et le MONDE

    pierre,visage,

     

    que faire d'un monde qu'on ne dit pas

     

    dont nul n'a su ne sait rien dire, rien

     

    pas un détail, pas une occurrence particulière accrochée à une description

     

    un monde d'une généralité si extrême

     

    que l'unique, le sans répétition, y est abrogé

     

    dès l'instant que personne ne peut comprendre

     

    dont personne dans sa bouche ne sait que faire

     

    contourner ce dire, l'expulser d'une syllabe

     

    le cracher avec dégoût

     

    un monde d'une imprécision abominable

     

    avec lequel je dois vivre

     

    à qui je dois, incessant, le regard ?

     

    Jacques ROUBAUD, La pluralité des mondes de Lewis, Gallimard, 1981

     

     

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