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N'y aurait-il pas aussi des pensées
qui existent seulement pour qu'on s'y heurte ?
N'y aurait-il pas aussi des dieux
qui existent seulement pour limiter l'infini ?
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Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012
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N'y aurait-il pas aussi des pensées
qui existent seulement pour qu'on s'y heurte ?
N'y aurait-il pas aussi des dieux
qui existent seulement pour limiter l'infini ?
...
Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

JANIS JOPLIN
D'une massive fragilité
de ne pas être noire
mais justifiée, vérité rauque,
dans le cliquetis des bracelets
chamaniques
et au travers des rêves
nocturnes ou chimiques
et des rêves de travers
- Amérique
quelle voiture peinte es-tu ? -
Ourse qui danse
sur la braise étoilée
Constantin KAÏTERIS, Héroïnes, Les vanneaux, 2012

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Il a marqué certains mots.
Il a cru certains mots.
Il a créé certains mots.
Nous ne les oublierons pas.
Ne pas oublier est la manière
de continuer à marquer à jamais
les mots et le monde.
(à Federico García Lorca)
Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

Les gestes absurdes,
les discours absurdes,
ceux qui déforment le visage dans le miroir
ou le miroir devant le visage,
ne résolvent pas le monde,
mais ils consolent parfois
de l'ennui nauséeux
de ce grand non-sens
Les gestes absurdes,
les discours absurdes,
sont justement le sens
là où il n'existe pas.
Une grimace devant le miroir,
une distorsion dans le langage
ou un rictus au fond de dieu ou de l'homme
redresse au moins la tige
qui souvent soutient une fleur
dont le soleil ne se souvient pas.
Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

Fissures intérieures,
fentes par où filtre goutte à goutte
le liquide épais et oppressant
de cette profonde invasion
que nous appelons prière.
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Roberto JUARROZ, Dixième poésie verticale, Trad. F.M.Durazzo, Corti, 2012

Pangmur le blanc et moi
avons chacun notre métier
son esprit pense à sa chasse
et moi je pense à la mienne
Je préfère à toute gloire la paix
de mon livre, chant du savoir
et lui qui ne m'envie jamais
aime son métier enfantin
Parfois après une lutte terrible
une souris tombe en son pouvoir
et moi je prends dans mon filet
un mot difficile à comprendre
Même si notre labeur est long
nous ne nous dérangeons jamais
car chacun aime son travail
et chacun en profite seul
Le travail qu'il accomplit chaque jour
est celui pour lequel il est fait
et moi je suis préparé au mien :
mener l'obscur à la lumière
Jacques ROUBAUD, Dors, Gallimard, 1981

On n'écrit plus de poésie, un bric-à-brac de vieux droguiste.
Quel crédit accorder aux mots qui se succèdent, comment les croire encore possibles ?
Luttant contre le rythme pair, on ne tient plus sa main portée contre son coeur : le genre noble a la nausée.
On balade ses mots, on les décroche, on les espace, on les efface.
On les dispose comme on peint, comme on dessine ou comme on brode, au point de croix.
On fait de petits tas, sans ponctuation, "mendiant presque d'écrire".
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Marie ÉTIENNE, Roi des cent cavaliers, Flammarion, 2002.

que faire d'un monde qu'on ne dit pas
dont nul n'a su ne sait rien dire, rien
pas un détail, pas une occurrence particulière accrochée à une description
un monde d'une généralité si extrême
que l'unique, le sans répétition, y est abrogé
dès l'instant que personne ne peut comprendre
dont personne dans sa bouche ne sait que faire
contourner ce dire, l'expulser d'une syllabe
le cracher avec dégoût
un monde d'une imprécision abominable
avec lequel je dois vivre
à qui je dois, incessant, le regard ?
Jacques ROUBAUD, La pluralité des mondes de Lewis, Gallimard, 1981