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je le savais, je m'en souviens, il faisait beau,
de la beauté de l'air qui ne dit rien
pose les heures dans nos mains, et s'en va.
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Jacques ROUBAUD, La pluralité des mondes de Lewis, Gallimard, 1981
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je le savais, je m'en souviens, il faisait beau,
de la beauté de l'air qui ne dit rien
pose les heures dans nos mains, et s'en va.
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Jacques ROUBAUD, La pluralité des mondes de Lewis, Gallimard, 1981

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On garde son carnet et son stylo ouverts.
- Vous notez vos mémoires ?
Écrire est ridicule. Si on écrit on fait ses comptes, ceux du marché, du mois.
Mais pas ceux de sa vie.
On continue quand même à aligner ses chiffres, c'est-à-dire ses lettres.
On paraît moins vivant, on s'enfonce loin d'eux, qui sont dehors, à la surface, qui tiennent le bon bout de cette suite d'actes.
On extrait des fragments d'une suite, au hasard.
En vérité pas au hasard.
On les dispose, on les essaie, on les attache.
Jusqu'à ce qu'à son tour on tienne le bon bout.
Jusqu'à ce qu'à leur tour ils tiennent bien ensemble.
Marie ÉTIENNE, Roi des cent cavaliers, Flammarion, 2002.

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d'une pluie, nous avons construit notre baraque, si le vent ne court pas, nous ne courons pas, comme un clou planté dans l'argile, le vent creuse notre cave, nous nous serrons ainsi que des fourmis dans la petite cave
comme si nous chantions subrepticement :
Beyrouth est notre tente
Beyrouth est notre étoile
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Mahmoud DARWICH, Rien qu'une autre année, Editions de minuit, Trad. A.Laâbi, 1983

On se fait chier, au long des rivières. Les soliloques. Celui du marcheur qui longe l'eau, celui de la rivière inscrite là pour bouger sans bouger, image de l'éternel et de l'irréversible, cliché du destin jusqu'à l'insupportable. Aucune raison d'espérer face à la rivière et au long d'elle, c'est tout le contraire. Et pourtant son frayage accompagne l'aveu, emporte la rage, ouvre sur le futur, incite à une espèce d'abandon : "Des petits enfants étouffent des malédictions le long des rivières" (C'est du cher Arthur).
Ludovic JANVIER, Des rivières plein la voix, L'arbalète Gallimard, 2004.

Ramuz écrit que la pensée remonte les fleuves. Qui les descend, c'est la rêverie.
Sans doute quelque part un gourmand de rivière et de langue aura-t-il déjà dit que rivière et rêverie (presque anagramme et mieux qu'anagramme) sont comme les deux faces opposées d'un bruit semblable et qu'on aurait accolées pour jouer avec. Mises en regard pour se laisser descendre au fil du rêve.
Ludovic JANVIER, Des rivières plein la voix, L'arbalète Gallimard, 2004.

Accroupie sur le seuil et nous tournant le dos
tu lèves le nez vers les acacias
pour parler aux oiseaux ; nous, de la pénombre
nous tâchons de suivre la conversation
vive, sensée, intraduisible
où tu leur racontes en langue indigène
tout ce que les parents ne peuvent entendre
depuis qu'ils sont sortis du ciel en grandissant
Jean-Pierre LEMAIRE, Le pays derrière les larmes, Poésie-Gallimard, 2016.

L'énigme de l'été toujours insoluble :
le puzzle au complet ou presque, les montagnes
exactement emboîtées dans le ciel
comme le coin des toits, les prés sous les sapins
- et nous en dehors. Nous attendons les pluies
l'automne qui bientôt mélangera les pièces
pour recommencer, cherchant notre place
dans le vague dessin de l'année future
d'où notre ombre s'absente avec le soleil.
Jean-Pierre LEMAIRE, Le pays derrière les larmes, Poésie-Gallimard, 2016.

L'habit que nous revêtirons au banquet du Royaume
sera celui de tous les jours
qui nous aura gênés tant que nous le portions
Il était fait à nos mesures
et nous ira si tard, merveilleusement bien
quand nous aurons retouché le miroir...
Jean-Pierre LEMAIRE, Le pays derrière les larmes, Poésie-Gallimard, 2016.