
goudron
par-dessus la terre
lumières
sous la nuit
le mensonge
des villes
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goudron
par-dessus la terre
lumières
sous la nuit
le mensonge
des villes

Dans les lointains bleus
où s'en va l'allée rouge des pommiers
aux pieds racinaires montant à l'assaut du ciel,
la nostalgie est distillée
pour tous ceux qui vivent dans la vallée.
Le soleil, couché au bord du sentier
avec des baguettes magiques,
impose une halte aux voyageurs.
Ils s'immobilisent
dans le cauchemar de verre,
tandis que le grillon finement gratte
à la porte de l'invisible
et la pierre en dansant
métamorphose en musique sa poussière.
Nelly SACHS, Exode et métamorphose, trad. Mireille Gansel, Verdier, 2002

...
qu'est-ce que vous faites là Jean-Pierre Stevens, Jean-Pierre Dupuy, Jean-Pierre Le Dantec, qu'est-ce que vous faites là Jean-Pierre Bacri, Jean-Pierre Valentin, Jean-Pierre Beltoise, Jean-Pierre Dick, Jean-Pierre Rioux, Jean-Pierre Kalfon, qu'est-ce que vous faites là Jean-Pierre Bemba, Jean-Pierre Jeunet, Jean-Pierre Vincent, Jean-Pierre Escalettes, Jean-Pierre Faye, hein, qu'est-ce que vous faites là ?
- Rien.
Jean-Michel ESPITALLIER, Salle des machines, Flammarion, 2015

nous sommes fils des bêtes
étiages communicants
sans retards ni coursives
et les calques usés du réel
nous servent encore
à emballer le poème frais
Matthieu MESSAGIER, Poèmes sans tain autres sauvageries, Flammarion, 2010

Le père de Rétif disait d'ailleurs de Brasdargent : "Quand il parle, il me semble entendre un être au-dessus de l'humanité, un être qui n'est déjà plus de ce monde et qui a commencé son éternité".
Jacques LACARRIÈRE, Chemin faisant..., édition remaniée, Fayard, 1977

C'est un grand et bon matin
à sortir et prendre l'air
comme la feuille
nouvelle-née
puis comme la cloche
la voix sortie d'enfance
prendre l'air
pour le peindre
à main nue
dans l'absence du roseau
sans trembler
dans l'avant du bronze
et de sa violence
l'air invisible
où tout se discerne
les formes se meuvent
et les chants parviennent

Dans le crépuscule du matin,
quand est retournée la pièce de monnaie de la nuit
frappée au sceau du rêve
et que côtes, peau, pupilles
sont entraînées vers leur naissance -
que le coq à la blanche tête chante,
l'effroyable instant
de l'indigence vide de Dieu est là,
un carrefour est atteint -
Le tambour de la nuit a nom démence -
un sang apaisé coule -
Nelly SACHS, Exode et métamorphose, trad. Mireille Gansel, Verdier, 2002

Le froid trompe l'indifférence des squelettes cachés sous le boisseau des étoffes, encage dans ses courants d'airs côtes et vertèbres
de ses mâchoires broie la fierté des épaules où le sang paraît ne plus monter et siffle moqueur un hymne au brouillard à la densité de marbre
la chemise menace de frissons à la façon d'une vieille fenêtre aux banquises verticales d'où s'est absentée la chair blanche du poisson
aucun astre, même de rondeur parfaite, n'offre l'espoir d'une échappée, où nous guetterait encore tout en angle le museau d'un renard
qu'on rêve vaincu pendant à notre revers fourré, tribut pour la ruse sublunaire abattue sur tous nos muscles et tous nos poulaillers dévastés.