
nous sommes fils des bêtes
étiages communicants
sans retards ni coursives
et les calques usés du réel
nous servent encore
à emballer le poème frais
Matthieu MESSAGIER, Poèmes sans tain autres sauvageries, Flammarion, 2010
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nous sommes fils des bêtes
étiages communicants
sans retards ni coursives
et les calques usés du réel
nous servent encore
à emballer le poème frais
Matthieu MESSAGIER, Poèmes sans tain autres sauvageries, Flammarion, 2010

Le père de Rétif disait d'ailleurs de Brasdargent : "Quand il parle, il me semble entendre un être au-dessus de l'humanité, un être qui n'est déjà plus de ce monde et qui a commencé son éternité".
Jacques LACARRIÈRE, Chemin faisant..., édition remaniée, Fayard, 1977

C'est un grand et bon matin
à sortir et prendre l'air
comme la feuille
nouvelle-née
puis comme la cloche
la voix sortie d'enfance
prendre l'air
pour le peindre
à main nue
dans l'absence du roseau
sans trembler
dans l'avant du bronze
et de sa violence
l'air invisible
où tout se discerne
les formes se meuvent
et les chants parviennent

Dans le crépuscule du matin,
quand est retournée la pièce de monnaie de la nuit
frappée au sceau du rêve
et que côtes, peau, pupilles
sont entraînées vers leur naissance -
que le coq à la blanche tête chante,
l'effroyable instant
de l'indigence vide de Dieu est là,
un carrefour est atteint -
Le tambour de la nuit a nom démence -
un sang apaisé coule -
Nelly SACHS, Exode et métamorphose, trad. Mireille Gansel, Verdier, 2002

Le froid trompe l'indifférence des squelettes cachés sous le boisseau des étoffes, encage dans ses courants d'airs côtes et vertèbres
de ses mâchoires broie la fierté des épaules où le sang paraît ne plus monter et siffle moqueur un hymne au brouillard à la densité de marbre
la chemise menace de frissons à la façon d'une vieille fenêtre aux banquises verticales d'où s'est absentée la chair blanche du poisson
aucun astre, même de rondeur parfaite, n'offre l'espoir d'une échappée, où nous guetterait encore tout en angle le museau d'un renard
qu'on rêve vaincu pendant à notre revers fourré, tribut pour la ruse sublunaire abattue sur tous nos muscles et tous nos poulaillers dévastés.

la chair est triste
du litchi
mince
déjà
le noyau

La météo ! Ainsi privé de cette moitié, cette -rologie qui devrait suivre et qui a disparu des usages comme le -tographe du cinéma et le -cipède du vélo (et l'on sait qu'un suffixe perdu ne repousse jamais chez les mots, au contraire de la queue des lézards), ce mot serait inexplicable si demain tous les dictionnaires de la langue disparaissaient dans un vaste incendie puisqu'on lui a supprimé, en plus du logie dont on pourrait à la rigueur se passer, le ro de météore, qui seul explique qu'il s'agit d'un phénomène céleste. Oui, ainsi privé de sa moitié, le mot est devenu, dans la bouche de tous ceux qui s'en gaussent à loisir, comme le nom de quelque prostituée céleste passant son temps à se jouer du temps et à tromper les hommes.
Jacques LACARRIÈRE, Chemin faisant..., édition remaniée, Fayard, 1977

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