
poésie
dite
à happer
dans son lit
lue
à savourer
attablé
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poésie
dite
à happer
dans son lit
lue
à savourer
attablé

contre la nuit
les néons
contre la pluie
les cafés
mieux qu'une prairie
l'asphalte

nœud
tranché
pas défait
sur la peau du monde
une cicatrice

racines
sous les carrefours
sources
derrière la rocaille
mais devant moi
l'inconnu

spectre
de cent métronomes
s'évanouissant
jusqu'à un silence
de spectre

Je ne serais qu'un radeau
dérivant sur l'océan
qu'aussi je suis
la pierre carrée minuscule
dans le temple circonscrite
de mon propre ventre
Je serais un problème de géométrie
Comment d'un simple burin
étirer cette pierre
jusqu'au-delà des voûtes ?
Comment de ces quatre planches
dompter tout l'infini de l'océan
pour gagner enfin le juste rivage ?

Après le jardin
L'homme se souvenait
du ventre de la demeure
de l'étreinte du jardin
de l'escale des mots
du crépuscule enfoui
en de juteuses racines
Un regret furtif
le fit osciller
vers l'arrière
Puis demain s'anima
d'autres secrets
Et l'homme s'élança
vers l'espace nu.
Andrée CHEDID, Poèmes pour un texte, Flammarion, 1991

œuvre
à recevoir
du monde
pour lui rendre
en morceaux
minuscules