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Poésie - Page 80

  • SORTIE de THE ARTIST

     


    Ô toi que l'univers adore,
    Ô toi que maudit l'univers,
    Fortune, dont la main, du couchant à l'aurore,
    Dispense les lauriers, les sceptres et les fers,
    Ton aveugle courroux nous garde-t-il encore
    Des triomphes et des revers?

     

    Casimir DELAVIGNE, Les Messéniennes, 1824.

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  • ROCHEFORT : 1 - SURRÉALISME : 0

     

     

    Le surréalisme, dernier en date des grands mouvements, a été, dans la mine inquiétante de la connaissance poétique, beaucoup plus la découverte d'un nouveau coup de pic que la révélation d'un nouveau filon.

     

    Jean-Michel CROCHOT, cité par Jean BOUHIER in Les poètes de l'École de Rochefort, Seghers, 1983.

     

     

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  • André FRÉNAUD : un ZÉRO PUR

     

     

    Pour ce Mardi-Gras, portons un masque.

    Mortuaire.

     

    Épitaphe

     

    Quand je remettrai mon ardoise au néant

    un de ces prochains jours,

    il ne me ricanera pas à la gueule.

    Mes chiffres ne sont pas faux,

    ils font un zéro pur.

    Viens mon fils, dira-t-il de ses dents froides,

    dans le sein dont tu es digne.

    Je m'étendrai dans sa douceur.

     

    André FRÉNAUD, Les Rois mages, 1938.

     

     

     

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  • Les BOURGEONS de Mario URBANET

     

     

    Au fond de l'océan

     

    ...

    derrière le mur

    un toit protège le sommeil des justes

    nonobstant le ciel aveugle

    lourd d'un avenir couleur de sombre

     

    à moins que les bourgeons du poète

    n'y fassent éclore des fleurs de garance

    que cueilleront les humbles

    pour en faire leur drapeau

    et marcher sur les intarissables regains

    de nouvelles bastilles

    ...

     

    Mario URBANET, in Les poètes en Val d'hiver, Corps Puce, 2011.

     

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  • ' FAIT BASHÔ

     

     

    D'habitude si détestables

    les corbeaux

    mais ce matin de neige ah !

     

    Bashô, in 365 haïkus - instants d'éternité, Albin Michel, 2010. Trad. Hervé Collet et Cheng Wing Fun. 

     

    Les corbeaux ne seront jamais surpris par la chute de la neige en hiver, ce qui les différencie des journalistes de télévision.

     

     

     

     

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  • Philippe LONGCHAMP : en PHOTO

     

     

     

    ...

    Ils veulent bien que je les prenne

    en photo. C'est du noir et blanc,

    on ne verra pas le violet

    sombre du tee-shirt de Marianne.

    Comme je pars, il me rejoint,

    écrit pour moi l'adresse d'elle.

    Si la photo n'est pas ratée,

    je la leur enverrai, promis !

    et ces mots avec, puisque je

    les ai aussi pris en poème.

     

    Philippe LONGCHAMP, La ville du jardin des latitudes, Le Dé Bleu, 2004.



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  • Philippe LONGCHAMP : à BRIDE RETENUE

     

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    ...
    quand la nacelle est au sommet,
    on ne doit faire que des gestes
    très doux, très mesurés, sinon
    la mince architecture oscille
    beaucoup, c'est plutôt dangereux,
    et travailler est impossible.
    J'imagine un ballet lunaire,
    un ralenti de cinéma
    pour deux hommes en salopette,
    qui se repassent les outils
    dans des mouvements de danseuse,
    des arrondis de courtisan
    fisant révérence à la Reine,
    afin de serrer trois boulons,
    remplacer un joint de plastique,
    souder un onglet, en plein ciel,
    à hauteur d'un sixième étage,
    au bout d'un doigt de métal bleu.

     

    Philippe LONGCHAMP, La ville du jardin des latitudes, Le Dé Bleu, 2004.

     

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  • Pentti HOLAPPA : JEUNESSE BOITEUSE

     



    Préparatifs de voyage

    ...
    Je rentre à peine des États-Unis et de France, de Suède aussi.
    À la télévision chez eux, on rit. Les gens s'amusent.

    De nos jours d'ailleurs ils semblent étranges, tous, jeunes et beaux.
    Il n'y avait rien de tel dans ma jeunesse. Nous boitions.
    ...

    Pentti HOLAPPA, N'aie pas peur, NRF-Poésie Gallimard, 1997 (trad. Gabriel Rebourcet)


    C'est que, de nos jours, le roi rit. Un temps reviendra où le roi boite.

     

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