Chaque horizon découpe
la silhouette entière de la terre
Nous sommes à chaque ligne
des bâtisseurs d'aqueduc
dont les bonds de l'esprit
sont les arches folles
Laurent ALBARRACIN, Le Secret secret, Flammarion 2012.
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Chaque horizon découpe
la silhouette entière de la terre
Nous sommes à chaque ligne
des bâtisseurs d'aqueduc
dont les bonds de l'esprit
sont les arches folles
Laurent ALBARRACIN, Le Secret secret, Flammarion 2012.
Un poème par jour
que j'abandonne pour le suivantparce que l'oubli
oblige à bouger.Paol KEINEG, Abalamour, Les Hauts Fonds, 2012.
...
Entre le faire et le voir,
action ou contemplation,
j'ai choisi l'acte des paroles :
les faire, les habiter,
donner des yeux au langage.
La poésie n'est pas la vérité :
elle est résurrection des présences,
histoire
transfigurée en vérité du temps sans date.
La poésie,
comme l'histoire, se fait ;
la poésie
comme la vérité, se voit.
La poésie :
incarnation
du soleil-sur-les-pierres en un seul nom,
dissolution
du nom dans l'au-delà des pierres.
La poésie,
pont suspendu entre histoire et vérité,
n'est pas un chemin vers ceci ou cela :
c'est voir
la quiétude dans le mouvement,
le passage
dans la quiétude.
L'histoire est le chemin :
en marche vers nulle part,
notre chemin à tous,
le parcourir est notre vérité.
Nous n'allons ni ne venons :
nous sommes dans les mains du temps.
La vérité :
nous savoir,
dès l'origine,
en suspens.
Fraternité sur le vide.
Octavio PAZ, Le feu de chaque jour, Trad. Cl. Esteban, Gallimard 1979.
...
Le temps ne cesse pas de couler,
le temps
ne cesse d'inventer,
ne cesse
d'effacer ce qu'il invente,
et ne cesse
le flot des apparitions.
Les bouches du fleuve
disent les nuages,
les bouches humaines
disent les fleuves.
La réalité a toujours un autre visage,
le visage de tous les jours,
celui que nous ne voyons jamais,
l'autre visage du temps.
...
Octavio PAZ, Le feu de chaque jour, Trad. Cl. Esteban, Gallimard 1979.
(Port-Musée de Douarnenez)
le poème se voudrait silex
à trépaner l'opacité de l'être
il résonne en moi
qui me tiens à l'avant du bâteau
l'écho de son tintement transperce
lui et moi veillons
dans le doute
et nous répondant l'un à l'autre
cela suffit-il à faire le bâteau plus sûr
et le sable moins sable ?
toujours les flots roulent la mémoire morte
ce qui fut
et ce qui doit finir
Jean-Christophe BELLEVEAUX, Caillou, Gros textes, 2003.
Depuis peu, Natalie DESSAY tient chronique sur France Musique. Nichée dans celle du 18 septembre, on a pu retenir cette phrase bien sentie, due à Jeanette WINTERSON :
Quand les gens disent que la poésie est un luxe, qu'elle est optionnelle..., j'imagine que ces gens ont la vie facile : une vie difficile a besoin d'un language difficile et c'est ce qu'offre la poésie.
De Topor
Bon sang !
Le rire de Topor
- Ce grand rire
À dévorer le cosmos
Et croquer les étoiles -
Emporte en sa houle
Toutes les peurs humaines !
Et maints doutes m'écorchent :
Saurais-je ainsi m'esclaffer
Tel un dieu
Sur le chahut des hommes ?
Verrai-je un jour
Ce corps - "mon" corps
Dont le temps me dépossède -
Traversé de risées autres
Que celles des tourments ?
Marc BERNELAS, Les cahiers de la rue Ventura n° 16.

Faute de son, on peut voir ici comment,
sous le crayon de Roland TOPOR,
on se fend la gueule.
si je dois une âme avoir,
elle coule au sucre de l'été,
murmure sur les pentes du monde,
est un peu de chaque brindille
mon corps, sois là
dans l'odeur des poires vieillies,
la lumière qui transige avec l'humain
mon âme, emplis le mot qui te dit
et conspire à toutes les réconciliations !
Jean-Christophe BELLEVEAUX, Caillou, Gros textes, 2003.
Poires ou autres fruits, le sucre est un peu rare cette année. Il faudra compenser par de l'esprit de corps et de la grandeur d'âme.