L'arbre champêtre se dresse au cœur d'un terroir limité, sans cesse parcouru. Il ordonne, sans véritablement appartenir à une haie, la découpe des espaces où se déploient les activités agricoles et pastorales. Il décore les moulins. Il met en valeur les églises. Il se fait compagnon de l'homme au bord des chemins, des mares et des étangs. Il se marie naturellement avec le ciel et l'eau. Il encadre le travail et le repos. Il unit l'animalité et la végétation. En bref, il restitue la traditions des Géorgiques.
Alain CORBIN, La douceur de l'ombre - L'arbre, source d'émotions, de l'Antiquité à nos jours, Flammarion Champs Histoire, 2014.
Sur du vent - Page 206
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Alain CORBIN : l'ARBRE CHAMPȆTRE
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Pascal QUIGNARD contre le SOCIAL
Il faut engager une lutte - à fonds perdu - contre le social. Mais ne surtout pas l'engager un contre tous. Ne surtout pas l'engager comme un bouc émissaire qui en assurerait l'unanimité en amoncelant les pierres dans les mains tendues de tous ceux qui le visent. Il ne s'agit pas d'engager une lutte inégale pour y périr. Il faut engager une vie secrète où survivre.
Pascal QUIGNARD, Les désarçonnés, Grasset et Fasquelle 2012.
Le Lakmi à Bergheim.
Ce personnage, figuré sur la porte de cette ville du Haut-Rhin, montre à ses poursuivants ses bas-reins,
pour illustrer le droit d'asile qu'offrait la cité autrefois. -
COMPRENDRE selon Jorge Luis BORGES
J'ai vu une Roue très haute qui n'était pas devant mes yeux, ni derrière moi ni à mes côtés, mais partout à la fois. Cette Roue était faite d'eau et aussi de feu et elle était, bien qu'on en distinguât le bord, infinie. Entremêlées, la constituaient toutes les choses qui seront, qui sont et qui furent. J'étais un fil dans cette trame totale, et Pedro de Alvarado, qui me tortura, en était un autre. Là résidaient les causes et les effets et il me suffisait de voir la Roue pour tout comprendre, sans fin. Ô joie de comprendre, plus grande que celle d'imaginer ou de sentir ! Je vis l'univers et je vis les desseins intimes de l'univers.
Jorge Luis BORGES, L'aleph, Trad. Roger Caillois, Gallimard, 1967.

Le problème, en ces jours de rentrée, sera de ne pas se laisser écraser par la pire de toutes : la roue tine.
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REDIFFUSION de l'ÉTÉ
Entendu Sylvain TESSON dire que le temps est la seule richesse partagée équitablement entre tous les hommes.
Pour ceux dont les quelques jours d'août restants sont l'occasion de dépenser cette richesse, parcourir tout un siècle ne leur coûtera qu'un clic sur cette image...
Pour respecter l'ordre chronologique (mais on ne force personne), il conviendra de commencer par la fin...
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La CHASSE selon Pascal QUIGNARD
Porteur de sa chasse, l'humain est porteur de son "expérience" : il porte le récit linguistique qu'il ne cesse de faire de sa mise en péril dans la mort.
Tel est le sens secret du mot ex-périence : celui qui sort du périr.
Pascal QUIGNARD, Les désarçonnés, Grasset & Fasquelle, 2012.

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SPINOZA : je PENSE donc je CHEVAUCHE
Un soldat voyant dans le sable les traces d'un cheval passera immédiatement de la pensée d'un cheval à la pensée d'un cavalier et de là à la pensée de la guerre etc. Au contraire un paysan voyant dans le sable les traces d'un cheval songera immédiatement à la charrue, au labour, à la semaille, à la moisson etc.
Baruch SPINOZA, Éthique II-18, 1677.
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Pascal QUIGNARD à TOUTE VITESSE
...les métaphores définissent les chevaux qui font aller à toute vitesse au sein du langage, sautant de pierre en pierre, de visage en visage, de mot en mot, de texte en texte, d'image en image, comme dans les rêves.
Pascal QUIGNARD, Les désarçonnés, Grasset & Fasquelle, 2012.
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L'IMMORTEL selon BORGES
Ainsi, dans les jeux du hasard, les nombres pairs et impairs tendent à s'équilibrer ; ainsi s'annulent l'astuce et la bêtise, et peut-être le grossier poème du Cid est-il le contrepoids exigé par une seule épithète des Églogues ou par une maxime d'Héraclite. La pensée la plus fugace obéit à un dessein invisible et peut couronner, ou commencer, une forme secrète. J'en connais qui faisaient le mal pour que le bien en résulte dans les siècles à venir ou pour qu'il en soit résulté dans les siècles passés...
Jorge Luis BORGES, L'aleph, trad. de Roger CAILLOIS, Gallimard, 1967.
Sculpture de Jane CONIL, Lusignan.
