
Je m'étonne que ces yeux soient encore là,
que les pierres mouillées
se soient à ce point attardées à refléter
un ciel exténué
au lieu d'apprendre avec la pluie
à mordre la terre.
Eugénio de ANDRADE, Le poids de l'ombre, La différence, 1986.
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Je m'étonne que ces yeux soient encore là,
que les pierres mouillées
se soient à ce point attardées à refléter
un ciel exténué
au lieu d'apprendre avec la pluie
à mordre la terre.
Eugénio de ANDRADE, Le poids de l'ombre, La différence, 1986.

Grâce
Tu n’apaiseras pas l’humiliation du pauvre affamé
et tu n’éteindras pas la soif brûlante de revanche
ni ne protégeras de ton corps
la maison qu’on démolit
et le landau de la petite fille montant au ciel en tempête
tu ne le saisiras ni ne le reposeras doucement à terre –
tu n’extirperas pas le règne du Malin.
Retourne donc chez toi
va vers ton compagnon, ton unique,
celui que tu aimes,
vers la supplique jaune de ses yeux fendus
et enfouis ton visage dans sa fourrure.
Une caresse
au chat unique
au monde.
Tal NITZÁN, www.lyrikline.org.

Que ta chute soit ton cheval, pour continuer le voyage.
Frankétienne, Melovivi ou le Piège, Riveneuve éditions, 2009.

N'écoute pas ces voix qui ne cessent
de croître au chemin de l'hiver,
les lieux où le corps d'errance
en errance renonce à être corps
sont mortels, n'écoute pas ces voix
où le soleil pourrit, plus jamais.
Eugénio de ANDRADE, Le poids de l'ombre, La différence, 1986.

C'était septembre
ou bien tout autre mois
propice à de petites cruautés :
l'ombre resserre ses anneaux.
Que veux-tu encore ?
Le souffle des dunes sur la bouche ?
La lumière presqu'à nu ?
Faire du corps entier
un lieu en marge de l'hiver ?
Eugénio de ANDRADE, Le poids de l'ombre, La différence, 1986.

Le jour net comme un parvis désert,
l'horloge arrêtée,
les marches par où le soleil
monte au regard -
ce qui manque : quelque part le chant d'un oiseau.
Eugénio de ANDRADE, Le poids de l'ombre, La différence, 1986.

Élève tes mots, pas ta voix.
C'est la pluie qui fait grandir les fleurs, pas le tonnerre.
Djalâl-od-Din Rûmî, Mathnawî - la Quête de l’Absolu, Trad. Eva de Vitray-Meyerovitch, Le Rocher, 2014.

Zoologie : les chats
À Madrid, les chats
se cachent dans les murs ;
et le lierre recouvre
leur dos
comme si c'étaient des rois !
Nuno JÚDICE, Un chant dans l'épaisseur du temps, Trad. Michel Chandeigne, Gallimard 1996.