
La patère se dévoue
au manteau
comme le crochet à la viande
Aaron SHABTAÏ, Le poème domestique, Éditions de l'éclat, Trad. Michel Eckhard-Elial, 1987
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La patère se dévoue
au manteau
comme le crochet à la viande
Aaron SHABTAÏ, Le poème domestique, Éditions de l'éclat, Trad. Michel Eckhard-Elial, 1987

la peau est
le visage
de la pomme de terre
enveloppe et geôle
Aaron SHABTAÏ, Le poème domestique, Éditions de l'éclat, Trad. Michel Eckhard-Elial, 1987

j'ai trouvé la sagesse
dans un fil
un fil
plus fort que la corde
par la finesse
Aaron SHABTAÏ, Le poème domestique, Éditions de l'éclat, Trad. Michel Eckhard-Elial, 1987

Il y a en tout objet
le grain serré de l'heure
attente ou espoir de grâce
En chaque objet vit l'âme
d'un oiseau possible
Jacques IZOARD, Œuvres complètes, I Poésies 1951-78, Éditions de la Différence, 2006.

"pure" est le qualificatif
de la bouche
la bouche crée
le mot, la parole
("la vraie sécretion de
l'homme mollusque" - Francis Ponge)
Aaron SHABTAÏ, Le poème domestique, Éditions de l'éclat, Trad. Michel Eckhard-Elial, 1987

dés croés dés cleus ed'z àns
ahoques flèques harpons
- chés pores pichons is m'dizoè't' ech Sàangneur
miu qu'ech tchurè
des croix des clous, hameçons
des crochets flèches harpons
- les pauvres poissons m'en disaient plus
sur Notre Seigneur que le curé
Pierre GARNIER, Le Jardin Ouvrier, 1995-2003, Flammarion, traduit du picard par l'éditeur.

Mes frères et sœurs
N’ai pas de souvenir de moi
sans eux
n'ai pas vraiment existé
avant leur naissance
message du tout-puissant
gravé sur la plante des pieds
n’ai pu le déchiffrer
jusqu’à présent
peut-être parce que
les devançant toujours
n’ai jamais vu leurs empreintes
désire
garder l’avance
au moins jusqu’au cimetière
pour n’avoir jamais de souvenir
sans eux
Gerdur KRISTNÝ, Trad. Henri Deluy, Liliane Giraudon et l’auteur, Action Poétique n°174, décembre 2003.

Je suis un raciste de la paix :
les yeux bleus tuent,
les yeux noirs massacrent,
les cheveux frisés égorgent,
les cheveux lisses bombardent,
les peaux mates dépècent ma peau,
et les peaux blanches versent mon sang.
Seuls ceux qui n'ont pas de couleur
seuls les transparents sont bons
qui me laissent dormir la nuit en paix
et apercevoir le ciel
à travers eux.
Yehuda AMICHAÏ, Poèmes de Jerusalem, trad. Michel Eckard-Elial, Editions de l'éclat, 1991.