
Pire est le désarroi de la phrase sans méandre.
Yves MAZAGRE, La Théorie des impostures, Librairie-Galerie Racine, 2000.
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Pire est le désarroi de la phrase sans méandre.
Yves MAZAGRE, La Théorie des impostures, Librairie-Galerie Racine, 2000.

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Lentement habitués à la coexistence de l'immonde au deuil de toute durée aux fêtes sans avenir même pas un lendemain
Paroles parades de quelques heures artifices de la pensée où désormais se réfugient les jouissances et la poésie de la création
Cependant nous ne parvenons pas à tuer ce cheval stupide cet antipoème si vrai qui galope comme un fou dans nos viscères
Yves MAZAGRE, L'agave s'impatiente, Librairie-Galerie Racine, 2001.

C'est toujours un peu tard que tu pleures
emmailloté dans ton habit bleu
qu'aura maculé de brun la guerre
de sang tout encroûté, de gros bleu.
C'est sur la bêtise que tu pleures
poilu, soldat de dieu, casque bleu
sur les désastres des grandes guerres.
S'il reste du carburant, tu pleures
encore sur les petites guerres
celles pour les débutants, la bleu-
saille, enfin sur les moyennes guerres.
Et toi, là, qui par contre ne pleures
pas, tu en redemandes des bleus
des coups, des plaies, des bosses. Tu pleures
de ne les rendre qu'en temps de guerre.
avec trois mots pris dans les titres de Franck Venaille
Jacques JOUET, Poèmes avec partenaires, POL, 2002.

Ironiquement, l'état de fils
change, au fond, peu au cours d'une vie
et ce n'est pas qu'un fait d'Occident.
Le plancher des vaches de la vie
te demande tes papiers de fils
plus souvent que tu n'en as envie.
C'est ainsi, l'Orient et l'Occident
tirent avec précision les fils
qui nous rattachent à l'Occident
ici, là au levant de la vie.
Le mourant se couche à l'Occident
veillé par tel ou tel de ses fils
émergeant. "Laisse-moi, va ta vie
abrège un peu tes devoirs de fils
et n'appartiens pas qu'à l'Occident".
avec trois mots pris dans les titres de Pierre Michon
Jacques JOUET, Poèmes avec partenaires, POL, 2002.

Je songe aux jouets de mes cinq ans. Une fois miens, ils furent les maîtres. Je croyais pouvoir, avant qu'on me les offrît, les manier à ma fantaisie. Je m'aperçus très vite que je pouvais les détruire au gré de mon humeur ; mais si je les voulais vivants, que je devrais respecter leur mécanisme, leur âme immortelle.
Ainsi le langage.
Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie-Gallimard.

Après le déluge
La paix est dans la clé
des contradictions dans le soufre
des clartés fugitives Tu es là
pour un instant Désert bleu
aux dunes de pluie La soif est exaucée
L'espace est une brèche Tu brûles dans la nuit
sans murailles Je vois par ton huile
par la mèche de feu qui fleurit au milieu
Je vois par ton amour La paix jeune pie
a l'allégresse multicolore de nos yeux
après le déluge
Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie-Gallimard.

Épitaphe
Je n’ai pas eu l’envie d’abattre des soleils vivants
Ou d’arracher des étincelles aux planètes mortes
Mais j’ai tenté d’incendier la brume sombre
Le raisin de la rêverie des hommes de mon temps.
Nicolas LABIS (adaptation Charles Dobzynski), Action Poétique n° 24, juin 1964.

La porte
Va et ouvre la porte.
Dehors il y a peut-être
un arbre ou une forêt,
ou un jardin,
ou une ville magique.
Va et ouvre la porte.
Il y a peut-être un chien qui gratte,
il y a peut-être un visage,
ou un œil,
ou l’image d’une image.
Va et ouvre la porte
S’il y a de la brume,
elle se dissipera.
Va et ouvre la porte
Et s’il n’y avait que le tic-tac des tenèbres,
et s’il n’y avait qu’un souffle creux
Même s’il n’y avait rien.
Va et ouvre la porte
Il y aura au moins un courant d’air.
Miroslav HOLUB (traduit du tchèque par François Kerel), Action Poétique n° 24, juin 1964.