Dans son Journal, en 1936, Julien GREEN notait:
"Jamais un poète d'Israël n'a résisté au plaisir de l'allitération; c'est pour lui une façon souveraine de traduire la colère, l'indignation, la joie ou la frayeur; d'une certaine manière, on pourrait dire que l'allitération est sa langue. Avec une virtuosité dont les meilleures traductions françaises ne peuvent donner une idée, il multiplie les sifflantes et met en jeu le registre grandiose des gutturales. C'est le souffle vigoureux de l'éternel qui passe dans cette langue..."
Sur du vent - Page 321
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ALLITERA...SION
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MANIFESTE
A l'heure où se vend aux enchères le Manifeste Surréaliste de Breton, on peut s'amuser - mais non pour en tirer profit - à rédiger un Manifeste SUR DU VENT:
Pas de dogme stylistique
Pas de tic vestimentaire (ni de fume-cigarettes!)
Pas une dégoulinure de désespoir (mais pas d'espérance béate!)
Pas de jargon mystique
Droit imprescriptible à la Fantaisie
Pas une larme sans sa réplique de pirouette
Incessibilité des dettes à l'égard de la sincérité
Discrétion dans l'érudition
Plaisir à dire l'ordinaire -
C'EST de l'HEBREU
Poète, Henri MESCHONNIC apporte un éclairage original sur la lecture de la Bible.
Les traductions les plus usuelles commettent toutes à ses yeux le même péché: passer la pensée hébraïque au laminoir de la philosophie grecque, et à la moulinette chrétienne.
Egalement philosophe, il recourt au concept d'essentialisme, écrasant selon lui les particularités du nominalisme hébraïque.
Un exemple: le grec "physis" (la vie) s'est substitué à l'hébreu "haïm" (les vivants).
Là où les Hébreux voient des manifestations, les Grecs et leurs héritiers pointent un principe. -
Un AUTRE MOI
Cherchant une anagramme pertinente à mes nom et prénom, je retiens celle-ci, qui me convient bien:
Chine
Grand hiver. -
De TOUT BOIS
Le critique littéraire Marcel RAYMOND, pour qualifier le poème court, utilisait l'expression "délicate menuiserie".
Un matériau naturel, et quelques outils ancestraux, pour que les éléments qui frotteraient autrement, trouvent à s'épouser sans grincement... Tout est là, en effet. -
TANTALE 2008
Avec janvier sont apparus des pannonceaux à l'entrée des cafés stipulant sobrement "interdiction de
fumer".
Voilà un problème réglé, et on espère à présent que les patrons de ces établissements n'attendront pas l'intervention du législateur pour nous épargner la nuisance que constitue le robinet à chansonnettes qui y dégoutte à perpétuité.
Savourant un 12 ans d'âge, LAURIE ne viendra plus le gâcher d'un parfum de limonade, et débarassé de Laurent VOULZY, on appréciera que le café ne sente plus le sirop de grenadine...
Si encore on nous servait du BREL pour accompagner la Gueuze! -
VIVE LE VERS... LIBRE!
Tristan DEREME, à l'issue d'un de ses poèmes, fait intervenir en prose un M.DECALANDRE pour mettre en avant les mérites stylistiques de son créateur.
Outre l'équivoque du procédé - un personnage louant l'auteur à qui il doit son peu de vie -, on émettra des réserves sur son commentaire.
Ce M.DECALANDRE en effet conclut que le vers suppose la contrainte, d'une formule définitive: "il n'est pas de poésie sans une règle, et... l'expression vers-libre est synonyme de rond-carré".
Le siècle écoulé nous a heureusement débarassés de ces préjugés.
S'il est vrai que la contrainte peut être un moteur de la création littéraire, il faut admettre qu'elle n'est pas exclusivement stylistique, et qu'elle peut donc se révéler d'autre façon qu'en comptant sur ses doigts, ou en consultant un dictionnaire de rimes.
Le vers libre, comme la Liberté en elle-même pour le citoyen, ne détourne pas l'auteur de ses exigences artistiques, et n'en fait pas un libertaire sans scrupule. -
SUS au TEMPS!
Tristan DEREME, sur le poète:
« c'est un homme en rébellion contre le règne du temps, contre la brièveté de la vie -, et la gloire n'est pas autre chose que cette rébellion - si elle triomphe ».