Sur le modèle des contre-rimes, voici deux strophes extraites de Pipes, de Jean PELLERIN:
Aux étangs morts, l'automne las
Boit dans ses mains noircies...
La cloche abandonne son glas
Aux brumes épaissies
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Le premier frisson du matin,
Une cloche qui tinte.
Le songe est mort. Le feu s'éteint.
La lampe s'est éteinte.
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Les images sont évocatrices, mais il y manque un peu de la malice de son devancier, Paul-Jean TOULET, qui avait eu l'idée de décaler l'alternance des rimes de celle des octo-syllabes avec les hexa-syllabes.
Le chef de file des Fantaisistes ajoutait ainsi un balancement supplémentaire dans le rythme de ses quatrains, riche de... fantaisie!
Avril, dont l'odeur nous augure
Le renaissant plaisir,
Tu découvres de mon désir
La secrète figure.
Sur du vent - Page 322
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Eloge de la CONTRE-RIME
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Le JOURNAL d'un CONDAMNE à ECRIRE
Dans ses Dernières Paroles du Poète, René DAUMAL tragédise sa vocation d'écrivain:
"Voici donc mon premier et mon dernier poème. Un mot à dire, simple comme d'ouvrir les yeux.
Mais ce mot me mange du ventre à la tête, je voudrais m'ouvrir du ventre à la tête et leur montrer le mot que je renferme". -
VOEUX pour une ANNEE de FANTAISIE
Le groupe des Poètes Fantaisistes n'a pas laissé grand trace en tant qu'école.
D'autant qu'ils n'ont guère rédigé de manifeste pour clarifier leurs conceptions. En contrepartie, ils ne pratiquaient pas l'excommunication, et c'est déjà beaucoup.
Tirons tout de même d'un écrit de Tristan KLINGSOR une invocation qui servira de début de piste:
"Ce n'est pas tant les songes que tu griffonnes
De tes capricieuses bizarreries
Que la vie humble où tu fleuris,
Tour à tour délicate et choisie
ou mirifiquement bouffonne,
O fantaisie."
"Sur du Vent" souhaite à ses lecteurs une année 2008 tour à tour humble, délicate et choisie, ou mirifiquement bouffonne. -
Le POEME et le VRAI
Franchissons l'année avec René DAUMAL:
"Dans un vrai poème, les mots portent leurs choses".
D'autres ont même prétendu qu'ils avaient la vertu de les créer. -
Le SENS CRIE
Traduit d'un texte sanskrit ancien par René DAUMAL, on lit que la nature essentielle de la poésie "est le son et le sens unis, sans fautes, doués de vertus, avec ou même parfois sans ornements"?
Cette dernière précision nous rappelle utilement que le poème n'est pas là pour faire joli. -
Le NOMBRE d'OR
Pourquoi l'alternance de l'alexandrin et de l'heptasyllabe, du 12 et du 7, fonctionnent-ils si souvent, dans la meilleure harmonie?
Carré magique? Pentacle? Nombre d'or? Hiéroglyphe maçonnique?
D'André FRENAUD, dans "Nul ne s'égare":
Rabattant toutes les clenches et les parois
la nuit se tenait chez elle. -
SEMPE et l'INFINI
Noël approche, et SEMPE publie un nouvel album.
Sur l'un des dessins qu'il contient, on voit un mathématicien, minuscule devant l'immensité de tableaux sur lesquels il a tracé à la craie des calculs et des formules qu'on devine très complexes.
En un recoin de son immense bureau, aménagé en kitchenette, il se fait cuire un oeuf.
SEMPE recourt à une bonne vieille technique de la poésie extrême-orientale.
Il fait voisiner l'infini et le minuscule, l'éternel et l'éphémère, le grand et le mesquin, l'esprit et l'estomac.
D'un côté, la science et l'intelligence, et l'espoir qu'elles font naître quand on les mettra en application pratique.
De l'autre, la craie, la faim, et l'oeuf au plat. -
OR en FILIGRANE
Fin du Rhin
Massif blanc
en barre
plaqué
Le silence est d'étalon