
Un pétale qui tombe
et la douceur du mot
soleil
sont là sur cette table,
tout
a recommencé sans moi, sans
que je sache
où le sang a jailli, comme
s'il faisait jour
très loin, dans le dehors.
Claude ESTEBAN, Le jour à peine écrit, Gallimard, 2006
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Un pétale qui tombe
et la douceur du mot
soleil
sont là sur cette table,
tout
a recommencé sans moi, sans
que je sache
où le sang a jailli, comme
s'il faisait jour
très loin, dans le dehors.
Claude ESTEBAN, Le jour à peine écrit, Gallimard, 2006

Ébène bénin
Dévoré par les marnes
dévoyé par les mornes
veilleur attentif sous les fougères arborescentes
il scrute encore sa mémoire évidée
où se love le serpent du soleil
les glaires de la ville s'épanchent à ses pieds
la soldatesque ivre
les paillotes consumées
il titube aveugle dans son sang
à nuit close
sous l'oxyde des voix
bat
l'éternel tambour de la lassitude
Jacques ABEILLE, Petites proses plus ou moins brisées, Arfuyen, 2015

Et derrière la porte, il y avait
le rien ou plutôt
la matière du rien, une épaisseur
qui noyait tout et quand je franchissais
le seuil, c'était le rien qui
m'accueillait et j'aimais cette chute en moi
dans un indéfini
plus doux, plus vague où avoir mal
ne signifiait que d'être
là debout, près de la porte, sans savoir.
Claude ESTEBAN, Le jour à peine écrit, Gallimard, 2006

Neige, le bleu du pauvre, le blé du pauvre. Moitié brasier, moitié langue fatiguée, telle une éternité de blancheur, tel un ravissement
et un jardin paisible, le froid que je porterai jusqu'au fruit de l'abeille,
dons d'un gel obscur
Gaspard HONS, Les abeilles de personne, Le Taillis Pré, 2008

Je voudrais que mon chagrin si vieux soit comme le gravier dans la rivière : tout au fond. Mes courants n'en auraient pas souci.
René CHAR, Le nu perdu, Gallimard, 1978

Les femmes sont amoureuses et les hommes sont solitaires. Ils se volent mutuellement la solitude et l'amour.
René CHAR, Le nu perdu, Gallimard, 1978

Au cadran des horloges
Qu'on avise de côté
Ricochant sur les heures
Craintif et courant toujours
L'aiguille pèse sur les nombres
Filant sa ronde
Mais il se peut que ces heures soient fictives
Et que par en-dessous
Souriant à la façon d'un ange sans pouvoir
Le temps s'ouvre
Comme une plaine sans fin
Elle resplendirait
S'il faut en croire les Livres
de ruisseaux et de fleuves de lait
Elle porterait des baumes pour les blessures
Et des philtres
Pour flatter le temps des horloges
Et tout serait toujours plus vaste
Que le monde
Jean-Marie BARNAUD, Sous l'imperturbable clarté, Gallimard, 2019

Cet importun dans la nature qu'est l'artiste est ici quelqu'un qui connaît ses feintes, un esprit chasseur, un braconnier, un sourcier, quelqu'un qui se baisse, qui travaille à même, et qui la suit étroitement pour la déranger dans son sens, et pour lui faire dire ce qu'elle ne voulait pas dire, et qu'elle pensait.
Léon-Paul FARGUE, Épaisseurs, Gallimard, 1964