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Ne fixe pas l'eau froide du lac
Oiseau arbre ou toi visage
Mais va plutôt vers l'œil de l'homme
Y vivre toutes tes vies.
Andrée CHEDID, Textes pour un poème, Flammarion, 1983
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Ne fixe pas l'eau froide du lac
Oiseau arbre ou toi visage
Mais va plutôt vers l'œil de l'homme
Y vivre toutes tes vies.
Andrée CHEDID, Textes pour un poème, Flammarion, 1983

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tampon cachet de la poste - faisant mauvaise foi - les préfectures sont des lieux d'aisance - les hommes ne vivent pas seulement de pain - les hommes vivent dans l'attente d'identité - les animaux repus savent qui ils sont - l'identité est le diable en personne - elle est d'une incroyable importance selon le philiosophe - multipliez vos identités et détruisez vos papiers - mangez les marques de l'identité
Serge RITMAN, Rossignols & rouges-gorges, Tarabuste, 1999

Caliban
Les mots m'échappent,
qu'ils s'envolent !
Créature lourde, entravée,
que je ne les retienne pas
eux qui me viennent, légers,
d'un espace sans mesure
interdit à mes pas.
Paul de ROUX, La halte obscure, Gallimard, 2014

La ville que nul rayon ne saisit, n'enlace, ne réchauffe
laisse cependant circuler ses enfants pâles et dans ses rues
et dans la voie lactée - même s'ils ne savent pas
que toute artère a son double entre les étoiles
et si la terre se tait en chaque motte brune
c'est qu'elle n'a jamais cessé de parler
avec les langues des peuples vivants et des peuples morts
ainsi que quelques uns l'ont perçu, épelant
le vers grec ou russe - et ce n'est pas peu de choses non plus
que les lèvres qui épellent et le doigt qui suit le texte
soient faits d'argile ainsi qu'il a été dit.
Paul de ROUX, Le front contre la vitre, Gallimard, 1993

Écoute la flûte de roseau, écoute sa plainte
Des séparations, elle dit la complainte :
“Depuis que, de la roselière, on m’a coupée
En écoutant mes cris, hommes et femmes ont pleuré
Pour dire la douleur du désir sans fin
Il me faut des poitrines lacérées de chagrin
Ceux qui restent éloignés de leur origine
Attendent ardemment d’être enfin réunis
Moi, j’ai chanté ma plainte auprès de tous
Unie aux gens heureux, aux malheureux, à tous…"
Djalâl-ud-dîn RÛMÎ, Mathnawî, trad. L.Anvar, Entrelacs

Bas
La nuit n'est pas finie que le merle parle un peu
comme dans un ravin, dans l'ombre, très bas :
petits crissements de noix dans le poing
quelque chose qui n'éveillera personne - la nuit
la nuit encore partout avec ses appels de sirènes lointaines
le merle de dessous le plancher, dans le noir :
cuisine à l'aube, corps gourds
préparatifs autour d'une cafetière, si les mots passent
c'est entre les lèvres qui se déclouent, sommeil
fatigue, aube froide, toutes sortes de feuilles
à lever pour trouver un ver.
Paul De ROUX, Le front contre la vitre, Gallimard, 1993

la nuit bulgare
rongeant le soufre
d'un palais fantôme
enfoui sous le silence
il y a donc un moment
où il faut
cerner la vie
avant qu'elle ne s'écroule
quelque chose vous prend
au cœur
avec assez de force
pour vous étreindre sans vous tuer
soudain l'été perdu
roule entre ses fruits
une quiétude
hantée de cris lascifs
Jean-Dominique REY, îles insurgées, Dumerchez, 2001

MONTAGNE
Cette montagne qu'il fallait escalader
Même si je pouvais la regarder dans les yeux
l'effort à fournir n'en serait pas moindre
Une fois au sommet, la montagne reste
aussi difficile à cerner
impossible à embrasser
La fatigue a toujours ce goût de défaite
Silvia MAJERSKA, Matin sur le soleil, Le Cadran ligné, 2020