
travail
de nuit
silence
de l'aube
l'horloge
muette
de l'araignée
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travail
de nuit
silence
de l'aube
l'horloge
muette
de l'araignée

Préférant cheminer débobinant le fil infini des circonvolutions de rêveries nébuleuses ou de corvées inventées, je tourne tout autour, pour ne pas les voir, et surtout ne pas m'en occuper, de quoi ? de mes affaires, celles qui se comptent en temps et en argent, espèces sonnantes aux oreilles les plus nombreuses. À demain toujours remises, elles sont le prix pour le pain quotidien d'une quiétude, sucrée d'autres intranquillités.
Ne pas m'occuper de mes affaires.

...
Si seulement je pouvais ne vivre qu'en extase, façonnant le corps du poème avec mon corps, rachetant chaque phrase avec mes jours et mes semaines, insufflant dans le poème mon souffle alors que chaque lettre de chaque mot a été immolée dans les cérémonies du vivre.
Alejandra PIZARNIK, Œuvre poétique, Actes Sud, trad. Silvia Baron Supervielle, 2005

hasard des bruits
et des mouvements
volonté du son
et du geste
danse
du hasard
et de la volonté

Un abandon en suspens.
Nul n'est visible sur terre.
Seule la musique du sang
assure résidence
dans un lieu si ouvert.
Alejandra PIZARNIK, Œuvre poétique, Actes Sud, trad. Claude Couffon, 2005

contre-jour
silence
silhouette
que l'oiseau
et les ailes
et la tête

Les lignes du papier ni le tracé des lettres ne pourront contenir la langue, qui glisse sur le papier
librement comme les sons dans l'air sans relief ou les images dans la soie des esprits en partance
Un mot peut être exact, la langue jamais, qui charrie tout le limon nécessaire à en brouiller le génie
sous l'apparence de musique réglée où se rangent les lettres, le plomb laissant aux pieds toute liberté
La grammaire donne la justesse à la langue, qui l'étend en tous sens, jusqu'aux danses et aux transes de la folie
et les sons se départissent des barreaux de la portée, s'affranchissent de leurs racines et volent en symboles
débarrassée du squelette de ses lettres, à tire d'aile la langue s'éploie toute de nerfs et de muscles
toutes les piles de tous les ponts du mot sont sapés pour que filent en silence des idées flottées
On pourrait s'imaginer la langue, lumineuse et ailée, triomphante des vents malgré un équilibre précaire
pensée aérienne, mais qui se répandrait en vain, si délestée de la pierre de ses lettres et du bois de ses sons
Il faut qu'une aïeule lègue sa maison riche de mémoire à la langue, que cette grammaire permette la génération
assure la lignée, la succession des œuvres des hommes, les magistrales comme les intimes, et accouche une culture

Couvre le souvenir de ton visage avec le masque de celle que tu seras et effraie l'enfant que tu as été.
Alejandra PIZARNIK, Œuvre poétique, Actes Sud, trad. Claude Couffon, 2005