Selon Borgés, l'art de lire serait supérieur à l'art d'écrire, et même, le déterminerait. L'écrivain ne serait qu'un collecteur, recyclant les textes qui l'ont précédé, pour en mettre d'autres au jour, qui lui succèderont.
Sur du vent - Page 330
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L'art de lire selon BORGES
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Quand parle Pierre BERGOUNIOUX
Pierre BERGOUNIOUX est un auteur qui pratique à l'oral une langue d'apparence non seulement écrite, mais en plus une langue centenaire, à la pureté et à la précision rares et devenues presqu'incongrues.
Ce type d'orfèvrerie a disparu des ondes, alors qu'il était l'ordinaire des causeries radiophoniques jusqu'à voici cinquante ans.
Prénoms désuets
sur le monument aux morts
Matinée d'automne -
Patricia CORNWELL s'affiche
Patricia CORNWELL est une rareté dans l'industrie du livre (la formule est inélégante, mais permet d'éviter l'emploi du mot "littérature"): elle jouit du privilège d'être affichée dans les rues et les gares.
Mais par bonheur, le nom qu'elle porte nous engage à tracer la limite où commence l'ivraie.
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Littérature de listes
La revue Télérama nous alerte sur la mode des livres de listes, dans lesquels des auteurs avides de détails aussi précis qu'inutiles s'échinent à énumérer tout, n'importe quoi et aussi le reste. Il paraît même que certains d'entre eux rencontrent un très vaste public...
C'est l'occasion d'attaquer ici la liste en vrac de ce que l'écrit, large thème de ce blog, peut réserver de bonnes surprises:
- les murs de Paris offrant des aphorismes de Miss Tic
- les fautes d'orthographe à sens caché, comme sur ce panneau lu un jour de grève de la SNCF: "avis aux usagés"
- l'article "Vapeurs" de l'encyclopédie Diderot et D'Alembert
- "La Maison Verte" de Mario Vargas Llosa
- quelques-unes des Greguerias de Gomez de la Serna
- les annotations d'Erik Satie sur ses manuscrits
- le Bestiaire d'Apollinaire
- les magazines cinquantenaires retrouvés au fond d'un grenier
- les Retouches de Daniel Boulanger
- la déclaration de naissance de notre petit garçon
- les haïkus commentés par Ooka Makoto, ou par Maurice Coyaud
- toutes (oui, toutes) les chansons de Georges Brassens
- et peut-être quelques-uns des commentaires à venir sur cette note...
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Hébreu, langue sainte
C'est un vieux débat de linguistes: cette expression, consacrée, signifie-elle que l'Hébreu est une "langue sainte" ou "une langue de sainteté"?
La frontière entre les deux interprétations, mieux qu'un mur, sépare des routes divergentes.
L'une aboutit bien vite à la certitude, au dogme, à l'autorité, tandis que l'autre chemine rêveusement entre doute et recherche.
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Ephéméride
Veille de Toussaint
Se pose une mouche grise
sur l'éphéméride
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Place de la Gare
Sur les palissades des chantiers de voirie, on trouve des panneaux décrivant la nature des travaux entrepris.
Je connais une ville moyenne française qui rénove les abords de sa gare SNCF.
Le panneau correspondant, rédigé il y a cent ans, aurait annoncé la "rénovation de la place de la gare".
Tandis qu'aujourd'hui, on peut y lire: "Réhabilitation du Pôle d'Echange Multimodal".
On a beau savoir que c'est la même chose, ça vous a quand même une sacrée gueule...
Vive le P.E.M.!
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Histoire du mail
Le cas du mot "mail" mérite qu'on s'en mèle.
Désignant tout d'abord en anglais le courrier postal, la lettre, "mail" a évolué en e-mail pour désigner l'électronique courrier.
Puis l'e-mail s'est abrégé en "mail", sa forme d'origine, mais avec une modification du sens, l'aspect électronique devenant implicite.
Parallèlement, l'"adresse de messagerie" est insupportable au locuteur moyen: un octo-syllabe, c'est trop pour la vie qu'on mène. Elle est devenue "adresse mail" puis "mail" tout court comme dans l'expression qui fleure bon le vécu: "c'est quoi ton mail?".
C'est ainsi qu'en partant d'un mot, on arrive au même mot, mais revêtant deux significations, elles-mêmes différentes de celle d'origine.
Pour peu, comme c'est souvent le cas, que le reste de la phrase soit constitué d'ellipses et de sous-entendus, on obtient un langage où le flou domine.
Alors que le langage, comme le droit, devrait servir à apporter de la sécurité aux rapports humains, il véhicule ici de l'imprécision, qui traduit peut-être celle des esprits.