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Sur du vent - Page 333

  • Promotions commerciales


    Avez-vous remarqué, ces dernières années, la forme prise par les remises commerciales affichées aux devantures de toutes sortes de commerces?
    Partout où l'on annonçait jadis "-20%", on lit désormais "2 mois gratuits".

    Que nous apprend ce glissement? Que peut traduire ce mouvement qui nous fait évaluer aujourd'hui en temps ce qui s'appréciait autrefois en valeur?

    Peut-être que la valeur ne nous est plus rien, maintenant que nous pensons tout avoir, "tout" signifiant ici l'internet haut débit, six heures mensuelles de téléphonie mobile et une complémentaire santé.
    Alors, la seule richesse qui reste à convoiter, le denier Pérou à conquérir, est le temps. Et comme le temps n'est pas extensible, tout au plus on peut espérer s'en approprier des morceaux, sans bourse délier...


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  • Les bons comptes

    A la une d'un quotidien régional: "Deux ans de prison ferme pour avoir tabassé un ami".

    Et pour un ennemi? Un an? ou trois?

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  • Le raton-laveur, espèce à protéger

    L'expression "inventaire à la Prévert" est probablement la seule couramment utilisée dans la langue française à être tirée de la poésie contemporaine.
    Un facheux indice de la part que celle-ci prend dans nos vies  quotidiennes...

    La poésie classique est mieux lotie, consacrée par les siècles, et par de vieux maîtres aux cols amidonnés, eux aussi disparus.
    Dans une génération, entendrons-nous encore des conversations agrémentées de "as-tu du coeur?", "dansez maintenant", "heureux qui, comme Ulysse..."?

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  • Haïku de pub

    Un fer à cheval
    fixé sur la boîte aux lettres
    Pas de pub merci


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  • Avec le Viagra, on s'pâme

    La règle millénaire qui veut que, toujours, les voleurs ont une ruse d'avance sur les gendarmes, se vérifie aussi dans l'ultra-modernité des spams qui encombrent nos boîtes de messagerie.

    Celles-ci accueillent parfois des messages publicitaires, prétendant généralement augmenter nos performances, qu'elles soient informatiques, financières ou sexuelles. Le moyen de contrer ces assauts, gênants quoique généreux, réside notamment dans l'emploi des règles de message prévus par les logiciels de messagerie: si un courriel arrive avec pour objet Viagra, logiciel ou money, on peut le détruire avant qu'il ne vienne heurter nos yeux délicats.
    Alors, avec malice, pour contrer nos préventions, les auteurs de spams modifient l'objet de leurs messages: Viagra devient par exempleVIAeGRiA. Le nom Viagra est bien lu, malgré l'ajoût de lettres minuscules.
    Malheureusement nos adversaires sont des robots, à qui l'on n'a pas enseigné la poésie, et jamais nous ne recevrons de messages intitulés VItAGRéAble, LOGeauICIEL ou MONkEY...


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  • Livre en filigrane

    Un des rares jeux oulipiens que j'affectionne est le filigrane.
    Il s'agit, à partir d'un mot, de recenser différentes locutions construites autour de ce mot, puis de conserver de ces locutions tous les mots qui s'y trouvent, pour composer un texte.

    Un exemple autour du mot "livre".


    Parler comme un noir
    d'Histoire
    d'heures de comptes

    Dévorer un petit rouge de messe
    grand d'art sacré
    d'or blanc
    de caisse de prières

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  • Réel

    "Inspiré de faits réels" mentionne l'affiche du film.
    Placé à un tel endroit, on suppose que la formule a pour but de faire vendre.
    Pourtant, le film n'en aurait que plus de mérite, si son histoire n'était issue que de l'esprit d'un scénariste imaginatif.

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  • Et si le stylo...

    Dans Eloge de l'Ombre, Junichiro TANIZAKI, sur le mode de la rêverie, imagine ce qu'aurait pu être le stylo, s'il avait été inventé par un japonais.
    Tout d'abord, il lui paraît évident que la pointe métallique n'aurait jamais vu le jour, au profit d'un système privilégiant la plume. De là, l'emploi de l'encre de Chine se serait imposé.
    Dès lors, le papier utilisé traditionnellement dans son pays (que nous appelons aujourd'hui "japon impérial") aurait été le plus adapté, pour sa texture  et ses dimensions, supérieures à notre 21X29,7.

    Jusque là, on est dans l'uchronie: l'auteur s'amuse à modifier un événement historique, pour dérouter la cascade de ses conséquences.
    Mais il va plus loin quand il affirme que le contenu même de la littérature japonaise en aurait été bouleversé. Car selon lui, l'occidentalisation des outils entraîne nécéssairement l'effacement de la pensée orientale et le grippage de ses mécanismes.
    En imposant son stylo et son papier, l'Occident a pesé sur la conception qu'on peut avoir de l'écriture, au point que la construction des romans japonais s'y est pliée, au point de gommer de plus en plus les différences entre les écrits des deux origines.

    Un type de réflexion dont on est incapable, lorsqu'on est dans le camp des vainqueurs...

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