
si tu veux la paix
prépare
l'offrande d'un salut
paumes
sans discorde
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si tu veux la paix
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l'offrande d'un salut
paumes
sans discorde

Contrairement à ce que j'ai toujours pensé, je m'aperçois qu'attendre d'être inspiré pour écrire, cela veut dire qu'on est un pur esthète. Dans ce cas en effet, l'inspiration n'est qu'un moyen, et c'est l'écriture qui est la fin. Ce qu'il faut au contraire, c'est écrire pour être inspiré. Si l'acte d'écrire n'inspire pas, s'il ne met pas dans cet état particulier qu'on évoque sommairement à l'aide du mot inspiration, qu'est-ce donc que l'acte d'écrire, sinon ce que j'ai toujours traité dédaigneusement du nom de littéraire ? Une pure besogne de confection plus ou moins bien réussie, selon qu'on aura été bien inspiré ou non.
Michel LEIRIS, Journal, Gallimard.

À l'heure du levant, tourné vers l'est, on distingue une promesse, le chant des lendemains
et aussi, comme par un jeu de miroirs ou le renvoi d'un écho, l'antique qui s'en revient
apporter ses lumières à l'enfance du jour, ses pierres vives de mousses et ses ors, assagis par leur patine

Avis
Voyageurs du soir qui suivent la rumeur
Des vagues et l'étoile bleue des baies,
Gardez-vous de trop songer à vos songes
Et d'héberger pour longtemps les chagrins
Qui saccagèrent votre vie passée.
Il est au bout de la nuit une terre tout ensemble
Proche et lointaine que le jour naissant
Exalte d'hirondelles et de senteurs de goyave.
Un pays à portée de cœur et de sourire
Où le désir de vivre et le bonheur d'aimer
Brûlent du même vert ardent que les filaos.
Craignez de le traverser à votre insu :
Les saisons sur vos talons brouillent le paysage ;
Mais chaque pas est la chance d'un rêve.
Fatho AMOY, Chaque aurore est une chance, Ceda, 1980.

Entendre, voir, respirer, pour le nouveau-né, c'est déjà faire, agir, au prix d'un épuisement infini
et dormir, se nourrir, c'est encore agir, se faire âme et corps, se bâtir brique à brique jusqu'à hauteur d'homme
l'homme qui, pour ne pas voir le nourrisson entendre, respirer, dormir, met en ruine ce chef-d'œuvre

...
Tout bouge sur cette planète.
Vue du ciel on voit son Sud
toujours en mouvement.
Des populations entières montent
chercher la vie au nord.
Et quand tout le monde y sera
on basculera par-dessus bord
*
Et l'exil du temps est plus impitoyable
que celui de l'espace.
Mon enfance ma manque plus cruellement
que mon pays.
Dany LAFERRIÈRE, L'Enigme du retour, Grasset et Fasquelle, 2009.

Même au milieu du désert, toutes fleurs absentes, il y a des couleurs qui pointent, un cœur qui bat
qui prêche que sève et sang, par toutes les artères, par tous les vents de la rose, nourrissent le monde
Et la fleur qui manque ici offre son sourire, à l'antipode de notre hiver, à des cœurs étrangers

Facture
Qu'il fera bon vivre lorsque nous serons morts
que nous reposerons
dans je ne sais quel trou du vieux Cosmos
bien refroidi
bien étendu
dans la noire volonté de n'être plus
avec la pierre du silence absolu
posée sur notre langue
qu'il ne faudra plus jamais retourner
sept fois dans notre bouche
pour dire ou ne pas dire la vérité acquise
puisque la notion de vérité
n'emportera plus de signification
que tous les dieux auront cessé d'être le verbe
que l'épine plantée jadis dans notre coeur
n'entraînera plus le moindre cri
capable de troubler encore
la présence du néant
Achille CHAVÉE, De vie et mort naturelle, Montbliard, 1960