
ondoiement
serpentement
du poème
contre-courant
bout de la langue
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ondoiement
serpentement
du poème
contre-courant
bout de la langue

Énigme
Pas d'issue pour le poème éteint
Sur ma face de lune
Mes songes pendulaires
Ont la tête tranchée dans mon bain
Et depuis
J'ai des mains lunatiques
Tâtonnant cherchant
La lumière dans ma poche
La jactance a des manières infidèles
Nouant la corde aux bras des étincelles
Pierre Moïse CÉLESTIN, Anthologie de poésie haïtienne contemporaine, Points, 2015.

Boîte-de-pandore-un-poème soulever
le couvercle, regarder là-dedans ? encore une
de tes métaphores. et que tu aies pu croire
Si longtemps avec ça ouvrir toutes portes
t'imaginer être celui
qui avait la bonne clef chaque mot
La bonne clef chaque livre
trousseau cliquetant
inutile, avec l'âge on revient
Dans une ville étrangère
les serrures ont été changées.
Claude ADELEN, Légendaire, Flammarion, 2009.

dérive
dans les eaux chaudes
plus de continents
à inventer
et brassant le sable
un poème se découvre

mots-croisés
faute de fer
prisonnier en promenade
au pied des grilles
quand le poème marche
sur l’infini des steppes

vertical
le poème
haussé du col
un seul soleil
combien de tournesols ?

Le sens du poème n'est pas dans ce qu'il contient, mais dans le mouvement qui le porte à dire ce qu'il contient et prend la forme de ce qu'il contient.
Roger MUNIER, La chose et le nom, Fata Morgana, 2001.
LA MER INTÉRIEURE
En chacun de nous il y a une mer
Parfois on l'entend, parfois pas
On peut la traverser, on peut s'y noyer
On peut y lancer un message dans une bouteille
Le poème est ce message qu'un autre nous-même trouvera un jour
De l'autre côté de celui qu'on est
Si un poème nous fait du bien c'est parce qu'on sait qu'il ira loin
Qu'il sera ballotté
Qu'il luttera contre des vents de travers
Mais que pour finir il vaincra
Parvenant sans encombre à son destinataire
Qui n'est autre que l'autre nous-même
Cet autre absolu
Ce même absolu
Il y a les femmes et leur corps mystérieux
Il y a la cigarette qui est souffle, feu et poudre grise
Qui est le trait d'union entre la bouche et le monde
Et nous savons que la bouche est l'embouchure de l'âme
Il y a les alcools forts au goût de baies ou de caramel
Comme ils vous écorchent et vous fendent !
Mais il y a avant tout le poème, plus mystérieux, plus incandescent, plus âpre encore
Le poème qui est notre faim, notre soif, notre nécessité et notre désir
Nous voulons nous fondre dans le corps et l'esprit de notre poème
Nous voulons inhaler et réduire en poussière brûlante notre poème
Nous voulons nous enivrer brutalement de notre poème
La mer tempêtueuse qui nous déchire
La mer docile qui nous miroite
La mer translucide où nous voyons d'insoupçonnables trésors
La mer noire comme un cauchemar qui ne finit pas
Le poème y suit son voyage
Il surnage
A-t'on jamais vu un poème faire naufrage ?
Emmanuel MOSES, Sombre comme le temps, Gallimard 2014.