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mer

  • T. CARMI : la MER REVIVRA

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    HISTOIRE

     

    Quand la femme du village de pêcheurs m'a parlé

    De son mari qui avait disparu

    Et de la mer qui revient mourir devant sa porte soir après soir

    J'ai gardé silence.

    Je ne pouvais pas dire à la nacre de ses yeux

    Ton bien-aimé reviendra, ou

    La mer revivra.

     

    (Il y a des jours où je n'arrive même pas à te dire

    Un seul mot.)

     

    T. CARMI, Prisme, 11 poètes israëliens contemporains, Obsidiane, 1990. (Trad. Emmanuel MOSES)

     

     

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  • Gérard MESNIL aux ÉPAULES des VAGUES

     

    mer,

     

    Rivage

    Poser ma halte à        

    ce coquillage

    à

    cette voix

    éteinte

    aux orteils

    de la mer

    (et ma soif enfouie sous le sable peau d’une femme noire)

    Je crie

    de toute la violence

    de midi

    J’opère le silence

    (jeter les dés)

    à la bouche

    des hommes

    J’ai placardé mes révoltes

    aux épaules des vagues

     

    Gérard MESNIL, Action Poétique n° 69, avril 1977.

     

     

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  • Une CARTE POSTALE de J.Francis REILLE

    mer,feuillage,

     

    CARTE POSTALE
     
    Une trirème quelque part.
    Pourtant sans rameurs.
    Et la lune de jour.
     
    Voici que le plongeur écarte le feuillage
    Mer étale. Horizons
    Mer mains ouvertes
    Salut soleil !
     
    Et toi, où en es-tu ?
     
    J.Francis REILLE, Action Poétique n° 64, décembre 1975.
     
     

     

     

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  • PAS DE NAUFRAGE POUR EMMANUEL MOSES

     

     

    LA MER INTÉRIEURE

     

    En chacun de nous il y a une mer

    Parfois on l'entend, parfois pas

    On peut la traverser, on peut s'y noyer

    On peut y lancer un message dans une bouteille

    Le poème est ce message qu'un autre nous-même trouvera un jour

    De l'autre côté de celui qu'on est

    Si un poème nous fait du bien c'est parce qu'on sait qu'il ira loin

    Qu'il sera ballotté

    Qu'il luttera contre des vents de travers

    Mais que pour finir il vaincra

    Parvenant sans encombre à son destinataire

    Qui n'est autre que l'autre nous-même

    Cet autre absolu

    Ce même absolu

    Il y a les femmes et leur corps mystérieux

    Il y a la cigarette qui est souffle, feu et poudre grise

    Qui est le trait d'union entre la bouche et le monde

    Et nous savons que la bouche est l'embouchure de l'âme

    Il y a les alcools forts au goût de baies ou de caramel

    Comme ils vous écorchent et vous fendent !

    Mais il y a avant tout le poème, plus mystérieux, plus incandescent, plus âpre encore

    Le poème qui est notre faim, notre soif, notre nécessité et notre désir

    Nous voulons nous fondre dans le corps et l'esprit de notre poème

    Nous voulons inhaler et réduire en poussière brûlante notre poème

    Nous voulons nous enivrer brutalement de notre poème

    La mer tempêtueuse qui nous déchire

    La mer docile qui nous miroite

    La mer translucide où nous voyons d'insoupçonnables trésors

    La mer noire comme un cauchemar qui ne finit pas

    Le poème y suit son voyage

    Il surnage

    A-t'on jamais vu un poème faire naufrage ?

     

    Emmanuel MOSES, Sombre comme le temps, Gallimard 2014.

     

     

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  • Philippe SOUPAULT : SUPPLIQUE pour ÊTRE FOUTU à la MER

    Foutez moi à la mer

    mes amis

    mes amis quand je mourrai

    Ce n'est pas qu'elle soit belle

    et qu'elle me plaise tant

    mais elle refuse les traces

    les saletés les croix les bannières

    Elle est le vrai

    silence et la vraie solitude

    ...

     

    Philippe SOUPAULT, Sang Joie Tempête, 1937.

    mer,

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  • Philippe SOUPAULT : POÈME à BOIRE

     

     

    À boire

     

    Si le monde était un gâteau

    La mer de l'encre noire

    Et tous les arbres des lampadaires

    Qu'est-ce qui nous resterait à boire

     

    Philippe SOUPAULT, Chansons, 1921.

     

    En ces périodes de bombances, la question est moins surréaliste qu'existentielle...

     

     

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  • BERNADOU : les PLUMES des HOMMES


    Lu dans Décharge n° 144 un dossier sur Pierre-Marie BERNADOU où il est beaucoup question de mer et d'îles...


    Mouettes : le rire des rochers.

    Vivre à leurs nids, oiseaux sauvés de nos nausées noires. Et rire enfin, rire comme jamais. De l'hargneuse volonté des vagues et du prétentieux orgueil des falaises. Rire des hommes surtout, de leurs pauvres yeux qui ne vont pas assez haut, des plumes qu'ils se donnent le temps d'un amour.

    Des plumes qu'ils nous volent. Le temps d'un poème.


    Pierre-Marie BERNADOU, Littorales, Texture, 1987.


     

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  • FACE à la MÉDITERRANÉE


    D'un séjour en Algérie, Serge WELLENS a rapporté cette puissante évocation:


    UN SOIR EN BARBARIE


    Le vent courant jouait de l'orgue

    Dans les figuiers de Barbarie

    La mer trinquait à notre table

    Puis s'en allait à reculons

    En nous faisant de révérences


    La lune venait boire à ta bouche

    Comme à la fraîcheur d'un puits

    Notre amitié portait le nom

    Intraduisible des fontaines.

     

     


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