
...
et Venise ! c'est tous les jours ma fête à Venise
où tous les ponts mènent à revoir
la danse aux moires aux ocres aux brouillards
et ces dentelles où penser glisse en barque
...
Ludovic JANVIER, Doucement avec l'ange, L'arbalète Gallimard, 2001.
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et Venise ! c'est tous les jours ma fête à Venise
où tous les ponts mènent à revoir
la danse aux moires aux ocres aux brouillards
et ces dentelles où penser glisse en barque
...
Ludovic JANVIER, Doucement avec l'ange, L'arbalète Gallimard, 2001.

Hommage aux Upanishads
Sentir qu'on est Quelqu'un
Equivaut à conduire
Son propre corbillard en quelque sorte -
La destination est claire.
Je ne veux pas être
la peau du fruit
Ni la chair
Ni même la graine,
Qui ne ferait que devenir un autre
Fruit bien portant
Le secret celé à l'intérieur de la graine
Devient mon besoin, et ainsi,
Je me réduis au néant
A l'intérieur de la graine.
Au début il fait froid,
Je frissonne,
Plus tard arrive une touche de vérité,
Un ferment dans les ténèbres,
Et enfin une lumière qui agace.
Pour l'heure c'est assez
Que je sois libre
D'être le Moi en qui je suis,
Qui n'est pas Quelqu'un -
Pas, en tout cas,
L'ego mortel,
Mais l'oeil de l'oeil
Qui s'efforce de voir.
Nissim EZECHIEL, L'homme inachevé, trad. Emmanuel Moses, Buchet Chastel, 2007

Alexandre MIJATOVIC, St Pierre sur Erve, 2019
les hommes ressemblent aux mouches
qui ne comprennent pas
pourquoi elles n'arrivent pas
à traverser avec leur tête
la vitre de la fenêtre pour entrer
dans la lumière de la délivrance
Jean Hans ARP, La grande fête sans fin, Arfuyen, 2014

...
En courant les rues
surgissent parfois
les rois
mages inconnus
dont le passant las
ne déchiffre pas
l'errance et le but
...
Raymond QUENEAU, Morale élémentaire, Gallimard, 1975

... Le jour
Des mots est approximatif
Toujours la terre qu'ils foulent, qu'ils
Piétinent dans le sens des redites.
Poète c'est pied léger courir
Sur place plusieurs fois dans la trace
Des laies qu'empruntent les animaux
Qui vont inconsciemment aux mares.
L'infinité est une plusieurs
Fois. Parente de la transparence,
Parle la transe les yeux ouverts.
Jacques DARRAS, Autobiographie de l'espèce humaine, 1/nuit 3 cailloux, 1991

Alexandre MIJATOVIC, St Pierre sur Erve, 2019
Le rêve, pierre où coucher, pierre des seize herbes hautes et des sifflets sans bruit. Un galet où dormir, être et oublier d'être. Reposer sous la palme. Une chose fort simple ne pesant rien : l'air sifflant dans ma bouche où dort un oiseau rouge.
Ben ARES & Antoine WAUTERS, Ali si on veut, Cheyne, 2010

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Encore vivant mais qui s'exhume
Avant le dernier jugement
Tant il a peur que ne l'enrhume
Le Nord glacial de tous ces os
Entrés dans la terre avec lui.
Il s'enrouerait inutilement
Eternuerait dramatiquement
S'il ne se préparait à cru,
S'il ne se dévêtait à nu
Pour quand les suaires s'ouvriront
Et commencera la course folle,
Dans le craquement des fémurs
Dans le grincement des rotules,
La course que gagneront les élus
Dont les squelettes mieux entraînés
Sauront sauter à cloche-pied
...
Jacques DARRAS, Autobiographie de l'espèce humaine, 1/nuit 3 cailloux, 1991

maintenant
la saison de la laine
palpable
la nuit comme une masse
Aaron SHABTAÏ, Le poème domestique, Éditions de l'éclat, Trad. Michel Eckhard-Elial, 1987