
jeté vif dans l'instant précis le cœur flambe
la tête brûle ses torchons de mémoire
une fumée prend ciel et joue au nuage
ici et là-bas s'enlacent au bout des yeux
pur mouvement pour rendre le tu au tu
Bernard NOËL, Le reste du voyage, POL, 1997
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jeté vif dans l'instant précis le cœur flambe
la tête brûle ses torchons de mémoire
une fumée prend ciel et joue au nuage
ici et là-bas s'enlacent au bout des yeux
pur mouvement pour rendre le tu au tu
Bernard NOËL, Le reste du voyage, POL, 1997

attiré
par quelque chose et cette chose est l'attente
que j'en ai mon désir jeté dans l'absence
y fait trembler les traces d'un nom ce nom
accomplit en moi le travail qu'accomplit
en l'air un battement d'aile silencieux
Bernard NOËL, Le reste du voyage, POL, 1997

les mots se passeraient bien des choses comme
les doigts des morts n'ont pas besoin d'être utiles
le tonnerre au loin remue un tas de caisses
vides les quatre ifs de la fontaine indiquent
la direction de l'immobile la terre
tourne sans faire crier l'air juste un rond
remous bleu dans l'épaisseur d'on ne sait quoi
Bernard NOËL, Le reste du voyage, POL, 1997

Soleil, le grand -
non pas le jour
celui qui dure
des plombes
- le sec, ce coup
irrévocablement léger.
Pierre ALFERI, La voie des airs, POL, 2004

Nuit d'insomnie. J'ai pensé au langage avec tristesse. Pourquoi est-ce que j'écris ? J'ai répondu par cette scène imaginaire. Je vis au Tibet, seule, dans une cabane. Je ne parle jamais avec personne puisque j'ignore la langue de mes voisins. Écrire est ma plus grande ingénuité. C'est comme vouloir contenir ce qui déborde. Dans mon cas, c'est le rêve. Le silence, maîtrise surveillée. Écrire dès lors pour défendre tout cela. Pour mériter mon espace silencieux.
Alejandra PIZARNIK, Journaux 1959-1971, trad. Anne Picard, José Corti, 2010

...
dans la maison le soir abrite
ses provisions de voyages secs
et les alluvions s'abreuvent aux renards ténébreux
...
Matthieu MESSAGIER, Poèmes sans tain autres sauvageries, Flammarion, 2010

...
La gabardine n'est pas un animal
Le boqueteau n'est pas un animal
La chevrotine n'est pas un animal
L'arack n'est pas un animal
Le pancréas n'est pas un animal
Le drone n'est pas un animal
La cuissarde n'est pas un animal
L'aveuglette n'est pas un animal
Le rotor n'est pas un animal
La racaille n'est pas un animal
...
Jean-Michel ESPITALLIER, Salle des machines, Flammarion, 2015

Dans les lointains bleus
où s'en va l'allée rouge des pommiers
aux pieds racinaires montant à l'assaut du ciel,
la nostalgie est distillée
pour tous ceux qui vivent dans la vallée.
Le soleil, couché au bord du sentier
avec des baguettes magiques,
impose une halte aux voyageurs.
Ils s'immobilisent
dans le cauchemar de verre,
tandis que le grillon finement gratte
à la porte de l'invisible
et la pierre en dansant
métamorphose en musique sa poussière.
Nelly SACHS, Exode et métamorphose, trad. Mireille Gansel, Verdier, 2002