dimanche, 31 mai 2009

Pas MANCHOT, le POÈTE

 

Un manchot du Groenland

allait répétant

"je ne suis pas si manchot que ça

je deviendrai un jour président

en France, en Italie, en Irlande

j'aurai képi et belles bottes

des cheveaux et des carrosses

et j'épouserai en secondes noces

la plus belle des manchotes"


André LAUDE, Animalphabet, La Différence, 2008.



L'intuition du poète...

Les bras m'en tombent.


vendredi, 29 mai 2009

VIVE la POLICE !


Grâce aux récents (et attendus) aménagements effectués par Haut&Fort,

on peut lire ce texte en Trébuchet MS,

ma police préférée.

 

jeudi, 28 mai 2009

QUAND J'ÉCRIS


Quand j'écris


Remonter la colonne des mots

Groupes d'antennes et de queues courtes

Sous les mots rien

Que ce papier extra song

Posé sur la table

Parquet

Ciment


Plus bas ce n'est qu'une cave sournoise

Sous laquelle tuyaux canalisations criblent

Tout un sous-sol qui lentement écrase

Des bouches dissoutes dans le noir du temps


Alain LANCE, Temps criblé, Obsidiane & Le temps qu'il fait, 2000.


 

mercredi, 27 mai 2009

DRÔLES de MOUTONS


LES MOUTONS


Je roule. Je traverse la liberté des choses

Soudain la route se lève mouvante et jaune


La marée des sonnailles m'engloutit

Je coule, n'offrant aucune résistance


Trois bergers, trois mulets sur les flots

me font signe de passer


J'accélère et m'enfonce dans la ville mitée

Désormais c'est là que je nourris ma famille


Jean PERRET, Au hasard de l'homme, Le Dé Bleu, 2003.


Ce poème porte comme sous-titre 1964, année de ma naissance, peu après que mes parents ont quitté, eux-aussi, la liberté des choses...


 

mardi, 26 mai 2009

TOMBEAU de Jean PERRET


Revenons sur novembre que, d'un point de vue climatique, nous quittons tout juste:


Moi la Toussaint

les chrysanthèmes à la peau de putain

le ménage sur la tombe, je n'y comprends rien

tu n'y croyais pas

ça pue, si tu savais comme ça pue

leur cérémonial, les bonnes manières

et le repos des âmes


Jean PERRET, extrait de Bergeronnette insaisissable, Le Dé Bleu, 2003.


Toujours satisfaisant de rencontrer un auteur avec qui partager nos exécrations. 


 

dimanche, 24 mai 2009

NUIT NOIRE


La nuit prochaine sera sans lune.

Un poème de circonstance, donc :


Noir


Parfois des choses

À l'étale de la nuit

Sont reprises par l'avide attraction


La chute est limitée

Le plancher résiste


Mais du puits de l'enfance

Tu remontes un seau de peur


Alain LANCE, Obsidiane & Le temps qu'il fait, 2000


 

vendredi, 22 mai 2009

SORTIR de l'ORNIÈRE


Un poème adapté au long week-end de l'Ascension, propice à la randonnée :



Couverte de rouille
Bénie par tous les crépuscules
Une croix tient parole
À la rencontre des ornières

Ceux qui montent
Ceux qui ont vécu
Inscrits dans la pierre et le vent



Régis ROUX, Questions posées au paysage, Le Dé Bleu, 1998.

jeudi, 21 mai 2009

FRANCK VENAILLE : AÏE !


Dans le numéro 938/939 de la revue Europe, Franck VENAILLE déclare : 

Être poète, ce n'est pas seulement écrire - vers ou proses - des poèmes. C'est donner à notre douleur la force et les moyens de se dépasser, de devenir ainsi la douleur de tous, y compris de la poésie elle-même.

En remplaçant "douleur" par "souvenir", on s'approchera très nettement des propos qu'Abbas KIAROSTAMI tient ici.

Plus modestement, Sur du Vent y souscrit aussi.

 

mercredi, 20 mai 2009

Les PETITS PAPIERS


Je sens bien que ce carnet est trop petit pour contenir une grande oeuvre. Mais je suis incapable pour l'instant d'envisager l'achat d'un carnet plus grand.


Jean-Paul ROGUES, S'écarter du sujet, Le Dé Bleu, 1988.


La formulation est amusante, mais son fatalisme ne doit pas être pris pour argent comptant.

 

mardi, 19 mai 2009

HÉRISSON PARTOUT !


Puisque l'idée d'un plagiat nous répugne, il reste à s'étonner des parentés de vues qu'ont parfois les poètes.

Que fait donc par exemple ce facétieux hérisson dans ces deux textes, associé à la faible lueur, soit d'une ampoule, soit des étoiles ?



Jour de colère


Charcuterie d'orage

Aux tours des fausses villes


Le vent panique braque

Branches contre mes verres


Ça pourrait se traduire

Par du bon vin noyé


Affolées de sirènes

Les rues coulent au fleuve


Lampe nue dans la pièce vide

Petit hérisson d'inquiétude


Alain LANCE, Obsidiane & Le temps qu'il fait, 2000


&


Retouche à l'au-delà


à la traverse du chemin de nuit

s'attarde un hérisson d'étoiles


Daniel BOULANGER, Fenêtre mon navire, Grasset, 2008

 

 

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