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Sur du vent - Page 315

  • TOUJOURS TRAVAILLER


    « Faire et défaire, c'est toujours travailler ».

    Que voilà un dicton horripilant.

    On devine bien le sens caché de la maxime, lourde de son héritage moralisateur et même avilissant:
    Nulle honte à défaire, puisque c'est encore du travail, et que le travail est la valeur suprême, préférable au loisir, et l'éternel adversaire du plaisir.

    Il faudrait être au moins Persan, pour faire observer que ce travail-là est dérisoire, puisqu'il vise à effacer un travail précédent, parce qu'il aurait été mal conçu ou mal exécuté.

    A ce travail sacré, il faut préférer l'efficacité, par laquelle seul le juste travail est louable, et non celui qui n'a d'autres vertus que de maintenir les foules sous le joug.


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  • PROSODIE ou PROSE "TOUT COURT"



    Jacques MORIN, directeur de la revue Décharge, ne pouvait mieux dire, quand il reprochait à un auteur des carences dans sa prosodie:

    « S'il s'agit d'écrire des phrases grammaticalement correctes et régulières, est-ce que le découpage en vers reste pertinent? Ne faut-il pas tout simplement écrire au kilomètre avec la ponctuation adéquate? Si la forme versifiée demeure inaliénable pour écrire de la poésie, l'auteur doit acquérir un style, un souffle, un rythme qui exige le vers... »

    Il conclut avec prévenance: « ça fait un peu professoral »...

    Oui, mais cela valait d'être précisé.

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  • PAS PHOTO


    On mesure mal le tort fait à la poésie par la photographie.
    Les portraitistes d'HUGO et de BAUDELAIRE, par exemple, ont mis le paquet pour nous faire croire à une poésie nécessairement écrasante et sombre.

    Le premier, capté sous le poids de son oeuvre, barbe blanche et main soutenant une lourde tempe, est fixé pour l'éternité en baron à la respectabilité ostentatoire.
    Le second, lèvres avalées, regard nuageux sous un front tourmenté, cherche à priver les générations à venir de l'idée d'une poésie joyeuse.

    Et pourtant...

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  • EXTRA FIN



    Entendu ce matin au marché un bon spécimen d'humour de maraîcher, qui mérite d'être noté, pour la postérité:

    - Un melon s'il vous plaît
    - Vous le mangez quand?
    - Demain...
    - Et avec qui?


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  • POESIE et DEVINETTE


    Des Carnets d'Henri THOMAS:

    "Le secret d’un poète n’est pas dans les moyens dont il se sert; et si ces moyens sont le seul chemin qu’il nous ouvre pour parvenir jusqu’à lui, ce n’est tout de même qu’un chemin. L’essentiel est à deviner."

    Voilà peut-être une des raisons de l'incongruité de la poésie dans notre époque. On ne peut la cerner par la technique, mais seulement au prix d'un effort de l'intuition.

    Effort pour lequel le pouce et l'index, les organes les plus entraînés de notre temps, seront à jamais insuffisants.

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  • La PAPAYE


    (de Jean-Claude TARDIF)


    Contrairement
    au citron, à l'orange,
    elle s'exprime mal

    redouble souvent
    consonnes et voyelles

    parfois même
    elle se coupe.

    Ses propos, pourtant,
    ne manquent pas de saveurs
    pour les linguistes frugivores.



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  • COMME le SABLE PASSE!



    Longtemps après qu'on ait eu l'idée de mesurer le temps à l'aide de sable s'écoulant, Guillaume APOLLINAIRE, pour évoquer la fuite des années, recourait quant à lui à l'eau de la Seine passant sous le Pont Mirabeau.

    Afin d'honorer sa mémoire, on voit depuis, passer sous les ponts nombre de péniches transportant quantité de sable.



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  • Le BLEU de la MORT



    "La mort, cette tache de naissance, poussait plus ou moins vite chez chacun d'entre nous.
    Et là-haut, dans les montagnes, le bleu de la mer a rattrapé le ciel."

    Tomas TRANSTRÖMER.

    On voit cette mort glaçante, faisant glisser son ombre pour gagner les monts abandonnés du ciel.




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