
cachez cette pauvreté
sous le seuil
aux marches du palais
poussières d'étoiles
à contempler
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cachez cette pauvreté
sous le seuil
aux marches du palais
poussières d'étoiles
à contempler

Les Turcs appellent le baiser öpüş ; ce serait comme la Marche de Mozart ou le Cygne Blanc de Sibelius
mais qu'on ne les numérote pas, comme un chasseur de têtes, un collectionneur de papillons, chacun sur son épingle
et si le baiser est une œuvre pour qui porte le turban comme couvre-chef, que serait le chef-d'œuvre ?

D'autant mieux s'il est le dernier, comme aurait dit Tintin, il rira, et même à gorge déployée (puisqu'intacte)
se rappelant le bon tour joué à Dieu, qui croyait prendre en défaut le premier croyant
mais peut-être jaune, s'il songe au geste inouï de son père, montant avec arme et branchages, prêt à l'irréparable

morceau d'hiver
insufflé
en forme de poire
et d'autres passants
comme tirés par un cloud

un whisky jamais bu
à quai
le paquebot fumant au loin
les noms désuets de femmes
tatouées de suie

blondeur dorée
flammes factices
dans l'aquarium
sourire de la bière
levant les bras

Je songe aux jouets de mes cinq ans. Une fois miens, ils furent les maîtres. Je croyais pouvoir, avant qu'on me les offrît, les manier à ma fantaisie. Je m'aperçus très vite que je pouvais les détruire au gré de mon humeur ; mais si je les voulais vivants, que je devrais respecter leur mécanisme, leur âme immortelle.
Ainsi le langage.
Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie-Gallimard.

Après le déluge
La paix est dans la clé
des contradictions dans le soufre
des clartés fugitives Tu es là
pour un instant Désert bleu
aux dunes de pluie La soif est exaucée
L'espace est une brèche Tu brûles dans la nuit
sans murailles Je vois par ton huile
par la mèche de feu qui fleurit au milieu
Je vois par ton amour La paix jeune pie
a l'allégresse multicolore de nos yeux
après le déluge
Edmond JABÈS, Marche à vif jusqu'à l'homme, NRF Poésie-Gallimard.