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Littérature - Page 35

  • VIDE SACRE



    Selon une tradition juive, une Bible devient inapte à être lue, dès que deux lettres se touchent.

    C'est donc le blanc, l'espace, qui donne son prix au Livre.


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  • LEVINAS MOUCHE St PAUL



    Dans une épître aux Corinthiens, St Paul allume la première mèche d'un des fondements de ce qui allait devenir l'anti-sémitisme: "la lettre tue, l'Esprit vivifie".

    Le Juif devenait tatillon, obsédé de la forme du texte, et myope quant à sa signification. Tandis que le Nouveau Testament libérait l'Esprit.

    Mais les deux conceptions retrouvaient sous la plume d'E.LEVINAS le chemin de l'alliance: "la lettre est l'aile repliée de l'Esprit".

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  • TOUT EST dans la MINE



    "Le Juif est celui qui lit un crayon à la main" (George STEINER).

    Encore chauds des commémorations récentes de mai 68, nous pourrions regretter que personne ne songe à clamer "nous sommes tous des lecteurs un crayon à la main!".


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  • A FOND la GOMME

    Louis SAVARY, dans un aphorisme:

    Il faut moins de courage
    pour l'écrire
    que pour gommer
    le mot qu'on a écrit.


    ... ou comment, tout en prétendant le contraire, par sa poésie, se retenir de faire l'intéressant!


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  • L'ART d'ETRE EMU

    Paul VALERY, en préface d'un ouvrage confidentiel de 1924, présentant 1000 ans de poésie japonaise:

    "Les poètes de l’Extrême-Orient semblent passés maîtres dans l’art de réduire à son essence le plaisir infini d’être ému."

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  • IL n'y a QU'à ECRIRE

    "Enfants, nous étions peintre, modeleur, botaniste, sculpteur, architecte, chasseur, explorateur. De tout cela qu’est-il devenu?
    Il y a cependant un moyen, au centre même de la maturité, de retrouver ces possibilités perdues. [...] Ce moyen, c’est la littérature.
    Il n’y a qu’à écrire l’œuvre peinte ; il n’y a qu’à écrire la statue.
    La plume à la main - si seulement nous voulons être sincères - nous retrouvons tous les pouvoirs de la jeunesse, nous revivons ces pouvoirs comme ils étaient, dans leur naïve confiance, avec leurs joies rapides, schématiques, sûrs. Par le biais de l’imagination littéraire, tous les arts sont nôtres."

    Gaston BACHELARD, joignant le geste à la parole (la beauté du geste au vin de la parole), a ainsi bâti son oeuvre, convoquant les quatre Eléments, les Arts, les Philosophes, au service d'une pensée simple et gratifiante, comme un carré de courgettes.

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  • La CHOUETTE et le MARIN

    Selon Georges HENEIN, "écrire est une façon de veiller.
    De veiller sur soi et de veiller tout court. A rêves déployés.
    Une chance de rester pur. Ou moins impur".

    Le retrait et l'acuité de la chouette.

    Puis, la poésie "est vouée à la recherche inquiète et incessante de l'autre lieu, elle ne peut choisir pour halte ni pour demeure le centre de gravité d'un monde pareil à un énorme chantier."

    L'exaltation de la terre inconnue, et le mépris de celle que déjà l'on travaille.


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  • ALLITERA...SION

    Dans son Journal, en 1936, Julien GREEN notait:

    "Jamais un poète d'Israël n'a résisté au plaisir de l'allitération; c'est pour lui une façon souveraine de traduire la colère, l'indignation, la joie ou la frayeur; d'une certaine manière, on pourrait dire que l'allitération est sa langue. Avec une virtuosité dont les meilleures traductions françaises ne peuvent donner une idée, il multiplie les sifflantes et met en jeu le registre grandiose des gutturales. C'est le souffle vigoureux de l'éternel qui passe dans cette langue..."

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