
champignon
sur l'ongle
subit
combien de croissants de lune
pour renaître ?
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champignon
sur l'ongle
subit
combien de croissants de lune
pour renaître ?

On se fait chier, au long des rivières. Les soliloques. Celui du marcheur qui longe l'eau, celui de la rivière inscrite là pour bouger sans bouger, image de l'éternel et de l'irréversible, cliché du destin jusqu'à l'insupportable. Aucune raison d'espérer face à la rivière et au long d'elle, c'est tout le contraire. Et pourtant son frayage accompagne l'aveu, emporte la rage, ouvre sur le futur, incite à une espèce d'abandon : "Des petits enfants étouffent des malédictions le long des rivières" (C'est du cher Arthur).
Ludovic JANVIER, Des rivières plein la voix, L'arbalète Gallimard, 2004.

pins
cerisiers
entre les branches
un monde qui flotte
vague

testament vieux
cacheté
dévoilement
du neuf
presque nu
un drap sur les hanches

aux bronzes des parcs
des fesses
mais pas d'yeux
règle de l'art
ni de sexe
bienséance

rimes
pauvres de nous
collégiens
tragédies antiques
piquées des vers
à quoi bon

Ramuz écrit que la pensée remonte les fleuves. Qui les descend, c'est la rêverie.
Sans doute quelque part un gourmand de rivière et de langue aura-t-il déjà dit que rivière et rêverie (presque anagramme et mieux qu'anagramme) sont comme les deux faces opposées d'un bruit semblable et qu'on aurait accolées pour jouer avec. Mises en regard pour se laisser descendre au fil du rêve.
Ludovic JANVIER, Des rivières plein la voix, L'arbalète Gallimard, 2004.

Accroupie sur le seuil et nous tournant le dos
tu lèves le nez vers les acacias
pour parler aux oiseaux ; nous, de la pénombre
nous tâchons de suivre la conversation
vive, sensée, intraduisible
où tu leur racontes en langue indigène
tout ce que les parents ne peuvent entendre
depuis qu'ils sont sortis du ciel en grandissant
Jean-Pierre LEMAIRE, Le pays derrière les larmes, Poésie-Gallimard, 2016.