
poème - Page 4
-
1951 : une RIVE
-
Lionel RAY : sa VIE, son POÈME
Rien ne ressemble plus à ma vie que le poème
Il connaît l'impossibilité d'être seul.
En lui d'un mot à l'autre grandit l'imprévisible
Mais aussi le chaos où les monstres sont tapis.
...
Mon poème prend le risque de lier le masque à l'aveu,
Mots et caillous dans la bouche,
Le prononcé des ombres et des viandes.
Ce n'est pas un miroir pour jeune fille,
Ni un alcool pour un soir de fête
Mais une prose qui ne connaît ni la pause ni la victoire.
Lionel RAY, revue Europe n° 1000, août-septembre 2012.

-
Emmanuel BERLAND : VISION du POÈME
Le poème est l'écorce du monde sensible, réinventé... De page en page, il nous nourrit, poètes et lecteurs, d'images, de sensations, de visions réalisées à l'instant qu'elles s'énoncent. Il faut donc accepter que le sens surgisse, neuf, - ou patiente -, au gré d'assemblages syllabiques qui pourraient sembler téméraires ou énigmatiques à première et courte vue. Il faut offrir aux pages de ce petit livre notre instant de lecture volé au chaos, en plongeant, à l'instar du poète, au fond du puits météorique, d'où toutes choses renaissent transformées en chances.
Emmanuel BERLAND, 4ème de couverture de son recueil Écorce visionnaire, Donner à Voir, 2009.
-
Homero ARIDJIS : En LAISSER pour les AUTRES
LE POÈME
Le poème tournoie sur la tête de l'homme
en cercles proches ou lointains
L'homme en le découvrant voudrait s'en emparer
mais le poème disparaît
Avec ce qu'il a pu retenir
l'homme fait le poème
Et ce qui lui échappe
appartient aux hommes à venir.
Homero ARIDJIS, Brûler les vaisseaux, 1975 (trad.Claude Couffon et René Gouédic)
-
POÈTE d'AVANT
D'UN POÈME PERDU DEPUIS LONGTEMPS ET RETROUVÉ
Et maintenant que faire
des mots nous faisions naguère
rêvant d'incendies de forêt
de maigres feux de broussailles
Poussière de cendre répandue
où subsistent de vagues traces
de celui qui vivait ma vie au temps où je faisais
la course avec mon chien
Aujourd'hui je m'épuise
à rattraper un arbre
Poème
frère blême et défaillant
longtemps perdu de vue
je te récuse
Je récuse
ta voix cassée
ton odeur de cadavre
ta trahison.
Serge WELLENS, Il m'arrive d'oublier que je perds la mémoire, Folle avoine, 2006.
Privilège de l'homme qui écrit : se confronter comme en un miroir à ce qu'il fut.
-
Le FOND du COURT
Commence ton poème aussi près de la fin que tu peux.
Judith THURMAN
-
L'AIGUILLE de ma MONTRE (et du SAPIN)
C'est Noël, et parmi les Poèmes Quotidiens de Pierre ALBERT-BIROT, celui daté Saint-Sulpice s'impose donc:
L'aiguille de ma montre
Compte le temps
Cependant que je le vis
Et je m'en ris
Puisque seul un poète dit
Ce qui vaut d'être dit
C'est dit.
-
Le MUR et le SON
Un son
Il a traversé tous les murs
Et les murs l'ont laissé passer
Je ne vois pas par où
Il veut me traverser moi-même
Et le voici qui ressort
Poème
(Pierre ALBERT-BIROT, Poèmes Quotidiens)