vendredi, 06 novembre 2009

Herve Le TELLIER : un PAPOU dans la PEAU

 

La Peau


Yeux ouverts sur la nuit

Les ombres domestiques du chevet et du lit

La douce douce dune d'une épaule polie.


Hervé Le TELLIER, Maraboulipien, Le Castor Astral, 2008.

 

mercredi, 04 novembre 2009

Hervé Le TELLIER : la VIE dans le RÉTRO


Périphérique


Un con qui téléphone sans tenir son volant

Un autre en 205 qui fait n'importe quoi

Une fille qui déboite, comme ça, sans clignotant

Un taxi fatigué qui rentre à Levallois


Deux blacks sapés la frime dans leur Opel Manta,

Une dame en chapeau qui traîne en japonaise

Un cadre la trentaine dans une Laguna

Trois rappeurs en casquette, plaque 93


Un maçon portugais dans son renault Express

Une Mercedes noire, une vieille DS

Des camions sur deux files, une bagnole de flics


Toutes ses vies frôlées sur le périphérique

Étranges étrangers aux étranges bonheurs

Et toi tout endormi dans mon rétroviseur.


Hervé Le TELLIER, Zindien, Le Castrol Astral, 2008.


Un tour de périph' qui rappelle le Carrefour Mabillon, 30 ans plus tôt...

 

mardi, 03 novembre 2009

Alain LANCE le MOIS de NOVEMBRE


Chambre où vit la célèbre veuve


Novembre livre ses ténèbres neuves

La mère banlieue s'éclaircit la gorge

Déjà fer grogne déjà pluie cogne

Et se cache sous le piétonnement


Sombre et froide encore la cuisine

A gardé l'odeur de cardamome

J'y retrouve donnant sur le vide

Une parole passerelle rompue


Dans l'apesanteur des grands oublis

Les corps tournent et se repoussent


Alain LANCE, Obsidiane & Le temps qu'il fait, 2000


 

dimanche, 01 novembre 2009

Daniel BOULANGER : PAIN BÉNI


Retouche au cimetière


les flaques du chemin ont l'éclat des médailles

les immortelles de laiton

frissonnent sur les tombes


le vent connaît toujours le heurt léger

des cintres orphelins dans l'armoire qu'on ouvre


les morts sont à leur jeu sous l'échiquier

sans l'air de nous attendre


dans sa superbe une obélisque ignore

deux ou trois dalles de travers


Daniel BOULANGER, À quatre épingles, Grasset 2002.


 

mercredi, 28 octobre 2009

Philippe SOUPAULT, APOLLINAIRE et la Tour EIFFEL

 

 

apollinaire-dessin-eiffel.jpg

 

Souffrance

à Guillaume Apollinaire


Si tu savais si tu savais
Les murs se resserrent
Ma tête devient énorme
Où sont donc parties les lignes de mon papier

Je voudrais allonger mes bras pour
secouer la Tour-Eiffel et le Sacré-Cœur de Montmartre

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Philippe SOUPAULT, Rose des Vents.


 


 


mardi, 27 octobre 2009

Hervé Le TELLIER & FILS

img-1.png

Haïku-ku la Prâline


Mon petit garçon

Tu es mon petit garçon

Mon petit garçon


Hervé Le TELLIER nous rappelle que les bons sentiments ne font pas la bonne poésie.
Ou alors, c'est affaire de degrés...

 

jeudi, 22 octobre 2009

Daniel BOULANGER est dans l'ESCALIER


retouche à l'éden


la loge a l'odeur de lapin

et le très vieux calendrier des Postes

veille encore sur les saints d'aujourd'hui


son paysage pend au mur près d'une montre

dans l'herbe au long de l'eau se courbent les iris

en hommage à la barque où rêve un adonis


le temps semble être ailleurs et le concierge aussi


Daniel BOULANGER, Fenêtre mon navire, Grasset, 2008.


D'ailleurs, pensons à préparer notre monnaie, le facteur ne saurait tarder...

 

 

mercredi, 21 octobre 2009

Alain LANCE un peu de TERRE

Avec plus de 6 mois d'avance, un poème parfaitement d'actualité :


Vingt-six avril


À présent si lourd

Ton corps muet

Malmené

Pour l'ultime habillage


Mal entendu

Sans ombre à présent

Sans fièvre plus jamais


Alain LANCE, Obsidiane & Le temps qu'il fait, 2000


Mais pourquoi attendre davantage ?

 

dimanche, 18 octobre 2009

Georges JEAN COMME DEVANT


Dans Parcours immobiles (le Dé Bleu, 1995), Georges JEAN évoque


L'ÉCOLE d'AUTREFOIS


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Le maître gardait le temps

Dans sa grosse montre rousse.


Nos talons sur le plancher

Faisaient un bruit de forêts ;

Nos plumes grattaient, grattaient

La neige de nos cahiers.


Et parfois une autre vie

Déroulait ses sortilèges

Quand on tombait dans le piège

Tendu par les poésies.


On sait plus tard qu'adulte, le temps et l'obscurité restent à nos talons, mais que, par chance, les sortilèges aussi demeurent.

 

mardi, 13 octobre 2009

Jacques LĖBRE sous le PIED


Réduit, désormais, à l'immensité du ciel



Invétéré pêcheur à la ligne


(mais tu n'y allais plus l'hiver,

tu craignais le froid, celui qui gagne)


la charnière entre ta vie et ta mort

aura-t-elle grincé ?

La morphine

l'aura-t-elle un peu graissée ?


Auras-tu senti quelque chose ?

Le mordillement d'une truite ?


.

.

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Cette simple secousse


(elle t'aura ferré

en dehors du courant)


tu l'auras éprouvé tant de fois

dans le silence des poissons

l'auras-tu seulement reconnue ?


L'hameçon acéré d'un dieu

(mais nous n'y croyions pas)

à la commissure de tes lèvres,

auras-tu serré les dents ?


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Jacques LĖBRE, Théodore Balmoral n° 59/60 (extraits)

 

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