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Sur du vent

  • Philippe JACCOTTET : POÉSIE sans LIMITES



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    Il se peut que la beauté naisse quand la limite et l'illimité deviennent visibles en même temps, c'est-à-dire quand on voit des formes tout en devinant qu'elles de disent pas tout, qu'elles ne sont pas réduites à elles-mêmes, qu'elles laissent à l'insaisissable sa part. Il n'y a pas de beauté, du moins pour nos yeux, dans l'insaisissable seul, et il n'y en a pas dans les formes sans profondeur, compètement avouées, déployées. Mais les combinaisons de la limite et de l'illimité sont en nombre infni, d'où la variété de l'art.

     

    Philippe JACCOTTET, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

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  • Jacques SOJCHER et POÉSIE

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    La poésie recherche une communication vide. Elle met en œuvre une autre parole, une autre pensée qui ouvrent sur l'inconnu. Elle ne déduit ni ne clarifie, elle n'est pas l'espace rassurant, familier, ne mène pas à la justification, à une sagesse-sérénité. Ni métaphysique, ni religieuse, elle voue au non-sens, à la destruction des bonnes raisons. En elle s'affrontent les contradictions et se déchirent les extrêmes, se livre un combat qui force les mots à avouer leurs limites, leur part de convention et d'usure. Et pourtant, dans ce non-lieu où tout s'anéantit, s'apprêtent, comme pour une fête, un regard sauvage, attentif aux formes "naissantes", une langue originelle, une présence et un ordre (...)

     

    Jacques SOJCHER, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

     

     

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  • La POÉSIE selon Andrée CHEDID

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    Quand on a pris goût à l'espace sans dimension de la poésie, on n'accepte que par à-coups - parfois aussi par égard pour les autres - le quotidien et les ruelles exactes.

     

    Andrée CHEDID, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

     

     

     

     

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  • Giuseppe UNGARETTI et la POÉSIE en TROIS POINTS

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    Voilà trois points d'acquis : la poésie appartient à tous ; elle naît d'une expérience strictement personnelle ; elle doit donc, dans sa forme, porter la marque distinctive de l'individualité de son auteur, tout en gardant ces caractères d'anonymat par lesquels elle est poésie, et ne reste à personne étrangère.

     

    Giuseppe UNGARETTI, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

     

     

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  • Jean COCTEAU, IDÉE et POÉSIE

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    La poésie cesse à l'idée. Toute idée la tue. La poésie est elle-même une idée, elle ne saurait en exprimer une sans devenir poétique, c'est-à-dire sans s'anéantir.

     

    Jean COCTEAU, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

     

     

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  • Pierre REVERDY, CHOSES et HOMMES

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    La poésie n'est pas dans les choses - à la manière où la couleur et l'odeur sont dans la rose et en émanent - elle est dans l'homme, uniquement, et c'est lui qui en charge les choses, en s'en servant pour s'exprimer. Elle est un besoin et une faculté, une nécessité de la condition de l'homme - l'une des plus déterminantes de son destin. Elle est une propriété de sentir et un mode de penser.

     

    Pierre REVERDY, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

     

     

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  • René CHAR, PREUVES et AVENIR

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    À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir.

     

    René CHAR, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

     

     

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  • L'HÉBREU selon Pascal BACQUÉ

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    La Torah est étrangère à la langue française parce qu'elle parle une langue en bouton, quand la langue française, elle, est comme le latin une langue éclose. Une phrase française ou latine sont ce qu'elles disent ; une phrase hébraïque est ce qu'elle va dire. L'hébreu est bref, parce qu'en lui, l'acte de dire, comme celui de lire, est suivi d'un mouvement dans la pensée, tout semblable à cette force qui, dans les cellules florales, ouvre le bouton et déploie la fleur. Chaque énoncé en hébreu de Torah, promesse de son enseignement (ou, pour filer la métaphore, jet en avant du projet) est un acte suivi d'effet ; l'effet se propage, comme une onde, car il est cette onde, tandis que dans la langue éclose, tout le mouvement est déjà déployé.

     

    Pascal BACQUÉ, Doubles, Treize poèmes de la Torah, Éliott, 2025

     

     

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