
La poésie cesse à l'idée. Toute idée la tue. La poésie est elle-même une idée, elle ne saurait en exprimer une sans devenir poétique, c'est-à-dire sans s'anéantir.
Jean COCTEAU, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020
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La poésie cesse à l'idée. Toute idée la tue. La poésie est elle-même une idée, elle ne saurait en exprimer une sans devenir poétique, c'est-à-dire sans s'anéantir.
Jean COCTEAU, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

"L'esprit est à soi-même sa propre demeure, il peut faire en soi un Ciel de l'Enfer, un Enfer du Ciel" (Milton, Le Paradis perdu.) Mais la poésie triomphe de la malédiction qui nous condamne à être soumis au hasard des impressions qui nous entourent. Soit qu'elle déroule son rideau figuré, soit qu'elle retire le sombre voile de la vie du devant de la scène des choses, elle crée également pour nous un être au sein de notre être. Elle fait de nous les habitants d'un monde à l'égard duquel le monde familier est un chaos. Elle reproduit l'univers commun dont nous faisons partie et que nous percevons, et elle débarrasse notre vue intérieure de la couche de familiarité qui nous empêche de nous émerveiller de ce que nous sommes. Elle nous contraint à sentir ce que nous percevons et à imaginer ce que nous connaissons. Elle crée à neuf l'univers, une fois qu'il a été anéanti dans nos esprits à cause du retour d'impressions émoussées par la répétition. Elle justifie le mot audacieux et exact du Tasse : "non merita nome di creatore, se non Iddio ed il Poeta." (Personne ne mérite le nom de créateur, sinon Dieu et le Poète.)
Percy BYSSHE SHELLEY, Défense de la poésie, 1822, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

La critique du poétisme s'applique à son adjectif lui-même, poétique, abusivement appliqué à toutes sortes de choses : musique, architecture, et même archéologie. Comme si la notion vague du poétique devait prendre la place de la poésie elle-même.
Paul Louis ROSSI, Vocabulaire de la modernité littéraire, Minerve, 1996

La poésie a cela de commun
avec le calembour
c'est sa parenté avec le rire
qu'elle effectue
Un rire à l'endroit pour l'une
Un rire à l'envers pour l'autre
qui ne rit pas
La poésie pourrait-on dire
remet le rire sur ses pieds
et en fait un possible
réalisé
Les combinaisons de mots
sont de l'ordre de la chimie
Ils font exploser le monde
La poésie doit rester
sans imagination
Voir n'est pas imaginer
mais trouer le réel
pour voir le mot
qu'il nous cache
mais que nous devons inventer
Serge PEY, Mathématique générale de l'infini, Poésie-Gallimard, 2018

Alerte, elle m'alerte à chaque pas
alternativement, chaque bruit, chaque feuille,
elle m'altère et me désaltère
- à chaque instant qui nous déserte
elle me tient dans le feu, l'air et l'eau.
Tantôt elle est libre, et tantôt recherchée,
par monts et par vaux elle conte des histoires
de toutes natures, métisses, berbères, libertines
et même contre-nature.
Claude MINIÈRE, La chambre bouleversée, Cadex, 1991

La poésie c'est quand il y a du mou dans
les connexions neuronales, ou quand au contraire ça gicle trop vite.
Ivar CH'VAVAR, Hôlderlin au mirador, Le corridor bleu, 2020

la poésie
trans-prophète et catastrophe
crée
un souffle intermédiaire
dans l'ombre du discours
Michaël GLÜCK, l'imaginaire & matières du seuil, cadex éditions, 1996

Et c'est encore plus vrai pour la poésie ; car les autres arts, en vertu des moyens ou médiums bornés qu'emploient leurs présentations, ont bien une sphère déterminée que l'on peut, jusqu'à un certain point mesurer. Mais le médium utilisé par la poésie est justement celui par mequel l'esprit humain accède en général à la conscience et obtient la maîtrise de ses représentations pour les relier et les exprimer à son gré : le langage. C'est aussi la raison pour laquelle la poésie n'est pas liée à des objets mais se crée les siens ; elle est le plus englobant de tous les arts et pour ainsi dire l'esprit universel omniprésent en eux.
August Wilhelm SCHLEGEL, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020.